Mobilisons les travailleurs contre Macron!

Par Alexandre Lantier
5 décembre 2018

Après des semaines de manifestations des «gilets jaunes» contre l’austérité et les inégalités, le gouvernement Macron a annoncé hier un moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant et la tenue d’un «large débat sur les impôts et les dépenses publiques»

L’idée que Macron et le premier ministre Edouard Philippe seraient à l’écoute des doléances populaires est un mensonge creux. Braqués sur une restructuration de la société française dans les intérrêts du capital financier français et international, ils entrent en collision avec les travailleurs.

Le repli tactique du gouvernement est dicté par des calculs d’ordre militaro-policier. Il est abasourdi par le déferlement de la colère ouvrière contre l’aristocratie financière et l’exploitation capitaliste, qui fait éruption en dehors du cadre syndical officiel, et la montée des grèves et des blocages des lycées. Les gaz larymogènes, les charges des CRS et les arrestations de masse n’ont pas suffi à stopper les manifestations.

L'Histoire démontre cependant sans appel que les confusions passagères de l'élite dirigeante n'assurent pas la victoire aux travailleurs. La découverte que l'État a posté des tireurs d'élite qui prenaient en joue les manifestants sur les Champs Elysées samedi, comme la décision de Macron de saluer le dictateur collaborationniste Philippe Pétain sont autant d'avertissements. Terrifiée par la mobilisation, la bourgeoisie prépare des mesures impitoyables.

Macron tente de gagner du temps pour se ressaisir et préparer les prochaines attaques contre les travailleurs. Déjà, plusieurs sections de la classe ouvrière, dont les ambulanciers et les raffineurs, ainsi que les lycéens, rejoignent les manifestations.

La question critique est l’expansion de la lutte aux couches plus larges de travailleurs en France et à l’international. Le Parti de l’égalité socialiste (PES), la section française du Comité international de la Quatrième Internationale, appelle à la formation de comites d’action dans la classe ouvrière.

Ces comités doivent être indépendants des appareils syndicaux, qui depuis des décennies trahissent toutes les luttes des travailleurs pour défendre leurs acquis. De nouvelles organisations de lutte, indépendantes politiquement et sur le plan organisationnel des syndicats achetés par le patronat et l’État, sont le seul moyen de coordonner les luttes et les manifestations et se défendre contre l’État.

Ces comités d’action pourraient relier les luttes des travailleurs et de jeunes, contrer les manœuvres officielles pour isoler et dissiper ces luttes, et coordonner le mouvement contre Macron. Il s’agit de lutter pour libérer les manifestants envoyés en prison lors de procès en comparution immédiate, pour la défense des manifestants et des quartiers populaires contre les brutalités policières, et pour organiser les luttes contre la politique austéritaire de Macron et de l’Union européenne.

Alors que des «gilets jaunes» émergent en Belgique, en Bulgarie et aux Pays-bas, ces comités permettraient aux travailleurs et aux jeunes de rechercher et d’organiser l’unité avec leurs alliés les plus proches: les travailleurs européens et internationaux. Ce sont les conditions mondiales, et non pas françaises, qui poussent le mouvement, et l’unité internationale des travailleurs est essentielle.

La presse liée au PS, les appareils syndicaux et leurs alliés politiques petit-bourgeois veulent quant à eux subordonner le mouvement aux capitalistes en lui imposant la chape de plomb des «dialogue social» syndical à l’echelle nationale. Le Monde, craint un «point de bascule» du quinquennat de Macron, le tance pour avoir affaibli les syndicats et les associations, «si cruciaux pour canaliser un conflit social de ce type.» Et la CFDT a salué Philippe à la fois pour son «ouverture du dialogue» et son maintien des taxes, qui préserve selon la CFDT «la nécessaire transition écologique».

Les partis officiels de ce qui se passent pour la «gauche» rejettent tous une lutte des travailleurs pour faire chuter Macron. Mélenchon appelle à de «nouvelles élections», espérant apparemment mettre à exécution son offre de servir de premier ministre à Macron. Révolution permanente, le site web du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot, exige la «convergence» des «gilets jaunes» avec la CGT stalinienne, dont le chef Philippe Martinez a refusé son soutien aux «gilets jaunes» en les traitant de néo-fascistes.

En dehors du PES, aucun parti associé à la gauche lutte pour l’expansion des luttes contre Macron. En essayant de stabiliser l’État et les syndicats face aux luttes, ils tentent de produire le résultat de plus favorable possible pour le gouvernement Macron.

Il faut rejeter toutes ces tentatives d’étrangler la lutte, et la généraliser à travers l’appel le plus large aux travailleurs en France et à l’international, et en construisant des comités d’action sur les lieux de travail, les lycées et les universités en France et à travers l’Europe.

Le développement d’organisations pour mener la lutte des classes contre Macron nécessite le développement d’une direction politique fondée sur une perspective révolutionnaire et socialiste. La lutte naissante en France ne vise pas un individu ou un gouvernement, mais le système capitaliste lui-même.

Le PES appelle à une large discussion de cette perspective sur les lieux de travail, dans les écoles et les universités, et sur les réseaux sociaux. Il encourage ceux qui veulent participer à cette lutte à contacter et à rejoindre le PES.