Les travailleurs canadiens et américains de l'automobile appellent à une lutte unifiée contre l'attaque de GM sur les emplois

Par Will Morrow
4 décembre 2018

Depuis que le géant transnational de l'automobile General Motors a annoncé lundi qu'il prévoyait fermer cinq usines aux États-Unis et au Canada en 2019, et deux autres usines dans des endroits indéterminés, l'establishment politique et les syndicats ont intensifié leurs efforts toxiques qui visent à attiser le nationalisme pour diviser et monter les travailleurs les uns contre les autres et empêcher toute lutte contre les attaques de GM.

Parmi les travailleurs, cependant, il y a un large soutien en faveur d'une lutte commune à travers les frontières nationales contre l'entreprise organisée au niveau mondial.

À Windsor, en Ontario, de l'autre côté de la frontière internationale avec le Michigan, Peter, un travailleur de Fiat-Chrysler âgé de 19 ans, a déclaré que la nouvelle de la fermeture prévue de l'usine GM à Oshawa, au Canada, ainsi qu'à Detroit, au Michigan et à Lordstown, en Ohio, «se répand à un rythme fou. C'est une crainte pour nous à cause de l'incertitude. C'est comme si un jour on travaillait et le lendemain on ne savait pas ce qui allait se passer. C'est GM, mais qui peut dire que ce ne sera pas Ford ou Chrysler la prochaine fois.»

Peter a dit qu'il pensait que les travailleurs devraient «lutter ensemble». On devrait se serrer les coudes. Il n'y a pas de meilleure façon de se battre qu'avec des effectifs élevés. Peu importe de quel pays vous venez, ce sont les gens qui travaillent. Tout le monde veut gagner sa vie. C'est ce qui compte vraiment: la classe ouvrière est celle qui va nécessairement payer.»

Il y a 10 ans, il y avait deux usines GM à Windsor. «Elles ont toutes les deux été fermées, et il ne reste plus qu'une usine Chrysler et Ford. On ne sait jamais qui est le prochain.» En ce qui concerne l'entreprise, «il n'y a jamais assez d'argent apparemment pour eux. Ils viennent de se faire des milliards. Tout le monde doit souffrir pour que les plus riches en aient encore plus dans leurs poches?» Qu’est-ce que ça prendra pour qu’ils arrêtent de détruire des emplois?»

Le syndicat canadien de l'automobile Unifor, tout comme son homologue américain, United Auto Workers (UAW, les Travailleurs unis de l'automobile), fait la promotion d'un nationalisme virulent depuis des décennies pour justifier sa collaboration sans fin avec les constructeurs automobiles qui s'en prennent aux emplois et aux avantages sociaux des travailleurs. «Mes parents travaillaient tous les deux pour GM il y a des années, dit Peter. Ils disent que lorsque les syndicats sont apparus pour la première fois, ils luttaient pour quelque chose, défendaient les travailleurs. Maintenant, c'est juste un groupe de personnes qui semblent travailler pour l'entreprise plus que pour les travailleurs. C'est comme un écran de fumée.»

Matthew, qui travaille à l'usine Ford d'Oakville, à environ 40 minutes à l'ouest de Toronto, en Ontario, depuis neuf ans, a déclaré que si «General Motors ferme ses portes, Ford pense qu'il ne paraîtrait pas si mal en faisant la même chose. J'ai lu que Ford va réduire une grande partie de ses effectifs.»

Il a décrit sa propre expérience avec Unifor dans la collaboration avec la direction au cours de la dernière décennie. «Les entreprises de Ford et de GM remettent des enveloppes aux responsables syndicaux, empilent l'argent, pour que les choses se déroulent plus facilement dans ces "transitions", comme avec un système de salaire à deux niveaux», a-t-il dit. À son usine, Ford a une règle des 100 jours, qui permet à l'entreprise d'apporter des changements aux tâches des travailleurs pour les adapter au modèle après l'introduction d'une nouvelle voiture.

«Mais les 100 jours continuent d'être prolongés et le syndicat ne fait rien», a-t-il dit. «Je peux faire mon travail et au milieu de l'année, ils peuvent ajouter cinq autres tâches à ma charge, et je n'ai toujours que 45 secondes pour le faire, alors au lieu de mettre deux ou trois vis, vous en mettez huit, on en déplace, on fixe ceci, etc. Le syndicat ne les arrête jamais. Ils disent que tout va bien.» Il a dit que c'était un «parfait exemple» de «comment les choses sont faites». «Ça fait réfléchir. Parfois, on se demande: qu'est-ce qui est en train de se passer?»

Matthew a dit qu'il pensait qu'il devait y avoir «plus de dialogue entre les travailleurs au niveau international». Il a répondu à la convocation par le WSWS Autoworker Newsletter d'une réunion publique à Detroit le 9 décembre pour organiser une lutte unifiée des travailleurs à Oshawa, Lordstown et Detroit contre l’assaut de GM. «S'il y a quelque chose comme ce que vous faites et organisez une réunion à Detroit et que vous trouvez un plan pour unir tous les travailleurs ensemble, c'est ce que je veux», a-t-il dit.

Il a ajouté qu'il pensait qu'il devrait y avoir un «forum de discussion pour discuter de ce qui se passe, de ce que font les responsables syndicaux et d'une transparence ouverte pour que les travailleurs puissent voir leurs comptes bancaires et leurs comptes chèques. Nous devons être en mesure de voir quand une motion est adoptée et que, tout à coup, le président du syndicat se retrouve au volant d'une nouvelle BMW».

À l'usine Detroit-Hamtramck de GM au Michigan, l'une de celles qui doivent fermer l'an prochain, Pat, qui travaille chez GM depuis 18 ans, a quitté son quart de travail vendredi soir, dégoûtée par la collaboration de l’UAW avec la compagnie. «Ils sont tous de connivence les uns avec les autres», dit-elle. «Nous n'avons pas vu le syndicat sur le plancher. Je paie des cotisations syndicales et ils viennent de les augmenter pour un "fonds de grève" et ne l'ont jamais réduit. L’UAW est tellement corrompu.»

«En 18 ans, dit-elle, j'ai été en grève une seule journée – en Géorgie – et c'était une manoeuvre de l’UAW qui n'est allé nulle part.»

Des travailleurs de l’usine GM de Detroit-Hamtramck à la fin du quart de vendredi

 

Pat a dit: «On devrait tous sortir en grève.» Il faut que ce soit «tout GM», y compris «avec Fairfax[Kansas], le Texas et partout ailleurs, pour envoyer un message». Nous devrions absolument nous battre avec le Canada. Si ce n'est qu'une seule usine, ça ne marchera pas. Les gens dont les usines ne ferment pas encore doivent aussi se lever.»

«Quelque chose doit arriver», a-t-elle dit. «Nous avons tous les pages Facebook de nos collègues.»

Pat a commencé à travailler chez GM en Géorgie en 2000. En 2008, elle a perdu sa maison dans la crise financière. «J'avais toujours un emploi de GM, alors la banque m'a dit que je ne pouvais pas me libérer de l'hypothèque. Puis l'usine a fermé en Géorgie.» Elle a demandé à GM de lui permettre de déménager à Detroit, où elle avait une maison familiale. «Ils ont dit que je devais déménager au Kansas. Puis je suis venu ici il y a deux ans.» Chaque fois qu'elle a été forcée de déménager pour GM, elle a perdu des milliers de dollars – «vendre une maison, tout abandonner et tout recommencer à zéro». Maintenant, ils veulent que je me rende à Flint ou que je déménage au Texas, ce qui n'est pas une option.» Maintenant, elle dit qu'elle travaille simplement pour compenser l'argent perdu dans ses déménagements.

«Nous avons renoncé à notre indexation au coût de la vie et à tout cela deux ans avant la faillite», dit-elle. «Ils ont demandé aux employés de GM d'aider l'entreprise. Puis, ils ont fait faillite et maintenant, les travailleurs horaires ont besoin d'aide et où est l'aide pour nous? Qu'est-il arrivé à l'endroit où vous avez travaillé dans une usine pendant 30 ans et où vous aviez un syndicat?»

Le Parti de l'égalité socialiste et le Bulletin des travailleurs de l'automobile de WSWSinvitent les travailleurs et les jeunes à assister à la réunion publique pour lutter contre les fermetures et les licenciements de GM. La réunion aura lieu le 9 décembre à 14 h au Bert's Entertainment Complex, 2727 Russell Street à Detroit. Faites-nous savoir que vous êtes présent et partagez les informations de la réunion avec vos amis sur Facebook ici.

(Article paru en anglais le 1er décembre 2018)