Les décès par surdose d'opioïdes triplent chez les adolescents et les jeunes enfants américains

Par Kate Randall
3 janvier 2019

Le taux de mortalité par surdose d'opioïdes chez les adolescents et les enfants américains a triplé au cours des 17 dernières années selon une nouvelle étude. L'étude, publiée en ligne dans JAMA Network Open, a examiné un groupe de près de 9000 enfants et adolescents (âgés de moins de 20 ans) qui sont morts dans tous les cas d'un empoisonnement aux opiacés entre 1999 et 2016.

Les chercheurs ont découvert que de jeunes enfants sont morts soit parce qu'ils avaient ingéré accidentellement des narcotiques, soit parce qu'ils avaient été empoisonnés intentionnellement. Les adolescents, quant à eux, sont plus souvent morts d'overdoses involontaires, en utilisant des analgésiques sur ordonnance trouvés dans leur maison ou des drogues achetées dans la rue. Il s'agit notamment des opioïdes sur ordonnance, de l'héroïne, du fentanyl et d'autres drogues légales ou illicites.

Julie Gaither, chercheuse principale de l'étude et instructrice à la Yale School of Medicine, a déclaré à MedicalXpress: «Ces décès n'atteignent pas l'ampleur des décès d'adultes dus aux opioïdes, mais ils suivent un schéma similaire.» Et d'ajouter: «Alors que nous réfléchissons aux moyens de contenir cette épidémie, les parents, les cliniciens et les pharmaciens doivent examiner comment les enfants et les adolescents sont touchés et comment nos familles et nos communautés sont touchées.»

L'étude montre l'ampleur de la crise des opioïdes à laquelle sont confrontés les segments les plus jeunes de la population et souligne la réaction lamentablement inadéquate du gouvernement face à cette catastrophe sociale qui échappe à son contrôle.

Il est noté dans l'étude: «Ce qui a commencé il y a plus de deux décennies comme un problème de santé publique principalement chez les jeunes hommes blancs et les hommes blancs d'âge moyen est maintenant une épidémie de prescription et d'abus illicite d'opiacés qui fait des ravages dans tous les segments de la société américaine, y compris dans la population pédiatrique».

Selon les estimations publiées plus tôt cette année par les centres de contrôle et de prévention des maladies, le nombre de décès par surdose de médicaments aux États-Unis a dépassé 72.000 en 2017. Ce chiffre stupéfiant représente 6000 décès de plus qu'en 2016, soit une augmentation de 9,5 %. Quelque 43.000 décès par surdose en 2016, la dernière année examinée par l'étude JAMA, sont attribués aux surdoses d'opioïdes. D'autres causes comprennent l'intoxication alcoolique et d'autres surdoses de drogues.

L'étude a classé les enfants et les adolescents selon les âges suivants: 0 à 4, 5 à 9, 10 à 14 et 15 à 19 ans. Les décès dans ces groupes d'âge ont ensuite été classés selon l'intention: non intentionnelle, suicide, homicide et intention indéterminée. L'étude a fondé ses conclusions sur les certificats de décès émis depuis 1999.

Au total, 8986 enfants et adolescents sont morts d'empoisonnements aux opiacés ou sur ordonnance entre 1999 et 2016: 605 (ou 6,7 %) chez les 0-4 ans; 96 (1,1 %) chez les 5-9 ans; 364 (4,1 %) chez les 10-14 ans et 7 921 (88,1 %) chez les 15-19 ans. Chez les moins de 20 ans, le taux annuel estimé de mortalité due aux opioïdes a plus que triplé pendant cette période, passant de 0,22 pour 100.000 en 1999 à 0,81 pour 100.000 en 2016.

Les changements les plus importants ont été observés chez les enfants les plus âgés et les plus jeunes. Les adolescents de 15 à 19 ans affichaient de loin les taux de mortalité liés aux opioïdes les plus élevés, soit 88,1% du total. Plus de 85% de ces décès d'adolescents étaient involontaires. En d'autres termes, alors que certains adolescents font délibérément une surdose, d'autres, cherchant àéchapper au stress du chômage, à la pression des pairs, aux exigences scolaires, aux admissions à l'université et aux dettes, sont victimes de la grande disponibilité et du pouvoir mortel des opioïdes légaux et illicites.

Si certains décès peuvent être imputés à des trafiquants de drogue sans scrupules, ces décès doivent avant tout être imputés aux compagnies pharmaceutiques, dont le chiffre d'affaires atteint plusieurs milliards de dollars, qui ont inondé les quartiers de ces puissants opiacés. Les travailleurs et les professionnels auxquels ces médicaments ont été prescrits deviennent les fournisseurs inconscients de leurs enfants, qui les trouvent dans les armoires à pharmacie de la maison et les ingèrent, sans avoir une connaissance suffisante des dangers qu'ils représentent.

Les 605 décès chez les enfants de 0 à 4 ans sont les deuxièmes en importance, représentant 6,7% de tous les décès pédiatriques. Deux cent trente de ces décès n'étaient pas intentionnels, alors que la cause du décès n'a pu être déterminée dans 227 de ces cas.

Toutefois, 148 décès dans ce groupe d'âge, soit environ le quart du total, étaient attribuables à des homicides. Et le pourcentage de décès dus à un homicide était le plus élevé chez les moins d'un an, soit 34,5 % de ce groupe d'âge. Derrière cette statistique épouvantable se cache le désespoir social qui pousserait un parent ou un fournisseur de soins à tuer un enfant innocent à l'aide d'opioïdes. Aucun chiffre n'indique combien de ces jeunes victimes sont nées dépendantes des opioïdes eux-mêmes.

L'étude a révélé que la majorité des décès chez les enfants étaient survenus chez des garçons blancs non hispaniques, mais d’année en année, les enfants noirs non hispaniques représentent une plus grande proportion des décès. Alors que le nombre de décès chez les enfants blancs a triplé, chez les enfants noirs, il a presque quadruplé.

Une tendance similaire a été observée pour les enfants de sexe féminin, parmi lesquels les taux de mortalité ont plus que triplé, deux fois plus chez les garçons. Ces tendances reflètent celles observées dans la population adulte, où les décès dus aux opioïdes ont augmenté à un rythme plus rapide chez les Noirs et les femmes que chez les hommes blancs.

Dans la foulée de la crise des opioïdes qui touche la population adulte américaine, le bilan dévastateur des décès dus aux opioïdes chez les enfants jette un éclairage sombre sur l'Amérique du XXIe siècle. Bien que la crise des opioïdes n'épargne aucun segment de la société, les plus touchés sont les travailleurs, les pauvres et les communautés où ils vivent. À la racine de cette crise se trouve une société caractérisée par des inégalités sociales croissantes, la cupidité des entreprises et une profonde indifférence de la part des gouvernements.

En 2017, l'administration Trump a déclaré l'épidémie d'opioïdes «urgence de santé publique», mais n'a ensuite alloué aucun nouveau financement aux États pour y faire face. En septembre, les démocrates et républicains du Congrès ont approuvé un projet de loi dit de compromis qui vise à régler la crise des opioïdes, mais le projet de loi est principalement axé sur l'application des lois. Il n'alloue que 8 milliards de dollars sur cinq ans, soit environ 1,6 milliard de dollars par an, une somme dérisoire compte tenu de l'ampleur de l'épidémie.

Une crise sanitaire de l'ampleur de l'épidémie de drogue exige une réponse socialiste d'urgence. Les grandes compagnies pharmaceutiques, qui sont responsables du fléau de la dépendance aux opioïdes et des décès, doivent être transformées en services publics. L'industrie de l'assurance maladie, qui consacre ses ressources à refuser la couverture et les traitements au lieu de guérir les malades, doit être abolie et remplacée par une médecine universelle et socialisée.

Pour contrer la crise des opioïdes, qui touche de plus en plus de jeunes et de personnes âgées, le Parti de l’égalité socialiste soutient que des milliards de dollars doivent être alloués au financement de centres de réhabilitation, en utilisant les méthodes et procédures scientifiques les plus avancées. Pour y parvenir, le profit doit être retiré des soins de santé, qui constituent un droit social qui doit être garanti à tous.

(Article paru en anglais le 31 décembre 2018)