Grève générale à Hong Kong: la classe ouvrière entre dans le mouvement de protestation

Par Peter Symonds
8 août 2019

La grève générale de lundi à Hong Kong marque une nouvelle étape dans le mouvement de protestation de masse déclenché par la loi du gouvernement de la région administrative spéciale sur l'extradition. Des dizaines de milliers de travailleurs de divers secteurs – chemin de fer, aéroports, administration publique, métallurgie, BTP, finance et banques – ont participé aux manifestations qui ont perturbé les transports et restreint le traffic à l’aéroport international.

La grève n'est pas due aux syndicats, tout comme les manifestations, mais à l’initiative de travailleurs. La Confédération des syndicats (CTU), alignée sur l'opposition officielle au Conseil législatif de la ville, le groupe pan-démocrate, a nominalement soutenu la grève mais sans appeler les membres de ses syndicats (environ 200 000) à y participer.

L'entrée de la classe ouvrière comme classe dans le mouvement de protestation montre les forces motrices sociales et économiques qui sous-tendent celui-ci. Les revendications des responsables du mouvement se sont jusqu'à présent limitées au retrait complet de la loi d'extradition, à la démission de la cheffe de l’exécutif Carrie Lam, à celui des poursuites contre les manifestants, à une enquête indépendante sur les violences policières et à des élections libres et ouvertes au suffrage universel.

La classe ouvrière, elle, fait non seulement face à l’absence de droits démocratiques mais aussi à l’aggravation de la crise économique et sociale. Si les milliardaires de Hong Kong, nombreux à avoir des liens étroits avec le Parti communiste chinois (PCC) à Beijing, dominent la vie économique, la majorité des habitants lutte pour subsister dans l'une des villes les plus chères du monde. Environ 20 pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté, dans des logements insalubres et étriqués, et reçoit peu d’aide des maigres services sociaux de Hong Kong.

Les manifestations de masse, qui durent depuis plus de deux mois et touchent parfois plus du quart de la population, font partie du retour sur la scène à l’international de la classe ouvrière, radicalisée par la crise croissante du capitalisme mondial. Cette flambée d’opposition populaire a lieu parallèlement aux manifestations de masse sur le territoire américain de Porto Rico, aux grèves massives en Inde et au mouvement des Gilets jaunes en France, pour n'en citer que quelques-uns.

Les manifestations de Hong Kong annoncent une montée de la classe ouvrière dans toute la région, notamment en Chine. De l’autre côté de la frontière, ce sont des dizaines de millions d’ouvriers de l’industrie qui travaillent dans la zone économique spéciale de Shenzhen et les villes voisines, dans des conditions d’énorme exploitation. La pression de Pékin pour une loi autorisant l'extradition vers la Chine continentale est motivée par l’inquiétude que la ville est un refuge pour des dissidents et des critiques qui pourraient déclencher une opposition politique en Chine.

Les menaces à peine voilées du PCC d’une répression du mouvement par l’armée sont causées par la crainte que les grèves et les manifestations n’encouragent les travailleurs d'autres régions de Chine à se battre pour leurs droits sociaux et démocratiques. Il y a, en dépit d’une répression policière et d’une censure sévères, des signes que les grèves augmentent en Chine. Le China Labor Bulletin, basé à Hong Kong, indique que le nombre de grèves enregistrées – une petite fraction du total – est passé de 1250 en 2017 à plus de 1700 en 2018

Le courage et la détermination des manifestants de Hong Kong à se battre pour leurs droits démocratiques fondamentaux ne font aucun doute. En outre, de nombreux manifestants rejettent les pan-démocrates qui représentent des couches de l'élite patronale de Hong Kong, préoccupées par l’empiétement de Pékin sur leurs intérêts. Mais ce qui manque, c'est une alternative politique claire pour mener une lutte, non seulement contre l'administration de Hong Kong dirigée par Carrie Lam, mais encore contre le régime du PCC à Beijing.

Les principes fondamentaux suivants doivent sous-tendre la perspective politique défendue par la classe ouvrière.

Premièrement, celle-ci doit se baser sur l'internationalisme et le rejet de toutes formes de nationalisme, y compris l’esprit de clocher des groupes séparatistes de Hong Kong qui rendent les habitants de la Chine continentale responsables de la détérioration des conditions sociales et économiques de la ville. Seule une lutte unifiée des travailleurs de toute la Chine permettra de lutter contre la bureaucratie stalinienne de Pékin et ses larbins politiques à Hong Kong, dans le cadre d'un mouvement international plus large contre le capitalisme.

Deuxièmement, la classe ouvrière doit établir son indépendance politique par rapport à toutes les factions de la classe dirigeante. Les couches de l'élite économique qui soutiennent l'appel à fortifier les droits démocratiques et l'autonomie de Hong Kong ne le font que pour renforcer leur propre position et maximiser les profits qu’ils tirent de l'exploitation de la classe ouvrière. En outre, les travailleurs devraient rejeter ceux qui appellent les impérialismes américain et britannique à intervenir à Hong Kong au nom de la démocratie.

Les États-Unis et leurs alliés ne se préoccupent pas des droits démocratiques, à Hong Kong ou ailleurs. Ils se sont à maintes reprises servi de la bannière des «droits de l'homme» pour attiser des conflits et faire la guerre. Le gouvernement Trump accélère dans toute la région Inde-Pacifique sa guerre économique et son déploiement militaire irresponsables contre la Chine. Tout soutien américain au mouvement de protestation à Hong Kong ne serait qu’un stratagème pour renforcer la pression de Washington sur Pékin.

Troisièmement, la lutte pour les droits démocratiques de la classe ouvrière est entièrement liée à la lutte pour le socialisme et les droits sociaux fondamentaux: un travail, des soins de santé et une éducation décents, et le logement abordable. Le manque de direction politique dans la classe ouvrière à Hong Kong et en Chine est avant tout le résultat de la fausse identification du maoïsme et du stalinisme avec le marxisme et le socialisme authentiques.

Pour construire une direction révolutionnaire dans la classe ouvrière chinoise il faut clarifier les expériences stratégiques clés du XXe siècle et les trahisons du stalinisme, notamment en Chine. La perspective nationaliste réactionnaire du «socialisme dans un seul pays», qui fut celle de Mao et des dirigeants du PCC, a produit des catastrophes en série qui ont ouvert la porte à la restauration capitaliste, commencée dès 1978. Si l’impérialisme britannique était disposé à restituer à la Chine sa colonie de Hong Kong en 1997, ce ne fut pas sur la base du «un pays, deux systèmes», mais sur celle de l’existence dans toute la Chine d’un seul système – le capitalisme.

Les leçons historiques nécessaires sont celles de la lutte du mouvement trotskyste mondial – représenté aujourd'hui par le Comité international de la IVe Internationale (CIQI) – contre le stalinisme pendant près d'un siècle. Nous encourageons vivement les travailleurs et les jeunes de Hong Kong à la recherche d’une voie politique vers l’avant de nous contacter et d’engager un dialogue politique sur ces questions essentielles.

(Article paru en anglais le 7 août 2019)