Les manifestations contre le gouvernement se poursuivent en Hongrie

Par Markus Salzmann
22 décembre 2018

Les manifestations contre le gouvernement de droite du Premier ministre Victor Orbán se sont poursuivies cette semaine. Des milliers de personnes étaient descendues dans les rues de Budapest et d’autres grandes villes la semaine dernière. Les manifestations ont été déclenchées par une nouvelle loi qui augmente le nombre d’heures supplémentaires que les employeurs peuvent exiger de leurs travailleurs, passant de 250 à 400 heures par an.

Les protestations sont également dirigées contre une réforme judiciaire décidée en même temps, qui ouvre la voie à de nouveaux tribunaux administratifs contrôlés par le gouvernement. Une autre cible des protestations est la politique xénophobe et antisociale du gouvernement Fidesz.

Ce dimanche dernier a vu la plus grande manifestation à ce jour, avec 15 000 personnes qui ont protesté contre la « Loi esclavagiste » du gouvernement. Les slogans sur les banderoles incluaient « Orbán, dégage ! » « Grève, grève, grève » et « Ça suffit ! » Les manifestations ont rassemblé pratiquement toutes les couches de la population, et de plus en plus d’étudiants y ont participé. Les protestations initiales se sont heurtées à l’utilisation généralisée des gaz lacrymogènes par la police, mais les protestations plus récentes sont restées largement pacifiques.

Dimanche, des manifestations ont eu lieu devant le bâtiment principal de la chaîne de télévision publique MTV. Le radiodiffuseur est sous le contrôle du gouvernement et est connu pour sa propagande gouvernementale unilatérale. Un groupe de députés de l’opposition a eu accès à l’immeuble dimanche soir et l’a occupé pendant 24 heures.

A Szombathely, dans l’ouest de la Hongrie, 1000 personnes se sont rendues à la rédaction du journal local Vas Nepe pour protester contre la ligne pro-gouvernementale adoptée par le journal. En Hongrie, le gouvernement contrôle une grande partie de la presse et les médias indépendants sont muselés.

Le gouvernement a malicieusement dénoncé les manifestants. Zoltan Kovacs, un porte-parole de Fidesz, a affirmé dans le New York Times que les manifestations n’ont « aucun soutien populaire ». Les dirigeants des manifestations seraient des politiciens de l’opposition « désespérés » et des « célébrités activistes », a-t-il dit.

En réalité, le soutien à Orbán est en chute libre. Selon un nouveau sondage, 80 % des sondés rejettent la nouvelle loi sur le travail. Les deux tiers de ceux qui ont voté pour Orbán s’opposent à la loi, qui fait que les travailleurs craignent d’être licenciés s’ils refusent de faire des heures supplémentaires. En 2019, des élections européennes et locales auront lieu en Hongrie et tous les partis craignent des pertes massives, en particulier Fidesz.

Orbán gouverne le pays avec la majorité absolue depuis 2010 et a progressivement mis en place en Hongrie des structures étatiques autoritaires. Il doit sa majorité non pas à un large soutien de la population, mais plutôt à un mécontentement profond à l’égard de tous les autres partis de l’establishment, en particulier le Parti socialiste (MSZP). Mercredi dernier, lorsque le Parlement a adopté sa loi sur le travail, la colère refoulée s’est répandue dans les rues.

Selon un sondage d’IDEA ce mois-ci, seulement 34 pour cent des gens soutiennent le parti au pouvoir. C’est 3 pour cent de moins que le mois précédent. Selon le même sondage, le deuxième parti au Parlement, le Jobbik d’extrême droite, n’est soutenu qu’à hauteur de 8 %. En 2014, Fidesz avait obtenu plus de 50 % des voix. Cela signifie que le soutien à ces deux partis a presque diminué de moitié depuis 2014.

La réforme du droit du travail sert avant tout les intérêts des entreprises internationales, en particulier de l’industrie automobile européenne. Au début de son mandat, M. Orbán a restreint le droit de grève et la Hongrie a maintenant l’un des taux d’imposition des sociétés les plus bas de l’UE. Jusqu’à présent, Orban pouvait compter sur le soutien tacite des syndicats, mais ils menacent actuellement de déclencher une grève générale dans la nouvelle année.
« Nous disons oui à la grève générale. C’est notre dernière chance de démontrer notre pouvoir », a déclaré un représentant syndical au journal allemand Handelsblatt. Il a clairement indiqué que cela n’était dû qu’aux pressions massives exercées par la main-d’œuvre. « Certains de nos membres nous demandent de mettre le pays à l’arrêt, a-t-il admis. Les travailleurs de l’industrie automobile gagnent en moyenne entre 900 et 1000 euros par mois pour une semaine de travail de plus de 40 heures. »

Les syndicats craignent de plus en plus que les protestations ne s’étendent aux usines et n’entraînent des grèves. Le taux d’organisation syndicale dans les usines est traditionnellement faible, de l’ordre de 10 à 20 % en moyenne. La Hongrie est un lieu privilégié pour l’industrie automobile. Outre les bas salaires et les faibles impôts, les syndicats ont toujours suivi fidèlement la ligne du gouvernement et des grandes entreprises.

Le constructeur automobile allemand BMW a récemment annoncé son intention de construire une nouvelle usine automobile dans la région orientale de Debrecen, où plus de 1000 employés devraient produire jusqu’à 150 000 voitures par an. Il est compréhensible que certains critiques aient qualifié la nouvelle législation du travail de « loi BMW ».

Seize syndicats différents discutent actuellement d’une grève possible en janvier. L’année dernière, les travailleurs des magasins Tesco ont déclenché une grève en Hongrie et il y a eu des grèves dans l’industrie automobile dans d’autres régions d’Europe de l’Est, notamment chez Volkswagen en Slovaquie et chez Fiat en Serbie.

L’économie hongroise est actuellement en croissance grâce aux activités de ces entreprises internationales et une augmentation du produit intérieur brut de 3,8 % est prévue cette année. Le gouvernement hongrois prévoit une croissance annuelle de 4 à 4,2 % d’ici 2022. Toutefois, cela n’a guère apporté d’avantages à la grande majorité de la population hongroise.

Tant le gouvernement que les partis d’opposition craignent que les protestations actuelles ne s’étendent. Alors que le MSZP, le parti de l’opposition, s’associe à l’extrême droite Jobbik, le gouvernement prépare une répression brutale contre les manifestations. Le chef d’état-major d’Orbán, Gergely Gulyás, a accusé les manifestants de faire preuve d'« une haine anti-chrétienne ouverte ». Il a déclaré que les citoyens n’avaient le droit de protester que tant qu’aucune loi n’était enfreinte. Dans le même temps, le gouvernement a annoncé mercredi qu’il ne ferait aucune concession concernant sa « Loi esclavagiste ».

(Article paru en anglais le 21 décembre 2018)