Alors que la fermeture du gouvernement entre dans sa troisième semaine

Trump menace de déclarer l’urgence nationale pour la construction de son mur

Par Niles Niemuth
7 janvier 2019

Le président Donald Trump a déclaré son droit, en tant que président, de construire unilatéralement un mur frontalier pour des raisons de « sécurité nationale » lors d’une conférence de presse à la roseraie de la Maison-Blanche vendredi. Il a pris la parole à l’issue d’une réunion avec les dirigeants du Congrès sur l’impasse dans laquelle se trouve actuellement le gouvernement qui a fermé partiellement ses portes et qui en est à sa troisième semaine.

« Cela se peut que je le fasse », a dit Trump aux journalistes. « Nous pourrions déclencher une urgence nationale et le construire très rapidement. C’est une autre façon de faire. Mais si nous pouvons le faire par le biais d’un processus négocié, nous allons essayer cette manière-là d’abord. » Il a déclaré avec désinvolture que ce n’était pas une « menace pesant sur les Démocrates », insistant sur le fait que « j’ai le droit de le faire ».

Une telle action constituerait une violation flagrante de la Constitution. Le paragraphe 7 de la section 9 de l’article premier se lit en partie comme suit : « Aucune somme ne peut être prélevée sur le Trésor, sauf en conséquence de crédits votés par des lois ». Dépenser l’argent alloué au Pentagone pour construire un mur à la frontière américano-mexicaine serait une infraction qui pourrait entraîner une procédure de destitution, même s’il est douteux que les Démocrates du Congrès prennent une telle initiative.

La menace de Trump d’agir est en fait une menace de dictature présidentielle, puisque le budget du Pentagone, déjà affecté, deviendrait une caisse noire pour payer toute action répressive exigée par sa base fasciste, comme les rafles massives d’immigrants, la création de camps de concentration pour les emprisonner, et la déportation de millions de travailleurs.

Trump a également confirmé lors de la conférence de presse qu’il avait dit à la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, et au leader de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, plus tôt dans la journée, qu’il était prêt à maintenir le gouvernement fermé indéfiniment jusqu’à ce que les Démocrates, qui détiennent maintenant une majorité à la Chambre des représentants, respectent ses exigences de 5 milliards de dollars en fonds pour le mur.

Alors que Trump déclarait que la fermeture pourrait durer « des mois, voire des années » sans un accord sur le financement par le Congrès d’un mur le long de la frontière sud, ABC News rapportait que des sources au sein de l’Administration avaient confirmé que des options étaient envisagées pour contourner le pouvoir législatif, notamment la redistribution de fonds déjà affectés au ministère de la défense.

Un porte-parole du ministère de la défense a déclaré à ABC que le Pentagone était déjà en train « d’examiner les autorités disponibles et les mécanismes de financement afin d’identifier des options pour permettre la construction de barrières frontalières. »

NBC News a également rapporté que, bien que des options pour la construction du mur sans l’approbation du Congrès aient été soulevées au sein de l’Administration auparavant, elles sont maintenant envisagées sérieusement. « Selon la gravité de la crise, cela a toujours été une option. Maintenant que la situation s’aggrave, nous cherchons comment la rendre opérationnelle et l’utiliser pour faire face à la crise », a déclaré un responsable anonyme à NBC.

La Maison-Blanche a envoyé à chaque membre du Congrès une copie d’un exposé sur la prétendue « invasion » des frontières américaines par les demandeurs d’asile que la secrétaire du DHS (Département de la sécurité de l’intérieur), Kirstjen Nielsen, a tenté de remettre mercredi aux dirigeants du Congrès, indiquant que la menace du Trump de déclarer l’état d’urgence n’était pas seulement une remarque spontanée. Schumer et Pelosi refusèrent d’être présents lors de son argumentaire de propagande, mais Trump décida de contourner les dirigeants du Congrès et d’envoyer directement son discours à tous les membres du Congrès.

Le mois dernier, Trump a menacé de déployer l’armée pour construire le mur sans l’approbation du Congrès, tweetant : « Si les démocrates ne nous donnent pas les votes pour sécuriser notre pays, les militaires construiront les sections restantes du mur. »

Trump a déjà déployé des milliers de soldats en service actif à la frontière sud pour ériger des barrières, déployer des barbelés et aider les agents des patrouilles frontalières à détenir les immigrants. Le NPR a rapporté jeudi que le Département de la sécurité intérieure a demandé des milliers de soldats supplémentaires pour militariser 160 miles de la frontière en Californie et en Arizona, un projet qui devrait durer jusqu’en septembre. Le déploiement initial de Trump annoncé en octobre devait expirer ce mois-ci.

Pelosi et Schumer se sont rendus à la Maison-Blanche vendredi pour convaincre Trump d’accepter un accord qui rouvrirait complètement le gouvernement et fournirait un financement aux agences fédérales, hors DHS, jusqu’en septembre, et permettrait ensuite un débat séparé sur le financement du mur. Les démocrates ont cherché à obtenir une baisse des dépenses par Trump, lui offrant 1,6 milliard de dollars pour la « sécurité frontalière », mais pas pour un mur.

Alors que Pelosi qualifiait la réunion de « contentieuse », Trump prétendait qu’elle avait été « très productive », bien que, sous la pression des journalistes, il ait refusé de discuter si les Démocrates s’étaient rapprochés de sa position sur le mur. « Je ne veux pas m’y immiscer. Je ne veux pas les mettre [Pelosi et Schumer] dans une position où ils doivent justifier les choses à beaucoup de gens qu’ils doivent normalement contenter », a remarqué Trump.

Le dirigeant de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a confirmé que les pourparlers sur le plan du personnel au sujet d’une résolution sur la fermeture se poursuivraient pendant la fin de semaine. « Le Président a accepté de désigner ses dirigeants pour qu’ils s’assoient avec tout le personnel des cabinets des dirigeants ce week-end afin de voir si nous pouvions parvenir à un accord à recommander à nous, à lui et aux autres dirigeants », a déclaré McConnell aux journalistes.

Lors de sa conférence de presse du vendredi, Trump a absurdement prétendu que la plupart des employés fédéraux appuient la fermeture et la construction d’un mur frontalier parce que cela leur assurerait une sécurité économique : « Le filet de sécurité a une frontière solide, parce que nous allons être en sécurité. Je ne parle pas d’économie, mais de ce qui en fin de compte concerne l’économie. »

Quelque 800 000 employés qui ont été mis à pied ou forcés de travailler sans salaire manqueront leur premier chèque de paie complet le 11 janvier si un accord entre Trump et les démocrates n’est pas conclu bientôt.

Les ministères de l’Agriculture, du Commerce, de l’Habitation et de l’Urbanisme, de l’Intérieur et des Transports ont été fermés et la plupart des employés ont dû rester chez eux. Les départements de la sécurité intérieure, de la justice et des affaires intérieures ont également été touchés.

Bien que les parcs nationaux demeurent ouverts, quelque 21 000 employés ont été mis à pied, ce qui signifie que les déchets ont commencé à s’accumuler et que l’entretien des routes et des sentiers a été reporté dans tous les parcs du pays. En l’absence de gardes forestiers sur le terrain, des fonds locaux et des bénévoles ont essayé de garder propres des endroits populaires comme la Statue de la Liberté à New York et le Joshua Tree National Park en Californie.

Pendant ce temps, les employés jugés « essentiels », y compris les agents de sécurité de l’Administration de la sécurité des transports (TSA), les gardiens de prison fédéraux et les agents de patrouille frontalière, sont obligés de travailler sans rémunération. Les météorologistes employés par le Service météorologique national ainsi que les contrôleurs de la circulation aérienne sont également tenus de se présenter au travail sans rémunération. Vers la fin de la journée de vendredi, la TSA a reconnu qu’un nombre croissant de travailleurs du contrôle des passagers étaient en congé de maladie plutôt que de se présenter au travail sans salaire, mais l’agence a déclaré qu’aucun vol n’avait encore été interrompu.

La fermeture a entraîné la fermeture cette semaine des 19 musées du Smithsonian Institute et du National Zoo de Washington, D.C. L’Independence Hall et le monument du Liberty Bell à Philadelphie ont également été fermés au public. Les fermetures ont gravement ralenti les activités des petits commerces et des restaurants qui desservent les touristes et les employés fédéraux dans ces secteurs.

Les Amérindiens qui résident dans l’une ou l’autre des nombreuses réserves du pays ont vu les services financés par des fonds fédéraux garantis par des traités être menacés ou complètement supprimés. Environ 1,9 million d’Amérindiens et d’Autochtones de l’Alaska sont touchés. Le New York Times a rapporté que la tribu du Sault Sainte-Marie dans la péninsule supérieure du Michigan dépense 100 000 dollars de ses propres fonds pour garder les cliniques et les réserves alimentaires ouvertes. Sans financement fédéral, les routes n’ont pas été déneigées après les tempêtes de neige qui ont frappé le Nouveau-Mexique, l’Arizona et l’Utah, les résidents sont coincés dans leurs maisons.

(Article paru d’abord en anglais le 5 janvier 2019)