Le gouvernement Macron additionne les mensonges pour justifier une reprise du travail le 11 mai

Par Will Morrow
27 avril 2020

Le gouvernement d’Emmanuel Macron fait la promotion agressive d’une réouverture complète de l'économie le 11 mai, qui entraînera directement des milliers de décès supplémentaires dus au coronavirus. Il compte sur les syndicats pour supprimer l'opposition généralisée de la classe ouvrière au déconfinement et la forcer à reprendre leur travail.

Le gouvernement a annoncé qu'il fournirait plus de détails sur son plan de déconfinement au début de la semaine, très probablement demain. Jeudi dernier, lors d'un entretien avec des élus locaux de tout le pays, Macron avait précisé que la réouverture des écoles le 11 mai ne serait pas obligatoire pour tous, mais se ferait sur base du «volontariat», les parents ayant le choix de garder leurs enfants à la maison.

Cela ne fait que garantir que ceux dont les enfants retournent à l'école sont principalement de la classe ouvrière et des segments les plus pauvres de la population, qui n'auront pas le choix de faire du télétravail à partir du 11 mai, ou de faire de l'enseignement à domicile ou de s'occuper autrement de leurs enfants. Le gouvernement exploite cyniquement le fait que des milliers de familles dépendent des repas subventionnés à un euro des cantines scolaires pour nourrir leurs enfants. Ils n'auront d'autre choix que de les renvoyer à l'école pour manger.

Le gouvernement avait intensifié sa propagande en faveur d'une réouverture des écoles la semaine passée. Vendredi, le ministre de la Santé de Macron, Olivier Véran, a accordé une interview au programme matinal de France Inter qui n'était remarquable que par le nombre de mensonges qu'il a pu accumulé dans un entretien de 10 minutes.

Bien que le rôle des enfants en tant que porteurs asymptomatiques du virus ne soit pas bien défini selon les scientifiques, Véran a minimisé l'impact potentiel d‘une réouverture des classes. «Il y a la question de savoir si les enfants sont contagieux ou non», a-t-il déclaré. « C’est une question qu’on se pose souvent et depuis plusieurs semaines… Là aussi on a pu avoir des arguments dans un sens ou dans l’autre (italiques ajoutées). Les derniers arguments scientifiques qui me reviennent, c’est que les enfants en base âge avant 10 ans notamment, auraient finalement un rôle de transmission du virus très faible…. C’est pourquoi nous travaillons sur des mesures vraiment, vraiment très opérationnelles, qui permettent de sécuriser au maximum l’enseignement des enfants ».

Lorsque le journaliste lui a demandé de préciser les mesures auxquelles il faisait référence, Véran a refusé, déclarant à la place que « les enfants doivent retourner à l’école… je pense qu’à un moment donné, les enfants ils doivent pouvoir retrouver le cadre de l’école progressivement ». À un autre moment de l'entrevue, il a soutenu que les jeunes enfants sont très bons dans l’acquisition de la distanciation sociale. Il a ajouté qu’en tout cas, la réouverture des écoles était nécessaire pour « gommer les inégalités sociales un peu », avec en priorité les classes qui « privilégient autant que faire se peut, les enfants qui sont en difficulté; les enfants qui sont en difficulté à la maison, et je crois qu’il faut se donner les moyens, …d’être capable de poser les conditions qui permettent aux enfants de retourner à l’école ».

Véran a déclaré qu’il faudrait de nombreux mois avant qu'un vaccin puisse être créé et produit en masse de manière fiable, « Et dans l’intervalle, il faut vivre avec le virus, .. ».

Autrement dit, le virus et son bilan mortel doivent être considérés comme faisant partie de la vie quotidienne. Le maintien du confinement, « C’est une question qui est compliquée » a-t-il dit. « On ne peut pas confiner toute la planète pendant six mois ou un an, le temps d’avoir un vaccin; puisque même un confinement global, on n’est pas sûr que ça permette de supprimer la diffusion du virus … On est obligé à chaque fois de mesurer ce qu’on fait pour avoir un impact sanitaire massif, positif pour les français – sans avoir trop d’impact de l’autre côté ».

Véran a directement contredit sa propre affirmation qu’un confinement prolongé ne pouvait arrêter ou limiter sérieusement la propagation du virus, plus tôt dans la même interview, quand il a dit qu'il avait accepté un nouveau modèle publié par une équipe mathématique en France, estimant qu'au au moins 60 000 vies supplémentaires avaient été sauvées dans le pays grâce au confinement.

Mais son commentaire qu’un confinement pouvait avoir «trop d'impact de l'autre côté» signifie, en langage clair, que même si des dizaines de milliers de vies étaient sauvées, celles-ci devaient être mises en balance avec les dommages potentiels aux bénéfices des entreprises françaises dus à un arrêt prolongé de l'économie.

Quant à la déclaration de Véran que la production non essentielle ne pouvait être arrêtée avant l’arrivée d'un vaccin, elle est simplement basée sur la prémisse que la propriété capitaliste et la monopolisation des ressources sociales par l'élite financière doivent rester inviolables. La fortune des 40 personnes les plus riches de France, sur la liste 2019 des riches de Forbes, s'élève à plus de 288 milliards d'euros, soit plus de 10 fois le montant alloué par le gouvernement Macron à des allocations de chômage limitées dans les trois derniers mois.

Véran a admis que le gouvernement n'avait aucune idée précise du nombre de cas en France, ce qui signifie qu'il n'a aucune idée de la vitesse à laquelle le virus se propagera dans des conditions de déconfinement. « Je ne sais pas exactement aujourd’hui combien de Français sont infectés … on a des modélisations, on a des études, mais j’ai appris avec ce virus à rester extrêmement prudent face aux données qui ne sont pas gravées dans le marbre».

La colère grandit dans la classe ouvrière à cause des politiques criminelles du gouvernement Macron. Vendredi, le Canard Enchaîné citait une lettre écrite le 18 avril par Georges-François Leclerc, préfet de police du département de Seine-Saint-Denis. Celui-ci écrit que 15 000 à 20 000 travailleurs n'étaient pas en mesure de se nourrir correctement, du au refus du gouvernement de fournir un soutien adéquat pendant le confinement, les enfants et les étudiants qui dépendent des services scolaires étant les plus à risque. Leclerc aurait mis en garde contre des émeutes de masse et une explosion sociale: « Ce qui était réalisable en un mois de confinement ne peut pas être prolongé à deux. »

La semaine dernière a déjà vu éclater des manifestations et des troubles dans les banlieues pauvres de Paris et d'autres grandes villes contre la violence policière et les inégalités sociales.

Le gouvernement Macron compte sur sa collaboration étroite avec les syndicats pour réprimer l'opposition dans la classe ouvrière et forcer les travailleurs à reprendre le travail.

Tout en critiquant le retour au travail, la CGT l'accompagne dans la pratique et collabore étroitement avec Macron. Vendredi, le secrétaire-général de la CGT, Philippe Martinez, a déclaré dans une interview à Sud Radio que les écoles ne devraient pas être rouvertes avant septembre, car cela serait dangereux pour les enseignants en raison de la propagation du virus.

Interrogé par l'animateur de radio Patrick Roger s'il inviterait donc les enseignants à refuser le retour à l’école, Martinez s'en est moqué et a répondu: «Non, non, je crois que je vous ai bien expliqué ; nous appelons à travailler tant que les conditions de protection sont réunies.» La CGT supervise déjà le retour au travail des travailleurs de l'automobile, avec la réouverture par Toyota de l'une de ses chaînes de montage à Onnaing, jeudi.

Appelant à davantage de collaboration avec Macron, Martinez a déclaré que « même si dans cette période on a eu un peu plus de contact avec le gouvernement, en tout cas j’espère que après cette crise le gouvernement et le président de la République considéreront que les syndicats, ça sert à quelque chose ».

La lutte contre un retour au travail ne peut être menée par le biais des syndicats, alliés du gouvernement et des employeurs contre la classe ouvrière. Les travailleurs ont besoin de leurs propres organisations, de comités d'action indépendants, pour organiser une offensive sociale et politique contre tout retour au travail dans des secteurs non essentiels à la lutte contre le virus. Cela doit être lié à un programme socialiste pour un gouvernement ouvrier, à l'expropriation de la classe capitaliste et à l’allocation des ressources de la société à la lutte contre la pandémie ; cela comprend la garantie de conditions de vie décentes à tous les travailleurs et de conditions de travail sûres dans les industries essentielles.

(Article paru en anglais le 25 avril 2020)