12 800 enfants immigrés détenus dans des camps d’internement américains

Par Eric London
15 septembre 2018

Mercredi soir, le New York Times a rapporté que l’administration Trump mène secrètement une campagne pour rassembler et détenir des milliers de jeunes migrants qui arrivent aux États-Unis sans leurs parents ou tuteurs.

Selon le rapport, l’Immigrations and Customs Enforcement (ICE, police de l’immigration) et le Customs and Border Protection (CBP, Douanes et la protection des frontières) ont multiplié le nombre de mineurs non accompagnés détenus par près de six, d’une moyenne de 2400 chaque nuit en mai 2017 pour atteindre 12 800 chaque soir ce mois-ci. Le réseau de quelque 100 camps d’internement des enfants et des centres de déportation (relocation) qui s’étend à travers les États-Unis atteint maintenant les limites de sa capacité, les jeunes migrants étant entassés dans des cellules et des baraquements, sujets à des agressions physiques, émotionnelles et sexuelles de la part des gardes.

L’administration Trump se prépare à étendre considérablement la taille des camps d’internement, de véritables villes.

Jeudi dernier, l’administration a annoncé qu’elle abandonnait un accord judiciaire de 1997 interdisant au gouvernement de détenir des enfants pendant plus de 20 jours, ce qui signifie que le gouvernement détiendra désormais des enfants pour une durée indéterminée.

Mardi, l’administration Trump a annoncé qu’elle triplait la taille du camp d’internement de la ville de tentes de Tornillo situé à l’extérieur d’El Paso. Le camp, construit en juin pour loger « temporairement » les enfants séparés de leurs familles dans le cadre de la politique de « tolérance zéro » du ministère de la Justice, accueillera désormais 3800 enfants.

En juin, l’administration a lancé une nouvelle politique exigeant que les personnes qui voudraient accueillir ces enfants soumettent leurs empreintes digitales aux autorités de l’immigration – une tentative flagrante de faire peur aux parents sans-papiers et d’isoler les jeunes en prison. En conséquence, plus de 40 000 enfants non accompagnés ont été arrêtés par CBP au cours des 10 premiers mois de l’exercice 2018, le nombre de jeunes qui ont été libérés de la détention et placés chez des familles d’accueil ont chuté de 30 pour cent.

L’augmentation massive de la population des enfants internés survient six semaines après qu’un juge fédéral avait ordonné l’administration de Trump à réunir tous les enfants séparés de leurs parents par la mise en œuvre en mai de la politique de « tolérance zéro ».

L’administration, de manière flagrante, n’a pas tenu compte de l’ordonnance du tribunal, ce qui oblige des associations à but non lucratif à envoyer des représentants à travers des villages reculés du Guatemala, du Honduras et d’El Salvador pour frapper aux portes à la recherche de parents expulsés et séparés de leurs enfants.

Plus de 400 enfants sont séparés de leur famille en raison de la politique de « tolérance zéro ». Comme l’a noté récemment AZ Central, « Il apparaît maintenant de plus en plus probable que des centaines de ces familles qui ne seront jamais réunies parce que les parents ont été expulsés des États-Unis, intentionnellement ou par erreur, ont renoncé à leur droit au regroupement familiale. »

Mis à part l’article initial du New York Times, la révélation d’une multiplication par six des détentions a rencontré un blackout de la part des médias capitalistes. Au moment de publication de cet article, aucun des médias suivants n’a repris les informations du New York Times : CNN, Politico, le Washington Post, Fox News, MSNBC, The Hill et ABC News.

Bien que le Parti démocrate ait fait semblant de s’opposer à la politique de séparation des familles appliquée par Trump en réaction à l’indignation populaire, les démocrates sont responsables d’avoir jeté les bases de l’attaque de Trump contre les immigrés. Obama a également arrêté des milliers d’enfants, en particulier lors de la vague de migration de 2014. Maintenant, les démocrates ont quasiment laissé tomber la question des immigrants dans des élections de mi-mandat de novembre.

Comme PBS News l’a noté, « aucun démocrate qui brigue des sièges au Sénat aux élections de novembre n'a revendiqué l’abolition de l’ICE. » En fait, six des sept sénateurs démocrates sortants les plus vulnérables qui cherchent leur réélection ont voté avec Trump plus de 40 pour cent des votes pendant leur dernier mandat : Ben Nelson (43 pour cent), Claire McCaskill (45 pour cent), Angus king (47 pour cent), Joe Donnelly (55 pour cent), Heidi Heitkamp (55 pour cent) et Joe Manchin (61 pour cent).

Plus de 30 % des démocrates à la Chambre des représentants ont récemment voté un projet de loi anti-immigration qui conduira à l’expulsion de centaines de milliers de personnes ayant un casier judiciaire minime. Parmi ceux qui ont soutenu le projet de loi il y a Michelle Lujan-Grisham, présidente du groupe des représentants latino-américains de la Chambre, qui a versé des larmes de crocodile à propos des mauvais traitements infligés aux immigrés au printemps. De nombreux « démocrates progressistes » autoproclamés ont voté en faveur ou se sont abstenus, notamment le vice-président du Comité national démocrate, Keith Ellison, et presque toute la délégation démocrate de la Californie du Nord au Congrés.

De nombreux démocrates qui se présentent contre les républicains en place pour des sièges à la Chambre ont des programmes explicitement anti-immigrants.

Membre d’Arizona du Congrès et candidate démocrate pour le Sénat, Krysten Sinema a abondé dans le sens de Trump quand elle a dit le mois dernier que « l’ICE fournit quelques fonctions importantes, l’ICE est responsable de l’écartement des étrangers criminels dangereux, les étrangers qui font mal à d’autres personnes en commettant des viols ou des meurtres. »

Amy McGrath, qui brigue le congrès dans le Kentucky, a qualifié des manifestants anti-ICE

d'« erronés » et a loué l’ICE pour être « très professionnel » et « effectuer une fonction essentielle pour sécuriser nos frontières. » Gina Ortiz Jones, candidate au Texas, a combinée des déclarations absurdes sur le « rêve américain » avec la menace que « la sécurité des frontières de notre pays ne peut pas être compromise » et « nous avons besoin d’une réforme de la politique d’immigration intelligente, responsable qui protège la sécurité des Américains. »

Des organisations comme les Democratic Socialists of America prétendent que le Parti démocrate, pro-impérialiste, anti-immigrés, pro-capitaliste peut être poussé « à gauche » malgré le fait qu’il soit responsable d’avoir fait adopter toutes les lois majeures qui jettent les bases des expulsions de masse. Dans un article du 29 juin intitulé « Comment abolir l’ICE », Jacobin Magazine, soutenu par les DSA, demandait à ses lecteurs de faire pression sur les démocrates :

« Les démocrates devraient soutenir l’abolition de l’ICE simplement pour sa politique brute : cela améliore sensiblement la vie des immigrés, qui font partie dans l’ensemble du peuple démocrate. […] Même si les tentatives pour réduire l’agence ne réussissent pas à court terme, il convient de faire la distinction et d’exiger que les démocrates du Congrès disent de quel côté ils sont. À mesure que de plus en plus de démocrates viennent à nos côtés, l’abolition de l’ICE s’avancera petit à petit vers la réalité. »

Le « peuple » du Parti démocrate ne sont pas les masses des travailleurs et des jeunes qui, eux, sont repoussés par des attaques fascisantes Trump sur les immigrés, ce sont les banques de Wall Street, l’appareil militaire et du renseignement, et l’ICE et les agents du CBP dont les candidats démocrates font les louanges à l’approche des élections.

Un Congrès contrôlé par les démocrates promettra sa volonté de collaborer avec la politique d’immigration de Trump, faisant écho de la déclaration de janvier 2018 du sénateur Bernie Sanders :

« Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un qui ne pensent pas que nous avons besoin d’une forte sécurité frontalière. Si le président veut travailler avec nous pour assurer que la sécurité à la frontière soit forte, faisons-le. »

Dix-sept ans après le 11 septembre 2001, les deux partis répètent le vieux mensonge selon lequel « la sécurité nationale » et la « sécurité des frontières » justifient l’éviscération des droits démocratiques fondamentaux. Il faut un puissant mouvement de masse de la classe ouvrière pour balayer la classe dirigeante du pouvoir, mettre fin à leurs guerres, exproprier leurs richesses, abolir les frontières et garantir le droit de tous les travailleurs de voyager à travers la planète en toute sécurité.

(Article paru en anglais le 14 septembre 2018)