Canicule en Europe: la France enregistre un record de chaleur

Par Will Morrow
3 juillet 2019

Une grande partie de l’Europe a été frappée par d’intenses vagues de chaleur au cours de la semaine dernière. L’Allemagne, la Pologne et la République tchèque ont toutes connu les températures les plus élevées de leur histoire pour le mois de juin. La France a enregistré la journée la plus chaude de son histoire vendredi, atteignant un maximum de 45,9 degrés Celsius (115 degrés Fahrenheit) dans la ville de Gallargues-le-Montueux près de Montpellier, dans le sud du Gard, ce qui la rend temporairement plus chaude que la célébre vallée de la mort en Californie.

Au moins neuf personnes sont déjà mortes des suites directes de la chaleur, avec un certain nombre d’autres décès indirects, y compris par noyade.

En Espagne, les températures à Gérone, dans le nord-est de la Catalogne, ont atteint 43,9 degrés Celsius vendredi, la température la plus élevée jamais enregistrée dans la ville. Les températures ont dépassé 36 degrés Celsius dans la majorité du pays, et ont culminé au-dessus de 40 degrés Celsius dans le centre, y compris Madrid, et le sud.

Plus de 700 pompiers en Espagne luttaient pour éteindre un incendie qui a éclaté dans la ville centrale d’Almorox, près de Tolède, vendredi. Le feu a détruit dimanche plus de 2000 hectares dans les provinces de Castilla-La Mancha et Madrid. Un deuxième incendie qui a débuté mercredi dans le nord-est de l’Espagne, les pompiers l’avaient teint vendredi après avoir détruit 6000 hectares et tué des centaines de moutons. C’était le pire incendie au pays depuis 20 ans.

Alors que les régions touchées étaient peu peu peuplées, plus de 450 personnes ont dû être évacuées. L’incendie aurait débuté après que du fumier de poulet au Torre de l’Espanyol se soit consumé sous la chaleur. Si ce sont la chaleur extrême et la sécheresse qui ont créées les conditions pour que cela se produise, Marc Castellnou, le chef du service des incendies catalan a déclaré que la mauvaise gestion forestière avait contribué à la férocité et à l’ampleur des incendies, selon The Guardian.

L’Allemagne a atteint hier sa température la plus élevée de tous les temps en juin, atteignant 38,9 degrés Celsius, soit moins que le record national de 40,3 degrés.

La France est devenue le septième pays d’Europe à enregistrer une température supérieure à 45 degrés Celsius. Le record précédent de 44,1 degrés Celsius avait été établi en août 2003. Les zones les plus chaudes se situent au sud, avec quatre départements (Hérault, Gard, Vaucluse et Bouches-du-Rhône) élevés au niveau d’alerte le plus élevée. Plus de 4000 écoles ont été fermées à travers le pays.

Au moins cinq personnes sont mortes de la chaleur en France, mais le bilan réel de la vague de chaleur ne sera pas connu avant plusieurs semaines.

Jeudi, deux personnes sont décédées dans la même ville, Cernay, dans l’extrême nord-est du Haut-Rhin. Le maire local a déclaré qu'il y avait un octogénaire et un travailleurs d'une trentaine d'années. Le même jour, un jeune carreleur de 33 ans dans le département d'Ille-et-Vilaine à l'ouest du pays, qui travaillait sur un toit au milieu de la journée, a été retrouvé inconscient et en est mort.

Dans le sud du Vaucluse, où des températures supérieures à 40 degrés Celsius ont persisté jeudi et vendredi, six personnes ont été hospitalisées pour hyperthermie, dont une est décédée après avoir fait du vélo ce jour-là. Un autre cycliste de 59 ans est décédé dans le même département mercredi.

Deux autres personnes sont mortes en Espagne. L’un d’eux était un jeune garçon de 17 ans qui travaillait sur une maison en Andalousie au milieu de la journée de jeudi. Après avoir sauté dans la piscine de la maison où il travaillait, il a eu des convulsions et est mort plus tard d’une crise cardiaque. Un homme de 93 ans est également mort.

Les températures ont en partie dépassé la vague de chaleur catastrophique de 2003 en Europe, qui était l’été le plus chaud d’Europe depuis au moins 1540. L’analyse statistique des taux de mortalité a par la suite estimé que les vagues de chaleur avaient fait plus de 30.000 à 70.000 morts.

Au cours de cette catastrophe, plus de 14.800 personnes, âgées pour la plupart, sont mortes en France au mois d’août, après huit jours consécutifs à plus de 40 degrés Celsius. Le bilan des morts a révélé l’indifférence et le mépris de la classe dirigeante française, du gouvernement du président Jacques Chirac et de l’establishment politique pour la vie de la classe ouvrière. Aucune précaution n’a été prise et la plupart des personnes décédées étaient des personnes âgées qui vivaient seules et sans assistance. Les pompes funèbres se sont trouvées contraintes d’utiliser des installations de congélation industrielles tant elles étaient submergées par le nombre de cadavres.

Les vagues de chaleur en Europe sont dues aux flux d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord. La dernière vague de chaleur s’est produite en raison des flux d’air en provenance du désert du Sahara.

Bien qu’il y ait toujours eu des vagues de chaleur, leur fréquence et leur intensité augmentent en raison des changements climatiques, ce qui rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus probables. Cela soulève avec d’autant plus de force les terribles conséquences de l’inaction des grands gouvernements du monde en matière d’environnement. Ce n’est pas la faute de «l’humanité», mais de l’organisation économique capitaliste actuelle de la société, et de la subordination associée de la société aux intérêts du profit de la classe capitaliste.

La menace croissante du changement climatique pour l’humanité et pour l’environnement pose la nécessité urgente d’une réorganisation socialiste de la vie économique par la classe ouvrière. Il faut que de la production soit organisée à l’échelle internationale pour subvenir aux besoins sociaux selon une organisation scientifique rationnelle.

Les 20 années les plus chaudes en Europe depuis le début des relevés ont toutes eu lieu au cours des 22 dernières années. Les années 2015-2018 sont les quatre années les plus chaudes et 2019 devrait également figurer parmi les cinq premières, ce qui signifie que les cinq dernières années seront les plus chaudes jamais enregistrées, selon l’Organisation météorologique mondiale.

Le climatologue James Hansen, de l’Université Columbia, s’est entretenu avec CBS News. Il a dit: «Dans les régions subtropicales sèches comme la région méditerranéenne», le changement de température en été est si important qu’un «événement aussi extrême que ceux de 2003 et 2019» est au moins 100 fois plus susceptible de se produire que «dans un climat sans influence humaine».

«En d’autres termes, la probabilité de ces événements extrêmes dans le monde pré-industrialisé n’était pas nulle, mais elle était négligeable par rapport à la situation actuelle», poursuit Hansen. «Vous pouvez donc affirmer avec un très haut degré de confiance que cet événement extrême est une conséquence du changement climatique d’origine humaine.»

Stefán Rahmstorf, de l’Institut de recherche climatique de Potsdam, a déclaré à la radio Deutsche Welle que «les records mensuels de chaleur dans le monde entier sont cinq fois plus nombreux aujourd’hui que dans un climat stable.»

(Article paru d’abord en anglais le 1er juin 2019)