États-Unis: Un métallurgiste tué à l'usine de Granite City en Illinois

Par Jessica Goldstein
21 décembre 2018

Roy Evans, 54 ans, de Carrollton en Illinois a été tué alors qu’il travaillait à la fonderie American Steel Services à Granite City vers 13 h, le 13 décembre, où il avait travaillé pendant 15 ans. Un porte-parole de l’Administration de la sécurité et de la santé au travail (Occupational Safety and Health Administration – OSHA) a fait une première déclaration à la presse le lendemain et a déterminé que le décès résultait de la chute d’une pile de patins en métal sur lui, l’écrasant.

Evans a été amené au Centre médical régional de Gateway à Granite City où il est rapidement décédé des suites de ses blessures. Les patins qui sont tombés sur lui sont des cadres métalliques utilisés pour contenir des pièces industrielles, pesant environ 900 kilos chacun.

Roy L. Evans, photo de Facebook

Scott Allen, directeur des affaires publiques et des relations avec les médias de la Région V de l’OSHA, a déclaré aux nouvelles locales que l’agence avait jusqu’à six mois pour mener une enquête. Presque toutes les enquêtes de l’OSHA sur les accidents mortels au travail durent six mois, en partie à cause d’un manque de personnel, conséquence des coupes budgétaires des administrations successives des partis démocrate et républicain.

Le bureau du coroner du comté de Madison a déclaré au World Socialist Web Site que la cause du décès a été déterminée comme étant un traumatisme contondant à la poitrine.

Evans était membre du Syndicat des métallurgistes (United Steelworkers). Ses funérailles ont eu lieu mercredi au salon funéraire de Crawford à Jerseyville. Il laisse dans le deuil son épouse, Vicki, leurs quatre enfants et les conjoints de leurs enfants, ainsi que trois petits-enfants. Il laisse également dans le deuil quatre frères et cinq sœurs.

Une collecte a été faite au salon funéraire pour aider à fournir un soutien financier au plus jeune fils des Evans. Comme beaucoup de familles de la classe ouvrière, les Evans sont sans aucun doute sous une forte pression financière et émotionnelle à l’approche de la période des Fêtes, aggravée par la perte d'un membre bien-aimé de leur famille.

Le Bureau des statistiques de travail rapporte que le nombre d'accidents du travail mortels a augmenté régulièrement ces dernières années, passant de 4.585 en 2013 à 5.190 en 2016. Les données les plus récentes montrent que le nombre de décès sur le lieu de travail n'a que très légèrement baissé pour s'établir à 5.147 en 2017, ce qui représente toujours une augmentation significative par rapport aux chiffres de 2013.

Antonio Wellmaker, président de la section locale 1063 du Syndicat des Métallos, a fait une déclaration à la suite du décès d'Evans en expliquant au News-Democrat de Belleville que: «La section locale 1063 des Métallos aimerait exprimer nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de notre frère Roy Evans». Toutefois, les faits montrent que les Métallos sont complices de la détérioration constante des conditions de sécurité.

L’American Steel Foundry de Granite City, propriété de l’Amsted Rail Company, a cinq rapports de l’OSHA sur son site de Granite City depuis 2011, et de nombreux autres à ses autres sites aux États-Unis. Les enquêtes de l’OSHA ont donné lieu à sept infractions graves à la sécurité et à des amendes de plus de 20.000 dollars. Un rapport publié en 2015 a révélé qu’un travailleur avait subi une fracture du bassin à la suite d’un écrasement entre un chariot roulant et un chariot élévateur stationné. L’année suivante, une chaîne a partiellement amputé le pouce d’un travailleur.

Les violations graves et répétées de la sécurité par l’entreprise sont une condamnation non seulement du caractère impitoyable des mesures de réduction des coûts de la direction de l’entreprise, mais aussi du Syndicat des métallurgistes, qui s’est rendu complice de la compromission de la sécurité des travailleurs.

Le Syndicat des métallurgistes a fidèlement mis en œuvre toutes les mesures de réduction des coûts exigés par les sociétés, y compris l’augmentation de l’embauche de personnel contractuel, la sous-contractualisation de la formation en santé et sécurité et la création de comités mixtes patronaux-syndicaux sur la santé et sécurité dans les usines.

Le Syndicat des métallurgistes a mené toutes ces attaques au nom de la défense de l’industrie sidérurgique américaine, disant aux travailleurs que pour conserver leur emploi, ils doivent faire des concessions afin que les entreprises américaines demeurent rentables face à la concurrence des producteurs d’acier basés en Asie, en Amérique latine et en Europe. Les syndicats proclament faussement que les intérêts des travailleurs sont liés à ceux des entreprises, cachant le fait que les intérêts des travailleurs et ceux des entreprises sont en fait diamétralement opposés.

Les hauts fonctionnaires de la bureaucratie du Syndicat des métallurgistes, y compris le président international Leo Gerard, qui touche un salaire annuel de plus de 200.000 dollars par année (sans compter les investissements de Wall Street), ont été parmi les plus ardents partisans des politiques nationalistes du président Trump depuis les premiers jours de sa campagne présidentielle de 2016, «l’Amérique d’abord».

De plus, Gerard a salué le secrétaire au Commerce de Trump, Wilbur Ross, le célèbre dépeceur d’entreprises qui a supervisé la consolidation de l’industrie sidérurgique dans les années 2000, comme quelqu’un qui était «ouvert, accessible, franc et honnête» et qui a sauvé «littéralement des dizaines de milliers d’emplois».

La visite de Trump dans une usine US Steel (USS) à Granite City, le 26 juillet, a mis en lumière la réouverture du haut fourneau de l’usine comme preuve que le nationalisme de son administration et les politiques de guerre commerciale de «l’Amérique d’abord» conduisaient à une augmentation des emplois aux États-Unis. En réalité, USS n’a prévu embaucher que 800 personnes d’ici la fin de l’année à Granite City, soit moins de la moitié des 2.000 emplois perdus à la suite de licenciements en 2015 sous l’administration Obama.

De plus, les mesures de guerre commerciale, qui visent principalement la Chine, y compris un tarif douanier de 25 % sur l'acier et l'aluminium expédiés aux États-Unis, ont provoqué un conflit commercial international enflammé, qui dresse les travailleurs de différents pays les uns contre les autres dans une course vers le bas. En même temps que l'administration Trump faisait l'éloge de la réouverture du haut fourneau à US Steel, les agriculteurs de la région connaissaient une crise alors que le gouvernement chinois prélevait des droits de rétorsion sur le soja importé depuis les États-Unis.

Contrairement aux mensonges des démocrates et des républicains, les politiques économiques nationalistes ne font rien pour le bien de la classe ouvrière. En fin de compte, elles mènent à une guerre commerciale et ultimement à une guerre militaire, ce qui divise les travailleurs les uns contre les autres alors que les entreprises se battent pour faire des profits. Il en résulte inévitablement des attaques de plus en plus graves contre l’emploi et les conditions de travail.

Le droit à un emploi, à un salaire décent, à de bons avantages sociaux et à un lieu de travail sûr où aucun travailleur ne court le risque de mourir parce qu’il doit nourrir sa famille – ne sera pas garanti par les représentants de la classe dirigeante patronale dans les deux partis politiques capitalistes ou leurs laquais dans les syndicats.

La seule façon pour les travailleurs d’assurer un milieu de travail sécuritaire est de former des comités d’action dans chaque usine chargés de défendre les intérêts des ouvriers – y compris leur sécurité au travail – et indépendants du Syndicat des métallurgistes. Les travailleurs des aciéries doivent établir des liens avec les travailleurs de General Motors, Chrysler et Ford, qui luttent contre les fermetures d’usines et les licenciements, et avec les travailleurs de United Parcel en solidarité avec les millions de travailleurs du monde entier qui entrent en lutte contre le système capitaliste.

Ces comités doivent avoir comme perspective directrice l’opposition au pouvoir des grandes sociétés et doivent promouvoir une perspective socialiste – dans laquelle les forces productives de la société seront utilisées pour répondre aux besoins sociaux de la classe ouvrière internationale, et non aux intérêts lucratifs d’une poignée de riches.

(Article paru d’abord en anglais le 20 décembre 2018)