«Le capitalisme devrait être renversé à mon avis»

Des étudiants manifestent à Toronto contre la réduction de l'aide financière

Par Par nos journalistes
31 janvier 2019

Des étudiants ont récemment organisé une marche de protestation et un rassemblement à Toronto pour s'opposer à l'élimination du Régime d'aide financière aux étudiantes et étudiants de l'Ontario (Ontario Student Assistance Program ou OSAP) par le gouvernement progressiste-conservateur de droite de la province dirigé par le premier ministre Doug Ford. Environ 2000 étudiants ont participéà la marche, qui a commencé sur la place Yonge-Dundas et s'est rendue à l'Assemblée législative provinciale à Queens Park.

Des pancartes qui fustigent le premier ministre de l'Ontario

Les compressions du gouvernement Ford, annoncées le 17 janvier par la ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Merrilee Fullerton, comprennent l'élimination des frais de scolarité gratuits pour les étudiants à faible revenu et l'abolition d'un délai de grâce de six mois pour que les étudiants commencent à rembourser leurs prêts après avoir obtenu leur diplôme. Par des moyens détournés, les conservateurs ont également imposé une réduction dévastatrice de 2 à 4% des budgets des universités et des collèges en réduisant les frais de scolarité de 10% pour l'année scolaire 2019-2020, tout en gelant les subventions provinciales aux collèges et universités.

Une équipe de journalistes du World Socialist Web Site est intervenue lors du rassemblement pour discuter de l'impact des coupures sur les étudiants et pour promouvoir un programme socialiste en opposition à la campagne d'austérité de la classe dirigeante.

Dylan

Dylan, un étudiant de première année en gestion des affaires, a expliquéà nos journalistes pourquoi il pensait que tant d'étudiants étaient venus protester. «Beaucoup d'entre nous comptent sur lOSAP pour leur financement, a-t-il dit. «Je viens d'une famille qui n'est pas riche, nous avons tous des revenus moyens, donc le fait que Doug Ford ait fait ça, cest nul. J'ai l'impression que ce n'est pas quelque chose qui devrait arriver aux étudiants.»

Moses, étudiant en arts visuels au Sheridan College, a expliqué comment les coupures l'affecteraient. «Je fais partie de ce groupe d'étudiants à faible revenu à cause de ma famille en général. Je n'ai rien, alors j'ai dû compter sur lOSAP juste pour poursuivre mes études», dit-il. «Mon père travaillait en bas de la rue, à la Financière Sun Life. Il y a travaillé pendant près de 30 ans, jusqu'à ce qu'une nouvelle direction se présente et commence à faire un processus de suppressions de postes. Un jour, il est allé travailler et sa carte électronique n'a pas fonctionné. Une semaine plus tard, on lui a dit: «Oui, on na plus besoin de vous.» Ma mère a pris sa retraite pendant une vingtaine d'années parce qu'elle a eu un accident de travail et a dû se forcer à retourner au travail malgré sa blessure. Je travaille fort pour mes études, et jessaie de me trouver un travail à temps partiel.

«Donc pour moi, je fais ça juste pour ma famille et surtout pour tous ceux qui sont ici. Ce n'est pas bien ce que Ford fait... Il arnaque tout le monde. Il dit qu'il est «pour le peuple», mais que fais-tu vraiment pour le peuple ? Pas plus tard que la semaine dernière, il a augmenté les salaires de son parti et a donnéà l'un d'eux une maison gratuite.»

Un ancien élève a dit : «Je suis ici pour soutenir les élèves. En plus, j'ai des prêts étudiants en cours. Je pensais retourner à l'école, mais c'est risqué. Comment puis-je retourner à l'école alors que j'ai cette épée de Damoclès de prêt que le gouvernement pourrait me demander de rembourser à tout moment? Si cela m'arrive, je suis complètement ruiné, je perdrais probablement mon appartement et je devrais retourner vivre avec ma mère. Je perdrais tout.»

Nicholas, étudiant en deuxième année d'histoire, a établi un parallèle entre la montée du populiste de droite Ford et le président américain d'extrême droite Donald Trump. «J'ai l'impression que Ford attaque les Ontariens ordinaires à tant de niveaux», a-t-il ajouté. «Donc, nous devons sortir et protester pour des choses que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre, comme nos subventions pour l'école.

«J'apprenais que l'écart de richesse est semblable à ce qu'il était dans les années 1920, avant que les syndicats et d'autres gains ne soient réalisés», a poursuivi Nicholas. «Le capitalisme devrait être renverséà mon avis.»

Chloé est étudiante de troisième année en physique à l'Université McMaster. «Je pense que c'est vraiment dommageable pour notre pays et pour les générations futures parce que moins de gens pourront aller à l'université et recevoir cette éducation à cause des coupures», a-t-elle expliqué. «Je pense que le socialisme serait plus utile à tout le monde par rapport à la façon dont les choses se passent en ce moment.»

Alex

Alex, étudiant en gestion des affaires au Collège Humber, a demandé que les manifestations soient élargies. «Ces mouvements doivent se développer en organisant tous ceux qui sopposent au gouvernement, en résistant à ce qu'ils font, en occupant les salles de classe, en se présentant tous les jours devant le Parlement et leur criant après, en s'assurant qu'ils n'obtiennent jamais un moment de répit», a déclaré Alex.

Lorsqu'on lui a demandé son opinion sur l'appui du Canada à l'opération de changement de régime de l'administration Trump au Venezuela, Alex a exprimé l'opposition généralisée à Washington et aux politiques étrangères impérialistes d'Ottawa. «Tout le monde devrait rester à l'écart et laisser le Venezuela être le Venezuela», s'est-il exclamé. «Chaque fois que les États-Unis se mêlent dun autre pays politiquement, cela ne fait qu'empirer les choses. Si vous regardez l'Irak, l'Iran, la Corée, ce sont dautres grandes catastrophes. Les gens ne savent pas grand-chose sur le Vietnam, mais c'était une guerre totalement colonialiste à laquelle les Américains ont participé. Pendant tout ce temps, ils disaient que nous étions contre les colonies, mais en fait, ils avaient d'autres plans pour opprimer ces gens.»

Gary, un candidat au doctorat qui étudie aussi à l'Université McMaster, a déclaré: «Ça mencourage de voir autant de gens ici. Je pense que c'est nécessaire. Je pense que nous avons tous l'obligation de ne pas rester les bras croisés et d'accepter cela. Et je pense qu'on peut s'inspirer des étudiants du Québec en 2012 et montrer qu'ils ne sont pas les seuls élèves de la province à pouvoir faire preuve d'une résistance active aux décisions politiques qui nous mettent en colère. J'espère que ce n'est que le début de quelque chose de gros.»

En 2012, un quart de million d’étudiants et leurs partisans sont descendus dans les rues de Montréal et d'autres villes du Québec pour protester contre la hausse prévue des frais de scolarité par le gouvernement libéral du Québec. Ces manifestations ont suscité la sympathie générale des jeunes du Canada et de l'étranger, qui y ont vu l'expression d'une frustration croissante face à l'augmentation vertigineuse des frais de scolarité et, plus généralement, des inégalités sociales.

Alors que le mouvement menaçait de se transformer en une lutte totale contre l'élite au pouvoir, et que la classe ouvrière montrait de plus en plus de signes dappui pour les étudiants, les syndicats sont intervenus pour casser la grève et trahir les manifestants.

Les syndicats québécois, y compris les associations étudiantes, ont saboté l'opposition de masse à la criminalisation de la grève par le gouvernement libéral et ont promu le slogan «Après la rue, les urnes» afin de mobiliser l'appui pour le Parti québécois propatronal aux élections provinciales de 2012. Dès son arrivée au pouvoir grâce à l'appui des syndicats, le PQ a imposé la hausse des frais de scolarité et a continué d'imposer des attaques brutales aux travailleurs québécois. L'article distribué par les journalistes de WSWS lors de la manifestation de vendredi soulignait que même si Ford était celui qui menait la série actuelle d'attaques, les coupes dans l'aide aux étudiants font partie d'une offensive d'austérité plus large menée par l'élite dirigeante tout entière. Elle a également noté la croissance de l'opposition de la classe ouvrière dans le monde entier, depuis les manifestations des «gilets jaunes» en France jusqu'à la grève de masse de plus de 70.000 travailleurs pauvres des maquiladoras à la frontière sud des États-Unis à Matamoros, au Mexique.

«C'est vers ce mouvement grandissant de la classe ouvrière canadienne et internationale que les élèves de l'Ontario doivent se tourner», explique l'article. «Rien ne sera gagné par les protestations sur les campus se limitant à faire appel à Ford et Fullerton pour qu'ils reculent, ou visant à faire pression sur les syndicats procapitalistes pour qu'ils «combattent», comme le préconisent la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants et les groupes de la pseudo-gauche comme Fightback.

«Sorienter vers la classe ouvrière, c'est se battre pour développer un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière contre les syndicats qui, depuis des décennies, répriment et isolent la résistance de la classe ouvrière, tout en soutenant ouvertement les gouvernements libéraux, néo-démocrates et du Parti québécois (PQ), des partis proguerre et proaustérité.»

(Article paru en anglais le 28 janvier 2019)