Trump annonce un plan pour stopper toute immigration vers les États-Unis

Par Eric London
23 avril 2020

Lundi soir, Donald Trump a annoncé par tweet qu’en raison du coronavirus, le gouvernement arrêterait toute immigration vers les États-Unis, une mesure sans précédent dans l’histoire américaine.

Cette action honteuse d’État policier est une tentative désespérée de l’Administration Trump pour détourner l’attention de la criminalité de la réponse de la classe dirigeante au coronavirus.

Chaque élément de la réponse officielle à la pandémie – des premiers avertissements ignorés à la distribution de milliers de milliards de dollars aux entreprises et aux efforts déments pour réexpédier les travailleurs au travail – étaient pour tenter de protéger Wall Street et de garantir les profits des entreprises, quel qu’en soit le coût humain. Le résultat a été l’effondrement économique et la mort à grande échelle. La journée d’hier a été l’une des plus meurtrières jamais enregistrées ; les États-Unis approchent des 50.000 morts, sans aucune fin en vue.

Le président Donald Trump s’exprimant lors d’un briefing à la Maison Blanche, le lundi 20 avril 2020. (AP Photo/Alex Brandon)

La proposition de Trump d’une «pause» de l’immigration de 60 jours inclurait toutes les demandes légales de visa d’immigrant et de résidence permanente. Elle exclurait toutefois les visas de travailleur agricole invité à la demande des grandes entreprises agricoles.

Une telle mesure modifierait radicalement le paysage social du pays. Cela établirait de fait une sous-classe permanente de personnes qui n’ont aucune possibilité d’accéder aux programmes sociaux, aux allocations chômage ou à des emplois à salaires décents.

Alors que des dizaines de millions d’Américains considèrent un avenir indéfini de chômage de masse, de queues alimentaires et de pauvreté, l’annonce de Trump est une tentative dangereuse et calculée pour faire des sections les plus opprimées de la classe ouvrière des boucs émissaires pour les conséquences sociales dévastatrices de la réponse bipartite de la classe dominante.

Comme d’habitude, Trump a annoncé la nouvelle politique dans un tweet désinvolte de fin de soirée qui contenait presque autant de mensonges que de mots:

«Au vu de l’attaque de l’ennemi invisible, de même que la nécessité de protéger les emplois de nos FORMIDABLES citoyens américains, je vais signer un décret pour suspendre temporairement l’immigration aux États-Unis».

Lors de la conférence de presse d’hier, Trump a absurdement affirmé que les immigrants étaient responsables du manque de fournitures médicales, en faisant les boucs émissaires de l’incapacité du gouvernement à fournir des ressources médicales adéquates, des ventilateurs et des équipements de protection pour les travailleurs de la santé. L’interdiction de l’immigration était nécessaire pour: «aider à conserver les ressources médicales vitales pour les citoyens américains» selon Trump. Il laissait entendre que les non-citoyens méritaient de mourir sans aucun soin médical.

Il a également blâmé les immigrants pour le fait que 22 millions de personnes ont demandé des allocations de chômage ces dernières semaines. Il a déclaré que son interdiction d’immigration était destinée à «aider à mettre les chômeurs américains en première ligne pour les emplois à mesure que nous rouvrons».

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Légende: Deux garçons regardent à travers le mur frontalier qui sépare Ciudad Juarez, au Mexique, d’El Paso, au Texas, en 2017 (Photo WSWS)

La référence de Trump à la «réouverture» des lieux de travail trahit un objectif immédiat de son annonce: utiliser le chauvinisme racial et national comme instrument pour détourner et supprimer l’opposition sociale aux efforts de la classe dominante pour rouvrir entreprises et lieux de travail d’ici le 1er mai, l’objectif proposé par Trump.

Plusieurs États, dont la Géorgie et la Caroline du Sud, ont déjà commencé à rouvrir des entreprises non essentielles avant cette date. Cela se fait malgré les preuves médicales accablantes que de telles mesures entraîneront la mort supplémentaire de milliers et de milliers de gens.

Mais Wall Street réclame le droit d’exploiter la classe ouvrière sans aucune restriction et sans souci du nombre de morts. Des millions de travailleurs licenciés attendent toujours leurs chèques de relance et de chômage, alors que des milliers de milliards de dollars sont transférés du jour au lendemain aux banques et aux entreprises dans le cadre de la loi bipartite CARES.

Les entreprises américaines se préparent à ce que des millions de personnes retournent au travail en se protégeant juridiquement contre toute responsabilité dans l’augmentation imminente du nombre de décès.

Lors de sa conférence de presse lundi, Trump a déclaré que son Administration allait fournir une protection générale aux entreprises contre les poursuites judiciaires intentées au nom des travailleurs qui tombent malades ou meurent au travail: «Nous essayons d’enlever toute responsabilité à ces entreprises», a déclaré Trump. «Nous ne voulons pas cela, parce que nous voulons que les entreprises s’ouvrent et qu’elles s’ouvrent fortement».

Dans des conditions où les travailleurs sont déjà engagés dans des grèves et des protestations contre le travail non essentiel aux États-Unis et dans le monde, l’ordre de «retour au travail» menace de déclencher une explosion sociale.

Le Washington Post s’en est inquiété dans un article du 19 avril. «Alors que plus de la moitié des gens dans le monde s’installent dans une forme ou une autre de confinement forcé, les signes d’agitation politique et sociale annoncent une nouvelle phase potentiellement turbulente dans l’effort mondial pour endiguer la pandémie de coronavirus. Déjà, des protestations suscitées par l’effondrement de l’activité économique ont éclaté dans des endroits épars du monde entier».

En même temps, l’annonce paniquée de Trump sur l’immigration souligne les profondes divisions au sein de la classe dirigeante qui cherche la meilleure façon de supprimer l’opposition sociale et de maintenir les profits des entreprises au milieu de la crise du coronavirus.

Trump est engagé dans un combat permanent avec une suite de gouverneurs d’États Démocrates comme celui de l’État de Washington Jay Inslee qui a déclaré que Trump «fomentait une rébellion intérieure» en promouvant de petites manifestations de droite exigeant la fin des réglementations sur le confinement à domicile.

Le mois dernier, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a déclaré que la menace de Trump de mettre en place une quarantaine forcée sur l’ensemble de l’État équivaudrait à une «déclaration de guerre fédérale» aux États, qualifiant cela de discussion du «genre guerre civile». Ces dernières semaines, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a qualifié à plusieurs reprises la Californie d’«État-nation». Il a conclu avec l’Oregon et l’État de Washington un «Pacte des États de l’Ouest», dont le but explicite était de promouvoir une «vision commune de la réouverture de leurs économies».

L’opposition à Trump des gouverneurs de ces États — qui abritent Wall Street, la Silicon Valley et Amazon — ne représente pas une alternative progressiste à Trump. Les gouverneurs du Parti démocrate ne sont pas moins déterminés que lui à forcer les travailleurs à reprendre le travail contre l’avis des experts médicaux. Le Parti démocrate a été tout aussi agressif que Trump en faisant de la Chine et du peuple chinois les boucs émissaires de la propagation de la maladie.

L’interdiction d’immigration de Trump s’inscrit dans un processus international. Partout dans le monde, chaque bourgeoisie nationale réagit à la crise en érigeant des barrières commerciales et en limitant l’immigration, «se protégeant», comme l’a écrit Léon Trotsky, «derrière un mur de douanes et une haie de baïonnettes».

Mais la nature de la crise du coronavirus exige une réponse internationale, non limitée par le cadre du système de l’État-nation, que la maladie elle-même ne respecte pas.

De l’autre côté de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, désormais fermée, des milliers de travailleurs mexicains travaillent dans des usines et des entrepôts de misère dans des villes comme Tijuana, Matamoros et Ciudad Juárez. Ils protestent pour exiger l’arrêt de la production non essentielle et le paiement intégral des heures de travail. Ces revendications sont les mêmes que celles de leurs collègues aux États-Unis, en Europe et ailleurs. Elles expriment objectivement les aspirations de milliards de personnes, indépendamment de leur identité nationale ou de leur statut de citoyen, qui ne sont pas prêtes à mourir du coronavirus pour aider les entreprises à améliorer leurs bilans.

Les fosses communes qui se remplissent de gens qui n’auraient pas dû mourir sont un monument au système capitaliste et à la classe dirigeante mondiale qui a utilisé la maladie pour s’enrichir encore davantage. La xénophobie de Trump est une tentative de diviser la classe ouvrière et de détourner ses regards du nombre croissant de morts, des banques alimentaires et des files d’attente des chômeurs, et de la perspective funeste d’un retour au travail. Les gouvernements désespérés prennent des mesures désespérées.

Le fait que les revendications des travailleurs en grève semblent si manifestement raisonnables à des milliards de travailleurs mais soient inacceptables pour l’aristocratie financière signifie qu’elles sont impossibles à réaliser dans le capitalisme. Saisir les forces productives des mains des riches et réorganiser la société pour répondre aux besoins de l’homme est devenu une question de vie ou de mort.

(Article paru d’abord en anglais 22 avril 2020)