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Les investisseurs mondiaux veulent intensifier la guerre de classe contre les emplois et les salaires des travailleurs

Par Jerry White
6 décembre 2018

Sur fond de ravages sur les marchés boursiers mondiaux mardi, provoqués par les inquiétudes quant à une guerre commerciale américano-chinoise, les signes d'un ralentissement économique mondial et la résistance croissante des travailleurs, les plus puissants intérêts financiers exigent une accélération de la guerre contre la classe ouvrière.

Une semaine après que General Motors a annoncé la fermeture de cinq usines aux États-Unis et au Canada et l'élimination de près de 15 000 emplois horaires et salariés, un analyste de la banque de Wall Street Morgan Stanley a déclaré aux investisseurs que Ford procéderait probablement à des réductions encore plus importantes, éliminant 25 000 employés de son effectif mondial.

Bien que Ford n’ait pas encore communiqué les détails de son «Fitness Program » visant 11 milliards de dollars en réductions de coûts, Adam Jonas, analyste chez Morgan Stanley, a déclaré dans un communiqué aux investisseurs: « Nous estimons qu'une grande partie des mesures de restructuration de Ford portera sur Ford Europe, une entreprise que nous estimons être déficitaire de 7 milliards de dollars. Mais nous nous attendons également à un important effort de restructuration en Amérique du Nord, impliquant un nombre important de travailleurs horaires et salariés membres de l’UAW et du CAW» a déclaré Jonas, se référant aux travailleurs de l'automobile appartenant aux syndicats UAW aux Etats-Unis et CAW, à présent Unifor, au Canada.

La décision de GM de fermer d'importantes usines de montage à Detroit, à Lordstown, dans l'Ohio et à Oshawa, en Ontario, ainsi que deux usines de transmission dans le Michigan et le Maryland, a entraîné une montée en flèche des actions de GM à la bourse la semaine dernière. La société, qui devrait réaliser des bénéfices de 10 milliards de dollars en 2018, libère des milliards de dollars en liquidités pour continuer son programme de rachat d’actions et de versement de dividendes aux riches investisseurs.

Après la vente de ses activités en Europe et la fermeture de toutes ses usines en Australie et en Afrique du Sud, GM ferme une usine de montage à Gunsan, en Corée, et fermera deux autres usines internationales, encore non spécifiées, l’année prochaine.

Malgré huit années consécutives de bénéfices, Wall Street a boudé les titres boursiers de Ford, qui ont chuté de 25 pour cent cette année. Ils ne valent plus que 9,24 dollars par action. En août dernier, Moody's Investors Service a abaissé la notation financière de Ford à Baa3, un indice presque égal aux titres dits à haut risque, indiquant des marges bénéficiaires moins performantes en Amérique du Nord, des revers sur le marché chinois et des pertes importantes en Europe et en Amérique du Sud.

La réduction brutale des effectifs des constructeurs automobiles basés aux États-Unis fait partie d'une vague de suppressions d'emplois internationales.

Le fabricant allemand de médicaments Bayer AG vient d'annoncer qu’il allait supprimer 12 000 emplois sur un effectif mondial de 118 000 d'ici fin 2021. Lundi, plus de 1 000 travailleurs de Bayer ont manifesté devant le site de l'entreprise à Wuppertal, dans l’ouest de Allemagne. La société, qui envisage de réaliser «un nombre significatif de réductions» en Allemagne, élimine également plus de 4 000 emplois dans sa division de phytotechnie, conséquence de l’acquisition de son concurrent américain Monsanto au début de l’année. Ces décisions, qui ont été prises après la chute de plus d'un tiers de la valeur boursière de la société cette année, sont considérées comme un effort visant à rassurer Wall Street.

Le fabricant français de tuyaux d'acier Vallourec, qui possède une aciérie à Youngstown, dans l'Ohio, proche de l'usine menacée de GM Lordstown, a annoncé son intention de supprimer 1 800 emplois la semaine dernière – 1 200 sur trois sites en France et 600 en Allemagne. La société, qui fournit l'industrie pétrolière et gazière, a du mal à se redresser depuis la chute des prix du pétrole en 2015. Elle a vu ses actions s'effondrer de 56,6 pour cent depuis un ans.

Le mois dernier, le constructeur de trains et d'avions montréalais Bombardier a annoncé le licenciement de 5 000 travailleurs d'ici 2021 afin de réduire de 9 milliards de dollars sa dette à long terme. Parmi les travailleurs licenciés figurent 2 500 au Québec, 500 en Ontario et 2 000 autres à l'étranger, dont 490 à Belfast, en Irlande. Cette annonce fait suite à la suppression de 14 500 emplois dans le monde au cours des trois dernières années.

Thomson Reuters Corporation, basée à Toronto, a annoncé mardi qu'elle réduirait ses effectifs de 12 pour cent d'ici 2020, supprimant 3 200 emplois. La société de presse et d'information a annoncé qu'elle rachèterait 9 milliards de dollars d'actions à ses actionnaires à compter de mardi, ce qui a boosté de 4 pour cent ses titres en bourse.

Les sociétés américaines devraient dépenser un montant record de mille milliards de dollars en rachats d’actions cette année, selon Goldman Sachs, en hausse de 46 pour cent par rapport à 2017. Les fusions et acquisitions dans le monde ont atteint un record de 3,3 mille milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de l’année, dépassant ainsi le précédent record atteint à la veille du krach financier mondial il y a plus de dix ans.

Dans son rapport le plus récent, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a conclu que l'économie mondiale ne se développerait que de 3,5 pour cent l'an prochain, contre 3,7 pour cent cette année. Les 34 États membres de l'Europe et de l'Amérique du Nord connaîtraient un déclin encore plus marqué, leur croissance passant de 2,5 pour cent en 2017-2018 à un peu moins de 2 pour cent d'ici 2020.

Dans un commentaire du rapport, le New York Times a écrit que l'OCDE avait «conclu de fait que la situation actuelle était aussi satisfaisante qu'elle pouvait l’être avant la prochaine pause ou le prochain ralentissement économique. Si c’est vraiment là le sommet de la prospérité mondiale, les dizaines de millions de personnes qui ne se sont pas encore remises de la dévastation de la Grande Récession risquent d’avoir un choc. »

« Cela ne fera qu'exacerber les tensions qui ont conduit aux problèmes socio-économiques et politiques que nous avons vus aux États-Unis et dans certaines régions d'Europe », a dit au Times Thomas A. Bernes, économiste au Centre pour l’innovation de la gouvernance internationale, une institution de recherche canadienne. « L'inégalité va devenir encore plus marquée ».

Au cours de la dernière décennie, la classe dirigeante s'est appuyée sur les syndicats et les partis soi-disant réformistes et «de gauche» pour réprimer l'opposition au transfert historique de richesses aux super-riches, qui s’est fait en grande partie par une inflation des marchés boursiers. Les syndicats ont encouragé le nationalisme économique comme moyen de couvrir leur collusion avec la classe dirigeante dans la destruction des emplois, des salaires et des avantages sociaux des travailleurs.

Toutefois, après des décennies de répression de la lutte des classes, cette année a connu la résurgence des grèves et des manifestations de masse, allant des grèves sauvages des enseignants américains aux grèves de masse récentes au Sri Lanka, en Grèce et maintenant dans les rues de Paris. Si le mouvement des gilets jaunes s’est développé, c’est parce qu’il n’a pas été contrôlé par les syndicats qui y sont opposés et sont maintenant de connivence avec Macron pour le supprimer.

L'escalade de la contre-révolution sociale par la classe dirigeante, dans des conditions de crise économique renouvelée, laisse présager une intensification explosive des conflits de classe en 2019, qui entrera de plus en plus directement en conflit avec les syndicats, avec tout l’establishment politique et avec le système capitaliste dans son ensemble.

(Article paru en anglais le 5 décembre 2018)