Alors que le COVID-19 continue ses ravages, la Maison-Blanche exige un retour au travail

Par Patrick Martin et Andre Damon
11 avril 2020

Mardi et mercredi ont été les deux pires journées de la pandémie de coronavirus, tant pour le monde entier que pour la population des États-Unis, désormais épicentre de la crise mondiale.

Plus de 1,5 million de personnes se trouvent infectées par le COVID-19 dans le monde, le nombre de décès approchant les 90.000. Les chiffres nationaux sont effrayants: près de 18.000 morts en Italie, près de 15.000 en Espagne et aux États-Unis, près de 11.000 en France, plus de 7.000 en Grande-Bretagne. L’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas comptent tous plus de 2.200 morts.

Mercredi, alors qu’un nombre stupéfiant de 1.940 personnes ont succombé en un seul jour aux États-Unis, on a mené une campagne concertée pour créer un nouveau récit, pour minimiser et nier la réalité. Malgré le nombre énorme et croissant de morts, chaque reportage et déclaration des responsables politiques s’est fait précéder de déclarations selon lesquelles des «lueurs d’espoir» existent et que la lutte contre le COVID-19 a «pris un tournant».

Du point de vue de l’élite dirigeante, susciter l’inquiétude du public face à la pandémie a épuisé son utilité. La crise de COVID-19 a été exploitée pour organiser un renflouement massif du système financier de plusieurs billions de dollars.

L’oligarchie financière a reçu un renflouement encore plus important qu’après la crise de 2008, mais cette fois-ci en l’espace de semaines et non d’années. Cela a conduit à la croissance la plus explosive du marché boursier de l’histoire américaine. L’indice Dow Jones a grimpé de 25 pour cent en moins de trois semaines.

Après avoir pillé le trésor public, l’impératif de la classe dirigeante est de renvoyer les travailleurs à la tâche pour produire des profits. Le plus fervent défenseur de l’ouverture prématurée des entreprises est le président Donald Trump, qui s’exprime au nom de sections puissantes de l’oligarchie financière.

Trump a déclaré mercredi qu’il serait «heureux de pouvoir ouvrir avec un big bang, et je pense que nous le ferons bientôt». Je dirais que nous sommes en avance sur le calendrier». Pour cela, Trump a déclaré: «Je pense que nous devons être sur le bas de la pente».

La Maison-Blanche a annoncé de nouvelles directives plus tard dans l’après-midi sur la manière dont les «employés critiques» retourneraient au travail après qu’ils ont été exposés au COVID-19.

Le document appelle les travailleurs à ne pas tenir compte des directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les quarantaines pour les personnes exposées au COVID-19. Il dit aux entreprises que «les travailleurs peuvent être autorisés à continuer à travailler après une exposition potentielle au COVID-19».

Les directives définissent les travailleurs «critiques» de manière si large que cela englobe presque toute la classe ouvrière: «Les travailleurs – y compris les vendeurs sous contrat – dans l’alimentation et l’agriculture, l’industrie manufacturière critique, les technologies de l’information, les transports, l’énergie et les installations gouvernementales».

«Les directives font partie des efforts du gouvernement pour “rouvrir” le pays dont l’économie», a observé la NPR (la radio publique américaine), «est suspendue à cause du coronavirus et des mesures étendues introduites pour enrayer sa propagation».

Ces directives feront en sorte que les travailleurs qui sont infectés avec le COVID-19, et ceux qui développeront des infections, transmettront la maladie à d’autres, ce qui entraînera beaucoup de décès sans raison.

En appelant à une réouverture rapide de l’économie, Trump va à l’encontre des recommandations des responsables de la santé mondiale. Lors d’une réunion d’information mercredi, le directeur régional de l’OMS, Hans Kluge, a mis en garde contre toute mesure qui vise à rouvrir prématurément les entreprises. «Ce n’est pas le moment d’assouplir les mesures», a-t-il déclaré. «C’est le moment de doubler et de tripler une fois de plus nos efforts collectifs en faveur de la suppression avec le soutien de la société tout entière».

Kluge a ajouté: «Certains signes positifs provenant de certains pays ne représentent pas encore une victoire – ils nous offrent une rare chance de resserrer notre emprise sur le virus».

Tout au long de la pandémie, l’OMS a clairement indiqué que les mesures de distanciation sociale, y compris les fermetures d’entreprises à grande échelle, ne sont que la première étape pour contenir le COVID-19.

«L’éloignement physique à grande échelle et la restriction des mouvements sont dans un sens des mesures temporaires. Cela peut ralentir dans une certaine mesure la propagation de l’infection dans les communautés et soulager ainsi le système de santé», a déclaré Mike Ryan, porte-parole de l’OMS.

Les responsables de l’OMS ont déclaré que c’est inapproprié d’ouvrir des entreprises dans des conditions où les hôpitaux sont saturés. Surtout, dans une situation où une grande partie des tests sont positifs, comme c’est le cas aux États-Unis.

Lors d’un briefing lundi, Ryan a souligné qu’«il serait très déconseillé de lever le verrouillage si le nombre de cas passant par l’hôpital est déjà à un niveau où le taux d’occupation des lits est presque de 100 pour cent», comme c’est le cas à New York, Detroit et dans d’autres parties du pays.

Il a ajouté: «Vous verrez que dans un pays comme la Corée, de 2 à 6 pour cent des échantillons sont positifs. La semaine dernière à New York, 37 pour cent des échantillons testés étaient positifs».

Et, au mépris des recommandations de l’OMS, les États-Unis ne disposent d’aucun établissement pour soigner les patients atteints de COVID-19, hormis les personnes extrêmement malades, ce qui les pousse à tenter de se rétablir chez eux, ce qui peut contaminer les membres de leur famille.

Mais dans l’une des violations les plus flagrantes des normes mondiales de santé publique, le gouvernement fédéral a annoncé jeudi qu’il mettrait fin cette semaine au soutien fédéral aux sites de test COVID-19 dans tout le pays. Cela va conduire à la fermeture de certains d’entre eux.

La campagne médiatique sur les «lueurs d’espoir» vise à contourner les questions de santé publique extrêmement complexes qui entourent la réouverture de certains secteurs de l’économie. Elle tente aussi de transformer des succès plutôt modestes causés par la distanciation sociale dans l’affirmation que la maladie a déjà été vaincue.

Les efforts de l’Administration Trump et d’autres gouvernements du monde entier pour rouvrir les entreprises – alors même que les hôpitaux sont saturés et qu’il n’existe aucun moyen systématique de dépistage et de quarantaine – risquent de provoquer une résurgence désastreuse de la maladie. Les médias et l’Administration Trump ne parlent surtout pas du danger d’une deuxième vague.

Il est urgent d’utiliser le temps gagné par les mesures de distanciation sociale pour développer massivement les infrastructures de santé publique et pour augmenter les capacités de dépistage, de quarantaine et de recherche des contacts.

La classe ouvrière est confrontée à un conflit de classe irréconciliable. Des milliers de travailleurs ont mené des grèves et des manifestations pour protester contre le fait d’être contraints de travailler dans des conditions dangereuses avec la propagation de l’épidémie de coronavirus. C’est cette résistance qui a forcé les entreprises américaines à accepter la fermeture des usines automobiles, des usines et de nombreux autres lieux de travail. Trump et ses complices du Parti démocrate veulent déclarer l’Amérique «ouverte aux affaires» à nouveau. Cela prépare une catastrophe sanitaire, surtout quand on est en pleine hausse du nombre d’infections et de décès. Un énorme déferlement d’opposition sociale ne manquera pas de se déclencher.

En cherchant à combattre la pandémie de COVID-19, les demandes de scientifiques en vue et d’experts de la santé publique s’alignent sur celles des travailleurs qui réclament des lieux de travail sûrs, en opposition aux gouvernements capitalistes et aux exigences du monde financier et des affaires. Comme l’a noté le World Socialist Web Site la semaine dernière, le choix fondamental auquel fait face l’humanité est «le système de profit capitaliste et la mort, ou le socialisme et la vie».

(Article paru en anglais le 10 avril 2020)