Les travailleurs forestiers de la Colombie-Britannique entament leur troisième semaine de grève

Par Jean LaChance
19 juillet 2019

Environ 3000 travailleurs forestiers de la Colombie-Britannique entament leur troisième semaine de grève pour contrer les tentatives de l'employeur, Western Forest Products (WFP), visant à imposer des réductions draconiennes de leurs salaires, de leurs avantages sociaux, de leurs pensions et de leurs conditions de travail. La grève concerne 1500 employés réguliers de WFP et près de 1500 employés des entrepreneurs et des sous-traitants de l'entreprise.

Les travailleurs ont massivement voté à 98% pour faire grève après que la direction eut rejeté les propositions syndicales lors des discussions. La société est la plus grande entreprise forestière de l’île de Vancouver, avec un chiffre d’affaires de près de 1,2 milliard de dollars canadiens, un bénéfice net de 69,2 millions de dollars et une liquidité totale de 250,4 millions de dollars pour 2018.

WFP cherche à remplacer le plan de pension actuel par un régime d'épargne enregistré, un geste qui imposerait le fardeau du financement des pensions aux travailleurs individuels et permettrait à l'entreprise de mettre fin aux contributions de l'employeur aux employés actuels et aux nouveaux employés. La société demande également le droit de mettre en œuvre un nouveau plan d’ancienneté qu’elle souhaite contrôler. Alors que les travailleurs forestiers demandent une extension de la couverture du régime d’assurance invalidité de longue durée de 60 à 65 ans, une augmentation de la prestation mensuelle d’assurance invalidité et un ajustement en fonction du coût de la vie tous les trois ans, WFP souhaite une réduction de son taux de cotisation. L'employeur demande un changement de fournisseur de prestations du régime qui est actuellement administré par United Steelworker Trustees.

Les grévistes estiment que le fait de confier le régime à un fournisseur privé entraînera la perte de leurs droits.

En outre, avec un taux d'inflation actuel supérieur à 2%, la proposition salariale de WFP ne dépasserait 2% qu’après la cinquième année de l’entente. Cela signifie que les travailleurs devraient subir des réductions de salaire en termes réels pendant quatre ans. Dans le même temps, le président de WFP, Don Demens, a bénéficié d'une augmentation de salaire de 30% pour les années 2016-2017.

La direction a également proposé d'importantes réductions de salaire pour les nouveaux employés et une longue période de transition pour atteindre les salaires normaux, une réduction des congés annuels, le droit de forcer les travailleurs à prendre leurs vacances lors des périodes de basse production, l’imposition de conditions préalables à un congé, et l’élimination de la formation syndicale.

Soulignant que le syndicat United Steelworkers (USW, Métallos) est prêt à accepter ces demandes en principe et à imposer un accord pourri chargé de concessions, le président local de l'USW, Brian Buttler, a déclaré dans un communiqué qu'il était prêt à négocier et qu'un accord pourrait être conclu rapidement. De manière significative, l'USW propose des discussions avec médiateur conduites par Vince Reddy, un médiateur expérimenté impliqué dans l'élaboration d'un contrat chargé de concessions qui a mis fin à une grève de 50.000 enseignants de la Colombie-Britannique en 2014. WFP prétend être en faveur de la médiation, mais s'oppose à la nomination de Reddy.

Les actions de l'entreprise depuis le début de la grève montrent clairement qu'elle n'a aucune intention de faire des compromis. Le 1er juillet, le premier jour de la grève, WFP a demandé à la Commission des relations de travail (CRT) de prolonger de 144 heures le préavis de grève de 72 heures de USW1-1937 afin de lui permettre de déplacer tous ses rondins en eau salée dans de l'eau douce. La société a affirmé que les rondins seraient «périssables de manière imminente» si elles étaient laissées dans de l'eau salée. Il s’agissait d’une tentative évidente de déplacer les rondins derrière les piquets de grève pour pouvoir les vendre et de continuer à percevoir des recettes, ce qui aurait permis à la société de résister à la grève plus longtemps. WFP a violé la décision en engageant des entreprises de remorquage pour déplacer les rondins situés derrière les piquets de grève.

Le 4 juillet, WFP a présenté une requête à la CRT en vue de mettre fin à la pratique des accords Me-Too, vieille de plus de 50 ans. Un accord Me-Too est un accord signé par un entrepreneur avec l'USW, indiquant qu'il honorera les résultats des négociations entre le syndicat et le donneur d’ouvrage prédominant, actuellement Western Forest Products. Le 11 juillet, la CRT a déclaré que la grève était illégale pour trois sous-traitants et leurs 105 travailleurs impliqués.

L'USW a déclenché la grève chez167 entreprises et entrepreneurs, mais en a autorisé 121 autres à poursuivre leurs activités. Le syndicat affirme qu'une grève à l'échelle de l'industrie ne créerait pas de pression accrue sur WFP et que le fait de permettre à ses concurrents de poursuivre leurs activités augmenterait la pression sur la société.

Il s’agit d’un tissu de mensonges. En réalité, la politique de l'USW signifie que les travailleurs de WFP sont obligés de se battre à genoux pendant que la société met en œuvre de manière agressive ses revendications. Loin de faire monter la pression sur l'entreprise, la stratégie de l'USW sert à diviser et à affaiblir les grévistes, séparés de leur plus puissant allié, les ouvriers du bois d'œuvre de la province et de la classe ouvrière canadienne et internationale.

L'USW tente également d'affamer les grévistes jusqu’à la soumission. Alors que le syndicat prétend avoir un fonds de grève de 500 millions de dollars canadiens, il n’accorde aux grévistes qu’un misérable 20 dollars par jour et ne verse ces paiements qu’une fois que la grève a atteint la marque des trois semaines.

Ce que l’USW craint vraiment, c’est qu’une grève complète crée des étincelles vers un mouvement en Colombie-Britannique et au Canada qui rejoindrait l’offensive grandissante par les travailleurs du Canada et du monde entier pour défendre leurs emplois et leur niveau de vie. Pour éviter cela, le syndicat est déterminé à isoler les travailleurs forestiers et à parvenir à un compromis pourri avec la direction de WFP.

Les grévistes devraient se rappeler le rôle joué par l'USW dans le lock-out de 18 mois qui vient de s'achever à la fonderie d'aluminium ABI au Québec, où la direction a réussi à imposer des concessions de même ampleur que celles réclamées par WFP. L’USW a délibérément isolé plus de 1000 travailleurs en lock-out et refusé d’appeler à la grève de solidarité et aux manifestations de ses centaines de milliers de membres. Lorsque l'entreprise a menacé les travailleurs d'arrêter complètement l'installation s'ils ne votaient pas en faveur de l'accord assorti de concessions, l'USW n'a formulé aucune recommandation jusqu'à la dernière minute. Cela a laissé les travailleurs face à l'intimidation de la direction de l'entreprise, des médias et du gouvernement populiste de droite du Québec, qui dénonçaient tous les travailleurs en lock-out comme étant surpayés et privilégiés.

L'USW est encore plus déterminée à empêcher l'élargissement de la lutte des travailleurs de WFP à mesure qu'elle se prépare, avec l'ensemble de la bureaucratie syndicale, pour organiser une campagne de vote prolibéral lors des élections fédérales de cet automne. L'USW a joué un rôle clé en tant que partenaire proche du gouvernement Trudeau au cours des quatre dernières années, en défendant l'adoption par le gouvernement des politiques commerciales protectionnistes et nationalistes de Trump ciblant la Chine.

Lorsque Trump a imposé des droits de douane sur les produits canadiens en acier et en aluminium, l'USW s'est associée au gouvernement Trudeau pour plaider en faveur de la levée des sanctions au motif que l'acier canadien est utilisé pour fabriquer des avions de guerre et des chars américains et qu'il est donc essentiel pour la machine de guerre de l'impérialisme américain. Un véritable mouvement de masse de travailleurs de l'industrie du bois et d'autres couches de la classe ouvrière opposé à toute austérité et à toute concession mettrait inévitablement à nu cette alliance de droite réactionnaire entre la bureaucratie syndicale et le parti de gouvernement préféré de l'élite dirigeante canadienne.

Les grévistes de WFP doivent former des comités de base afin d’enlever la grève des mains des bureaucrates du USW. Ces comités doivent s'efforcer immédiatement de sortir de l'isolement imposé par l'USW aux travailleurs en grève en organisant une lutte commune de tous les travailleurs du bois d'œuvre pour obtenir des augmentations de salaire et la défense des droits à la retraite et des avantages en milieu de travail. En outre, ils doivent rejeter de manière décisive le poison nationaliste colporté par l'USW et s'efforcer d'unir leurs luttes à celles de tous les travailleurs du Canada, des États-Unis et du monde entier sur la base d'un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 17 juillet 2019)