Les tribunaux mettent fin à une grève «illégale» des travailleurs de l'automobile à Windsor en Ontario

Par Carl Bronski
7 septembre 2019

Cent quatre-vingts travailleurs de l'usine Nemak de Windsor, en Ontario, ont poursuivi leur protestation jeudi contre l'annonce de la fermeture de l'usine en 2020. Le lundi de la fête du Travail, le président d'Unifor, Jerry Dias, et les représentants de la section locale 200 ont tenu une conférence de presse à l'extérieur de l'usine pour annoncer que le complexe serait bloqué jusqu'à ce que la direction respecte une entente contractuelle antérieure visant à garder l'usine ouverte jusqu'en 2022. Des piquets de grève ont ensuite été dressés pour empêcher la direction de retirer l'équipement de l'usine.

Mardi soir, alors que les travailleurs devaient rentrer d'une longue fin de semaine de congé, des centaines d'autres travailleurs locaux de l'industrie des pièces d'automobile et de la production de l'usine d'assemblage Fiat Chrysler voisine ont appuyé les piquets de grève. En réponse, la direction de l'entreprise a demandé et obtenu une ordonnance du tribunal mercredi qui a statué que la manifestation était une «grève illégale» et a ordonné au syndicat de mettre fin immédiatement à l'action collective.

Les travailleurs sont toutefois restés en grève jeudi, alors que les avocats de Nemak sont retournés devant les tribunaux et, à la fin de la journée de jeudi, ont obtenu un deuxième jugement déclarant les dirigeants syndicaux coupables d'outrage au tribunal et ordonnant à la police locale d'exécuter la première ordonnance de la cour. Depuis jeudi soir, ni le syndicat ni la police n'ont donné suite à cet ordre. «Nous espérons que l'entreprise et le syndicat vont s'entendre», a déclaré le sergent d'état-major Karel DeGraaf de la police de Windsor.

Dans des remarques pour la presse, le président national d'Unifor, Jerry Dias, et le dirigeant de la section locale 200, John D'Agnolo, ont indiqué que l'action se poursuivrait jusqu'à ce que Nemak honore ses engagements.

Fait significatif, Dias n'a jamais mentionné la bataille contractuelle imminente des travailleurs de l'automobile américains ni appelé à l'unité entre les travailleurs des deux côtés de la frontière, y compris ceux du Mexique. Suintant le nationalisme, Dias a déclaré: «Pour déplacer nos emplois au Mexique, ils vont nous poursuivre en justice ou ils vont me jeter en prison.»

Les travailleurs ont déjà entendu de tels propos. Après l'annonce de la fermeture de l'usine GM d'Oshawa en novembre dernier, M. Dias a prétendu «ne pas capituler» devant la perspective de 2.600 pertes d'emplois dans l'assemblage et de 2.500 mises à pied dans d'autres usines, ainsi que des appels au boycottage des véhicules GM construits au Mexique, avant de se soumettre tranquillement à la fermeture. Et à Windsor, Dias et les dirigeants de la section locale 444 n'ont manifesté aucune opposition lorsque Fiat-Chrysler a récemment annoncé sa «décision d'affaires» de mettre fin au troisième quart et de mettre à pied 1.500 travailleurs.

Malgré les fanfaronnades nationalistes réactionnaires de Dias, la lutte des travailleurs de Nemak reflète le caractère international de la lutte des travailleurs de l'automobile et la nécessité d'une stratégie mondiale pour la défense des emplois. Nemak est une société basée au Mexique qui a des opérations au Canada et qui produit des composants pour l'assemblage automobile en Chine et aux États-Unis.

L'usine de Windsor fabrique des blocs moteurs en aluminium pour les camionnettes diesel Chevrolet Colorado de General Motors fabriquées au Missouri et Chevrolet Corvette de GM Kentucky, ainsi que pour la Cadillac CTS destinée au marché chinois.

Si M. Dias a encore une fois intensifié son discours, c'est parce qu'il sent que les travailleurs en ont assez des attaques incessantes lancées contre eux par les constructeurs automobiles en totale collusion avec Unifor, qui agit en tant que partenaire junior des entreprises.

Les commentaires affichés sur la page Facebook d'Unifor sur laquelle figure le discours de Dias à Windsor indiquent que certains travailleurs sont de plus en plus en colère. Keith Starr, un travailleur automobile de 3e génération d'Oshawa, a écrit: «Unifor, après que vous ayez perdu notre usine GM d'Oshawa et que vous ayez quitté Chrysler et annoncé récemment des fermetures chez Ford et Bombardier, pourquoi je vous soutiendrais dans cette bataille perdue?» Et dans un commentaire complémentaire, il a écrit: «Vous avez déjà dit dans le passé qu'ils [Nemak] respecteraient leur promesse». Je me souviens que vous avez dit cela lorsque GM a annoncé la fermeture et d'Oshawa. Que s'est-il passé? GM a fermé l’usine et maintenant ma ville natale va voir à quel point l'échec d'Unifor sera dévastateur.»

Bryon Duncan, un travailleur de la production chez GM Oshawa, a fait remarquer succinctement: «Ne l'écoutez pas quand il [Dias] dit de retourner au travail pendant qu'ils négocient. C'est un mensonge.» «Espérons que ce combat se passe mieux que le dernier combat à l'usine GM.»

Souhaitant bonne chance aux grévistes de Windsor, Alexs Rame a écrit: «Ça n'a pas marché pour GM OSHAWA quand Jerry a dit la même chose pour nous.»

En effet, ce n'était qu'une question d'heures avant que Dias ne se prépare à son inévitable volte-face, assurant ses patrons des trois compagnies automobiles de Detroit qu'ils obtiendront leurs pièces moteur Nemak. «Ils [Nemak] ont des clients qu'ils doivent satisfaire, et en fin de compte, ils seront en mesure de remplir leurs accords avec leurs clients, une fois qu'ils auront respecté l'accord signé avec nous.»

Dias fonde ses assurances sur ce qu'il a appelé un contrat «à toute épreuve» avec Nemak. En 2016, Unifor a négocié une nouvelle entente qui promettait d’assurer la production jusqu'en 2022 en échange d'un gel des salaires pour les trois dernières années de l'entente. Les salaires des travailleurs de la production stagnent depuis des années et commencent à environ 16 $ l'heure. En plus des concessions salariales cédées par Unifor, Nemak a accepté 4,5 millions de dollars en subventions fédérales et provinciales pour développer ses procédés technologiques.

Il y a quelques mois à peine, à Oshawa, Dias a assuré aux travailleurs que l'annonce de la fermeture de GM violait le contrat et «qu'ils n'allaient pas s'en tirer ainsi». En fait, chaque contrat négocié par Unifor contient la fameuse clause des «conditions du marché», une phrase fourre-tout qui est utilisée à maintes reprises par la direction pour outrepasser les fameuses garanties d'emploi.

Des centaines de travailleurs ont été mis à pied à l'usine de pièces de moteurs avant que Nemak ne devienne propriétaire de l'usine de Ford Motor Company en 2010. Depuis lors, la production de l'usine n'a cessé de diminuer et n'atteint plus aujourd'hui que 25 % de sa capacité. Dans son annonce de fermeture, la direction a indiqué qu'elle perdrait le contrat de Cadillac CTS en 2020, réduisant la capacité de production de l'usine à dix pour cent et, dans une «décision commerciale», l'obligeant à relocaliser le reste des travaux dans une de ses installations mexicaines.

Unifor, comme tous les syndicats, reconnaît dès le départ dans ses relations avec les entreprises le «droit» de la direction de prendre ses décisions d'affaires sans entraves, car ces décisions sont enracinées dans le caractère sacré de la propriété privée des usines, mines, chemins de fer, dépôts, technologies, etc. des milliardaires du monde.

Les travailleurs de l'automobile de Windsor doivent s'opposer et résister activement à toute tentative de briser leur grève, soit par la police, soit par une autre sale trahison d’Unifor. Ils devraient prendre l'initiative d'établir des comités de la base pour retirer des mains des bureaucrates corrompus d'Unifor la direction de leur propre lutte. Ces comités devraient immédiatement déclarer leur soutien à une lutte commune avec les travailleurs de l'automobile aux États-Unis, au Mexique et à l'échelle internationale afin de renverser les décennies de concessions et garantir des emplois décents et permanents pour tous.

(Article paru en anglais le 6 septembre 2019)