Les lycéens manifestent à Paris contre les réformes de Macron

Par Alexandre Lantier
12 décembre 2018

Alors que les «gilets jaunes» contestent les inégalités sociales et exigent la démission d'Emmanuel Macron, et que des centaines de lycées sont bloqués à travers la France, des lycéens de Paris et de banlieue ont manifesté hier au centre ville de Paris. Ils ont dénoncé les réformes de l'éducation comme le projet de rétablissement du service militaire universel proposé par Macron et témoigné de leur solidarité avec les «gilets jaunes».

Le WSWS a interviewé Gabriel Lacalmette, qui étudie au lycée Olympe de Gouges: «Nous on est des lycéens du 93, des quartiers populaires. On est venu manifester contre toutes les réformes, celles du bac et du lycée, et la hausse des frais d'inscription, qui aggravent les inégalités et les discriminations qui sont déjà en cours.»

Gabriel a expliqué l'impact de ces réformes en citant en tant qu'exemple le décuplement par Macron des frais d'inscription pour les étudiants étrangers en France: «Avec l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers, aujourd'hui on a quand même en France la chance d'un système d'éducation pour tous, qui est financièrement accessible. Cette augmentation fait qu'en fait seuls les étudiants étrangers riches pourront venir à la fac, alors que nous sommes pour l'éducation pour tous. Plus il y a de personnes éduquées dans le pays, mieux c'est en fait.»

Il a aussi pointé les inégalités crées par les réformes de Macron: «Avec Parcoursup, si nous on demande une fac sur Paris, on a moins de chances d'accéder à cette fac que des parisiens, en fait. Dans le système des listes d'attente, on va être déclassés par rapport aux élèves parisiens. Il y a eu un baby boom en 2000, donc il y a plus de personnes qui viennent à la fac actuellement. Sauf qu'au lieu de créer des places, ils sélectionnent encore plus, et ils créent des universités de prestige comme la Sorbonne et à côté de ça des universités poubelles pour tous les élèves de banlieue».

Gabriel a souligné son hostilité envers le rétablissement du service militaire universel: «Ce seront des milliards qui seront engouffrés là-dedans, alors que précisément on devrait créer des places à l'université, embaucher. D'un côté on supprime 2.600 postes dans ce domaine, et de l'autre on va endoctriner tous les jeunes, pour les mettre tous en marche forcée dans le service universel.»

Il a indiqué son hostilité envers l'idée d'être appelé à combattre dans une guerre au Moyen Orient: «La France a encore une position néocolonialiste, finalement, et je n'ai pas envie de me battre pour cela. Tout simplement je suis pour la souveraineté de tous les peuples et je n'ai pas envie de participer à cette mascarade.»

«Les gilets jaunes, je les trouve vraiment positifs parce que c'est un mouvement de masse qui est en oeuvre qui mobilise des personnes qui ne s'étaient absolument pas mobilisées avant, qui n'étaient pas du tout politisées. C'est comme cela qu'on peut entrer dans la lutte. Je souhaite une convergence des étudiants, des lycéens, des cheminots, des gilets jaunes, de tout le monde pour mettre à bas ce monde d'inégalité et d'injustice.»

Le WSWS a également rencontré deux enseignantes mexicaines à la manifestation. Elles ont dit que «Tout le monde a été très solidaire contre la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers extracommunautaires.» Elles ont aussi rapporté que certains étudiants étrangers se voient forcés de quitter la France et étudier en Allemagne pour éviter la hausse des frais d'inscription. A présent, avec les gilets jaunes, «il était temps qu'une grosse partie de la population bouge contre des inégalités qui ne sont pas du tout tolérables.»

Elles ont souligné que les droits sociaux établis en France, comme la quasi-gratuité de l'université, «devraient être accessibles à tous», à travers le monde.

Le WSWS a aussi parlé à M. Blondel, professeur de philosophie au lycée Guy Maupassant, qui a dit: «Je suis venu soutenir mes élèves qui sont en lutte depuis une bonne semaine maintenant et qui bloquent l'établissement tant bien que mal, et puis aussi par conviction personnelle.»

Il a contesté la légitimité de la réforme imposée par Macron au printemps face aux manifestations et aux blocages d'universités par les étudiants: «La réforme du lycée est nulle et non avenue. Ses objectifs ne sont pas les bons, on a vu les dégâts que Parcoursup fait sur nos élèves l'année dernière: ils ne peuvent plus rejoindre les facs parisiennes. Nous on est en banlieue, les lycées ont perdu le statut de ZEP et nos élèves ne peuvent plus rejoindre les universités parisiennes. Ils sont cantonnés à Nanterre.»

Entre les «gilets jaunes» et les lycéens, a-t-il ajouté, «dans le fond, il y a quelque chose de commun. Jeunes comme adultes veulent simplement vivre correctement, il n'y a pas de revendications hallucinantes. Ils ne veulent pas devenir premiers de cordée ou milliardaires, les gilets jaunes veulent simplement vivre correctement de leurs boulots, et nos élèves eux voudraient simplement correctement faire leurs études et rejoindre un boulot pour lequel ils seront honnêtement payés, aussi.»

Il a souligné l'opposition des jeunes au rétablissement par Macron du service militaire: «Les élèves sont extrêmement inquiets. Ils sont inquiets du temps que ça prendra sur leurs préparations, et ils sont un peu scandalisés que ce soit la seule perspective que ce gouvernement crée pour eux.»

Interrogé sur le danger qu'à l'avenir le pouvoir pourrait envoyer de jeunes appelés français se faire tuer en Syrie ou au Mali, il a répondu: «Envoyer nos élèves là-bas, certainement pas. On a des intérêts énergétiques et commerciaux qui créent des désordres là où on intervient, et en fait ça ne crée pas plus d'ordre ici non plus. Il n'y a pas de bénéfices hormis pour les multinationales qui elles en tirent partie, mais pour les peuples non.»

Il a également salué l'importance du regain d'intérêt pour l'internationalisme suite aux mobilisations des «gilets jaunes» comme des jeunes: «Le concept d'internationale ressurgit, on s'aperçoit qu'il y a plein de gens dans le monde entier qui ont des intérêts communs, qui commencent à en prendre conscience. Au niveau européen, on pourrait concevoir que ce ne serait pas simplement la démission d'un président qui serait demandée mais celle d'instances même plus élevées encore. Les souffrances des peuples sont les mêmes, leurs intérêts sont les mêmes aussi.»