Des travailleurs de l’automobile à une réunion publique à Detroit : « Les comités de la classe ouvrière sont la réponse »

Par nos correspondants
12 décembre 2018

Un large échantillon représentatif de travailleurs du Midwest et d’ailleurs a assisté à la réunion du WSWS Autoworker Newsletter à Detroit dimanche après-midi pour s’opposer aux fermetures d’usines et aux licenciements collectifs prévus par General Motors (voir : « La réunion publique de Detroit décide d’organiser la lutte contre les fermetures d’usines de General Motors »).

Plus de 80 personnes étaient présentes, dont des délégués de l’Indiana, de l’Illinois, de l’Ohio, de la Pennsylvanie et du Michigan, ainsi que Shannon Allen, une travailleuse d’Amazon au Texas.

Un thème dominant de la réunion était la nécessité d’organiser la classe ouvrière indépendamment du syndicat des Travailleurs unis de l’automobile (United Auto Workers – UAW) et des autres syndicats. Les travailleurs ont parlé avec mépris de l’UAW et de son rôle dans l’imposition de contrats de concession et dans son fonctionnement en tant qu’agent de la direction de l’entreprise. Beaucoup ont souligné le rôle des WSWS dans l’éducation des travailleurs et l’organisation de l’opposition.

Une partie de la réunion

Les journalistes de WSWS ont parlé avec les travailleurs après l’événement.

Linda, une employée de Ford à l’usine d’emboutissage de Dearborn qui a amené sa fille à la réunion, a dit : « Je pense que beaucoup de gens veulent lutter contre ces conditions à l’usine, mais ils ne savent pas par où commencer. En plus, si on commence, d’où viendront nos renforts ? Parce que nous allons à l’encontre de la direction et des gens qui sont censés nous protéger [les syndicats], mais ils ne le sont pas vraiment. Ils travaillent avec la direction ».

« Nous sommes obligé de leur demander la permission de faire la grève, mais j’estime que cela devrait être notre décision : appuyer toute décision que nous voulons. Parce qu’ils vont penser à leurs processus et à leurs actions [des entreprises d’automobiles] avant tout. »

Linda s’est prononcée en faveur de la création de comités de la base sur le lieu de travail, dirigés par et pour les travailleurs eux-mêmes et indépendants de l’UAW. « Je crois que si nous unissons nos efforts et contribuons à sa croissance, cela pourrait vraiment marcher », dit-elle. « Parce que les gens sont fatigués de tout cela. Et les travailleurs plus âgés, les générations plus âgées, ils ont fait des concessions les unes après les autres, et ils se sentent battus eux aussi. On leur a menti et l’on s’est moqué d’eux. Il n’y a pas eu de lutte pour arrêter ces choses. Ils veulent mettre fin au système à deux vitesses. En ce moment, personne ne se bat pour cela parce que tout le monde a peur de perdre son emploi, de devenir une cible ».

Angela, une travailleuse automobile de l’Indiana, a déclaré : « Je suis convaincue que l’UAW ne représente plus la classe ouvrière. Ce n’est qu’une grosse entreprise, tout comme Fiat Chysler, GM et Ford. Ils nous ont volés, puis ils votent à eux-mêmes les augmentations de salaire. Je trouve ça scandaleux. »

« Je pense que les WSWS diffusent l’information », a-t-elle ajouté. « Je pense que les comités de la classe ouvrière sont la réponse. Je suis convaincu que les immigrants et le Mexique ne sont pas le problème. Je suis convaincue que le capitalisme, la cupidité et la lutte des classes sont le problème. Je pense que la réponse est ici ».

Angela a déclaré qu’elle soutenait la résolution, adoptée à l’unanimité lors de la réunion, qui appelait les « comités d’action, indépendants de l’UAW, de l’Unifor et d’autres syndicats, dans tous les lieux de travail et quartiers affectés, à organiser l’opposition à la fermeture des usines ».

« Je pense que la résolution est fantastique », a-t-elle dit. « Nous devons aller de l’avant, pas seulement en parler. Je pense qu’il faudra organiser des comités d’action et faire comprendre aux gens qu’on est de la même classe ».

MJ, un ouvrier d’automobile chez Fiat Chrysler de l’usine d’assemblage Jefferson dans le nord du Michigan, a déclaré qu’un appel doit être lancé directement aux travailleurs de l’automobile de l’ensemble des niveaux de paie et conditions (depuis des années les patrons et les syndicats sont mis d’accord d’embaucher de nouveaux ouvriers à des taux horaires plus bas voire des intérimaires) pour une lutte commune. « Je pense que si nous devions convoquer une réunion pour les travailleurs à deux niveaux, nous pourrions faire le plein des effectifs », a-t-elle dit. « Ils ont besoin de savoir que nous étions ici […] Les travailleurs veulent vraiment se battre. Ils veulent vraiment savoir qu’il y a un combat dans une foule diversifiée. Ils ont besoin de sentir que s’ils sortent, ils ont un endroit où aller ».

MJ s’est opposé aux efforts visant à dresser les jeunes travailleurs de l’automobile contre les plus âgés. « La jeune génération est très intelligente, forte et agressive », dit-il. « Ils font entendre leur voix quand ils voient de la corruption ou s’ils perçoivent un manque de l’aide du syndicat, surtout ceux qui ne reçoivent pas un salaire juste et ceux qui n’ont pas de retraite. Il y a beaucoup situations explosives, mais ils ne savent pas comment aller au-delà du syndicat ».

« Nous avons juste besoin de développer ce mouvement en janvier, ce mouvement a besoin d’être tellement dynamique jusqu’à ce qu’il s’incruste vraiment dans les travailleurs qui sont frustrés. Ils cherchent un moyen de se battre et d’aller dans la rue. »

Debra, une travailleuse de Chrysler pendant huit ans qui travaille chez General Motors depuis un an, a appris l’existence de la réunion sur son fil de nouvelles Facebook il y a une semaine. « J’ai tout simplement décidé de venir », dit-elle. « Je suis vraiment en train de faire un examen de conscience. J’ai grandi dans une famille UAW. Je ne veux pas dire que j’en ai fini avec eux. J’essaie de savoir dans quelle direction aller. Je veux que les choses soient corrigées. »

Elle a déclaré que les licenciements de GM étaient « inutiles » et que « l’entreprise réalise des bénéfices records ». Nous avons beaucoup de travailleurs qui produisent beaucoup d’argent, alors, il va où, cet argent ? »

« Je pense que la résolution est bonne », a-t-elle dit. « Quand Shannon [Allen, ouvrière chez Amazon,] a parlé, j’ai compris. Ma fille travaille pour Amazon comme deuxième emploi. La seule façon de changer les choses, c’est de s’exprimer ».

Debra s’est dite impressionnée par la diapositive montrée par Jerry White, rédacteur en chef de WSWS pour les questions ouvrières lors de son rapport d’ouverture, qui montrait les plus d’un milliard de dollars d’actifs chez l’UAW. « Je pense que c’est absolument terrible tout ce que l’UAW détient », a-t-elle dit. « C’est vraiment triste. Nous sommes les travailleurs qui sont sur le terrain. On sacrifie nos corps, on fait tout le travail. C’est une gifle. »

Elle a déclaré qu’il était important que la résolution appelle à s’unir avec les travailleurs mexicains et internationaux, et que les attaques de l’UAW contre les travailleurs mexicains étaient « le vieux truc : diviser pour mieux régner ». Je pense que nous devons nous unir à l’échelle internationale. Il y a des années, c’était juste « les États-Unis », mais maintenant nous sommes dans une société mondiale. Nous sommes maintenant à un clic d’un autre pays. »

Theresa

Theresa, une ouvrière et résidente de Flint, au Michigan, qui a participé à la lutte contre l’intoxication au plomb par l’eau de la ville, a déclaré : « En ce qui concerne ce à quoi la classe ouvrière est confrontée, je suis venue parce que nous sommes confrontés d’une certaine manière à une situation similaire. Nous sommes tous les deux attaqués et ignorés. Pour nous, à Flint, ils nous ont empoisonnés et ont essayé de nous ignorer. Mais il est impossible de l’ignorer. C’est ce qui se passe partout, des gens se font empoisonner par des choses dans l’eau ou quelque chose du même genre dans tant d’autres endroits. Mais si la classe ouvrière, de tous les milieux, reste soudée, elle sera vraiment puissante, elle le sera vraiment. On devrait tous se serrer les coudes ».

Elle a réfléchi sur ce qui a été présenté à la réunion. « La demande d’un comité de la base est vraiment nouvelle pour moi. Ce soir, c’est la première fois que j’y pense. Quelqu’un du Parti de l’égalité socialiste m’a invité et je suis venu. Mais quand je l’ai vu, je suis tout à fait d’accord […] Je serais surpris que quelqu’un à Flint ne soutienne pas ça. C’est ce qu’il nous faut. Dans ce pays et à l’étranger ».

Kathy, une travailleuse sociale à la retraite, a aussi dit qu’elle aimait « l’idée de comités d’action qui s’organisent pour lutter pour les droits des travailleurs ». Elle s’inquiète des fermetures d’usines parce que « quand des gens sont licenciés, ils risquent de perdre leur maison et leur voiture. Cela touche toute la région. Je ne savais pas que les entreprises augmentent leurs profits aux dépens des travailleurs ».

Elle a déclaré que les travailleurs devraient s’unir au niveau international dans une lutte commune. « Le recours à des travailleurs temporaires qui ont peu de droits et d’avantages est déplorable. Ils devraient être embauchés comme travailleurs à temps plein et bénéficier d’avantages sociaux. Je pense qu’il est bon de relier les travailleurs par-delà les frontières. Ils dressent toujours les travailleurs les uns contre les autres alors qu’en fait, nous devons nous unir. »

(Article paru d’abord en anglais le 11 décembre 2018)