Démissions de ministres: l'impopularité de Macron secoue l'Etat

Par Francis Dubois
5 septembre 2018

Une deuxième démission après celle du ministre de l‘environnement Nicolas Hulot la semaine dernière, celle de la ministre des Sports, l‘ex-championne d‘escrime Laura Flessel, a ajouté hier au sentiment de crise qui entoure le gouvernement français depuis la rentrée.

Flessel, dont Macron avait réduit le budget de 520 à 348 millions d’euros entre 2017 et 2018 a dit vouloir «poursuivre son action par d‘autres voies», ajoutant qu’elle continuerait de soutenir Macron, dont elle partageait «totalement les valeurs et le patriotisme ». C'est la deuxième ministre à claquer la porte du gouvernement avant un remaniement ministériel annoncé mais toujours pas accompli.

Dans la foulée, on a annoncé le remplacement de Hulot par l‘actuel président de l‘Assemblée Nationale Francois de Rugy, ex-dirigeant de EELV-Les Verts qui avait rejoint Macron avant son élection. La championne de natation Roxanna Maracineanu remplace Flessel.

Le gouvernement a aussi annoncé hier soir, après une semaine et demie de tergiversations, sa décision d’introduire au 1er janvier 2019 le prélèvement des impôts «à la source», c‘est à dire l’imposition directe des salaires effectuée par les entreprises. La décision, repoussée face aux protestations soulevées par les centaines de milliers de petites entreprises en difficulté face à ce changement, fut annoncée après que le Medef a abandonné ses réserves.

Le gouvernement est en déliquescence, et Macron lui-même semble dépassé par les événements. La presse a rapporté sa remarque, lors d‘une visite dans une école de Laval, qu'être président n‘est «pas vraiment un métier». Il y a «des jours qui sont faciles et d'autres non», a-t-il encore dit. Le Monde relevait dans une chronique hier que «tout ce qu’il y avait d’optimiste dans le message du candidat Macron» avait été sapé.

Des sondages désastreux en août ont illustré son isolement. Selon un sondage Elabe, seulement 16 pour cent des Français pensent que son action aide le pays, et 6 pour cent des Français pensent qu'il améliore leur situation personnelle. Après les flirts répétés de Macron avec Trump et sa casse autoritaire du statut des cheminots, signée par les syndicats, la montée du mécontentement dans les PME signifie que l'hostilité à Macron englobe non seulement la masse des travailleurs, mais de larges sections de la petite bourgeoisie.

L‘illusion d‘efficacité et de modernité sur laquelle il se basait à ses débuts, comme celle que sa majorité parlementaire «issue de la société civile» serait plus «proche du peuple» et améliorerait sa situation au lieu de faire empirer l‘inégalité sociale, n'a duré qu'à peine un an.

Macron, le candidat qui avait reçu le soutien de 18 pour cent des électeurs au premier tour avant de gagner par défaut face à Marine Le Pen, apparaît comme ce qu‘il est: un président dont le seul soutien est l‘aristocratie financière et les gradés de l‘appareil militaro-policier. Le soutien passager dont il a pu jouir suite à son élection, basé sur un renouvellement du décor, s’est évaporé.

Pour les petits entrepreneurs, les paysans et les artisans qui surnagent et qui voient leurs enfants et leurs employés menacés de chômage, le prélèvement à la source et la réforme de l'assurance chômage représentent autant de menaces. Et derrière ces couches de la petite bourgeoisie, la colère contre Macron monte au sein de sa principale cible: la masse des travailleurs.

L'effondrement du peu de soutien dont disposait Macron intervient sur fond d'une radicalisation large en Europe. Une vague de grèves mobilise le prolétariat européen, avec Air France et les cheminots français, mais aussi les cheminots et enseignants britanniques, les compagnies aériennes et les travailleurs du commerce en Espagne, et les métallos turcs et allemands. Déjà l'année dernière, le sondage Génération What révélait qu'une majorité des jeunes Européens, et 62 pour cent des jeunes en France, voulaient rejoindre un «soulèvement de masse».

Si les travailleurs mènent une lutte résolue et efficace contre les attaques de l'Union européenne et de Macron, le gros de la petite-bourgeoisie soutiendra cette lutte et n’ira pas à droite. Il s'agit d‘armer la classe ouvrière d‘une perspective de lutte claire, c‘est à dire révolutionnaire et socialiste pour en finir avec le capitalisme à l'échelle européenne et internationale.

La seule façon de mener une lutte efficace, c'est de rompre politiquement avec les appareils des partis et des syndicats qui continuent à négocier la régression sociale avec Macron. Il ne s'agit pas de modifier quelques tactiques de mobilisation syndicale ou même d'imposer à Macron un premier ministre Mélenchon, comme l'a proposé ce dernier. Il s'agit de réorienter la classe ouvrière en France et dans toute l’Europe vers la révolution, comme il y a un siècle en Russie.

Dans sa brochure Où va la France ? écrite dans les années 1930, Trotsky écrivait : « Il est faux, trois fois faux, d'affirmer que la petite bourgeoisie actuelle ne se tourne pas vers les partis ouvriers parce qu'elle craint les "mesures extrêmes". Bien au contraire. La couche inférieure de la petite bourgeoisie, ses grandes masses ne croient pas à la force des partis ouvriers, ne les croient pas capables de lutter, ni prêts cette fois à mener la bataille jusqu'au bout. »

Même après plus de 80 ans, l'analyse du grand révolutionnaire éclaire toujours la situation actuelle. A présent, si Macron peut triompher de l'opposition ouvrière et le FN monter dans les classes moyennes et à présent aussi parmi les ouvriers, c'est que les vastes masses de la population ont eu des expériences dévastatrices avec les sociaux-démocrates et les staliniens. Ils n'attendent plus rien d'eux: le PS, le PCF et les syndicats sont des coquilles vides. Pour stopper la régression sociale et bloquer la montée du FN, il faut créer de nouvelles organisations de lutte et bâtir le PES.

La première année du mandat de Macron a donné raison aux mises en garde faites par le Parti de l'égalité socialiste. Dès le second tour de l‘élection présidentielle, le PES avait dénoncé le chantage d‘un vote pour Macron afin d‘éviter une présidence Le Pen et appelé à un boycott actif du second tour afin de fournir un axe de lutte indépendante pour les travailleurs et les jeunes.

Toutes les luttes menées depuis l‘élection de Macron ont été conduites dans un cul-de-sac et sabotées par la pseudo gauche et les syndicats, peu importe leurs prétentions de «radicalité». Que ce soit la casse du code du travail que Hollande n‘avait pu finir, ou celle du statut des cheminots, tous ont discuté les attaques avec le gouvernement et étouffé la lutte, comme celle des cheminots par le dispositif des grèves «perlées», pour finalement signer les accords. A chaque fois, ils eurent le soutien actif de la pseudo-gauche, principalement La France insoumise de Mélenchon et le NPA.

Alors que les syndicats signent la casse de la SNCF et préparent une draconienne réforme des retraites, Mélenchon se propose comme recours pour donner une autre inflexion à l’austérité et au militarisme. Il veut renforcer l’appareil d’État et les armées et adapter l’austérité. Pour voir l'effet d'une telle politique, il n'y a qu'à regarder l'action de l'allié grec de LFI, le gouvernement austéritaire de Syriza (la «Coalition de la gauche radicale»).

Pour mener une lutte résolue contre l‘austérité et le militarisme, il faut agir indépendamment de ces soutiens des riches. Il s'agit de construire des comités d‘actions indépendants des syndicats sur les lieux de travail, dans les usines et dans les quartiers ouvriers, qui mobiliseront le soutien de toute la classe ouvrière aux luttes qui éclateront. Ils pourront ainsi prendre aussi contact avec leurs alliés naturels: les travailleurs en lutte dans toute l‘Europe et au-delà.

Dans un tel mouvement qui va inéluctablement vers l'éruption d'une grève générale nationale et européenne, 50 ans après Mai 68, le rôle du Parti de l‘égalité socialiste sera d'intervenir pour expliquer la nécessité du transfert du pouvoir d’État aux travailleurs.