Le patron d'une raffinerie de pétrole canadienne salue les protestations pour George Floyd tout en ayant recours à la violence d'État contre les travailleurs en lock-out

Par Carl Bronski
17 juin 2020

Dans une déclaration débordant d'hypocrisie et de contre-vérités éhontées, le PDG de Federated Cooperatives Limited (FCL), Scott Banda, s’est exprimé sur la controverse mondiale sur la violence policière et le racisme au début de ce mois, en caractérisant son entreprise comme «une organisation qui repose sur des valeurs d'intégrité, d'excellence et de responsabilité». Pendant ce temps, les dirigeants de Banda et de FCL continuent d’organiser une opération de briseurs de grève, soutenue par le gouvernement, la police et les tribunaux, contre 750 travailleurs de la raffinerie de pétrole de Regina, en Saskatchewan, dans le but de saccager les pensions et les mesures de sécurité sur le lieu de travail.

La déclaration de Banda poursuit: «Nous ne pouvons pas rester silencieux ou immobiles. La discussion déclenchée par la mort de George Floyd ne peut être ignorée. En tant que société, il y a des normes de base que nous devons respecter: la décence, la compassion et le respect. Nous devons tous nous y engager personnellement dans toutes nos interactions et nous tenir mutuellement responsables».

Quelle absurdité!

Banda, qui s'est présenté à la direction provinciale du Nouveau Parti démocratique au début des années 2000, pourrait verser quelques larmes de crocodile pour George Floyd après que le travailleur afro-américain ait eu la vie arrachée par les policiers du Minnesota. Cependant, le PDG «inquiet» préfère rester absolument silencieux sur sa propre dépendance à la violence policière et à la répression de l'État pour continuer la production de carburant dans le complexe de raffinerie de la coopérative FCL depuis qu'il a mis la main-d'oeuvre en lock-out en décembre dernier.

Piquet des travailleurs de FCL et leurs partisans à la raffinerie de Regina en janvier dernier. L'image du PDG de FCL, Banda, figure sur les affiches.

Les travailleurs de la raffinerie, membres d'Unifor, résistent à l'imposition de concessions contractuelles radicales, notamment la destruction des règles de travail, les pertes d'emploi et les réductions draconiennes des pensions qui coûteraient à chaque travailleur plus de 20.000 dollars canadiens par an. Pendant ce temps, au moins deux douzaines de piqueteurs pacifiques ont été arrêtés, dont le négociateur en chef Scott Doherty et le président d'Unifor Jerry Dias. Lors de négociations plus récentes avec le syndicat, la FCL a insisté sur le fait que tout règlement doit désormais inclure le licenciement des travailleurs militants qui ont résisté aux attaques de l'entreprise.

Début février, dans des actions rappelant les événements qui se déroulent actuellement dans les rues des villes américaines, la police de Regina, enhardie par la promesse du premier ministre Scott Moe de «faire respecter la loi», a mis en place un point de contrôle illégal sur une voie publique. Seuls les camionneurs de carburant inscrits sur une liste préapprouvée étaient autorisés à emprunter cette voie. Les travailleurs mis en lock-out se sont vu refuser l'accès à l'espace public et interdire d'exercer leur droit constitutionnel de piquetage, la police ayant organisé le démantèlement d'un barrage de deux semaines. Des dizaines de camions-citernes ont ensuite été conduits par la police dans la raffinerie et, tout au long de la journée du lendemain, ils ont retiré des millions de litres d'essence et de diesel pour les distribuer à des points de vente de FCL à sec ou presque à sec.

Au cours des quatre mois qui ont suivi, les travailleurs ont continué d'être harcelés par la police, qui a énergiquement mis des PV à leurs voitures garées près des sites de FCL, et les a menacés d'arrestation. Le mois dernier, il est apparu que la police avait imprudemment omis d'informer les travailleurs en lock-out et Unifor d'une menace crédible de la part d'éléments de droite favorables à l'entreprise d'attaquer les piquets de grève avec une bombe.

Pour superviser les activités de FCL en matière de briseurs de grève, Banda a fait appel aux services de la célèbre société internationale de sécurité anti-ouvrière et antigrève AFIMAC, spécialisée dans la lutte contre les grèves et les accidents du travail. Et pour mener la campagne de FCL visant à briser la résistance des travailleurs à ses demandes de concessions toujours plus nombreuses et sans limites, Banda a mobilisé des éléments d'extrême droite.

L'action policière de février visant à briser le blocus de Regina a eu lieu un jour après l'apparition de Banda au blocus d'un dépôt de carburant FCL périphérique à Carseland en Alberta. Flanqué des dirigeants fascistes d'un mouvement autoproclamé «Yellow Vest» et des membres de «United We Roll» – un groupe d'autodéfense de camionneurs «indépendants» (c'est-à-dire propriétaires exploitants) d'extrême droite qui avait auparavant tenté de briser le blocus des travailleurs au dépôt – Banda a lancé un «appel» à ces forces.

Les membres de United We Roll et des groupes autoproclamés Yellow Vest ont régulièrement publié des commentaires sur les médias sociaux se vantant d'avoir «écrasé les piqueteurs». Ils appellent les peuples autochtones «Prairie N****rs» et ont accusé les Canadiens musulmans (qui sont désignés de «Sand N****rs») d'avoir délibérément déclenché l'incendie de Fort McMurray.

Telle est l’«intégrité» de FCL et de son PDG. Mais il ne s'agit pas seulement de la déchéance morale de telle ou telle personnalité de l'entreprise, aussi vrai que cela puisse être. Lorsqu'il s'est adressé à la foule d'extrême droite à Carseland en février dernier, Banda a insisté sur le fait que les questions soulevées dans la lutte des classes à FCL sont d'une importance politique nationale, voire internationale. «Les blocages comme tactique pour obtenir ce que vous voulez – c'est un défi et un précédent qui devrait tous, en tant que propriétaires et dirigeants d'entreprises, nous préoccuper gravement. Nous devons à toutes les autres entreprises de ne pas permettre à cette activité illégale de créer un dangereux précédent», a-t-il entonné à la presse et à ses alliés parmi le rassemblement de brutes fascistes.

Banda n'a pu agir de manière aussi agressive que parce que FCL bénéficie du soutien inconditionnel du premier ministre de la Saskatchewan Scott Moe, dont le gouvernement a explicitement sanctionné l'opération de briseurs de grève de la société avant le début du lock-out.

De leur côté, Unifor et toute la bureaucratie syndicale ont systématiquement démobilisé et isolé les travailleurs de la raffinerie, tout en organisant une série de manifestations pour dissimuler leur misérable capitulation face aux exigences de FCL.

Les manifestations mondiales, multiraciales et multiethniques contre la brutalité policière généralisée et, plus particulièrement, le meurtre de George Floyd, ont exprimé un puissant désir de changement fondamental. Au sein de ce mouvement, un nombre croissant de personnes reconnaissent que la brutalité policière est une manifestation de maux sociaux plus profonds, enracinés dans la structure économique de la société capitaliste, la décimation du niveau de vie des travailleurs par les entreprises et l'extrême concentration des richesses au sein d'un petit segment de la population.

Ce mouvement doit être animé par la compréhension que la violence policière dirigée contre les travailleurs n'est pas le résultat d'un seul dirigeant d'entreprise particulièrement «cupide», ou d'un politicien particulièrement réactionnaire, ou de quelques «mauvaises herbes» dans les forces de police. Elle est plutôt enracinée dans le caractère du capitalisme, qui subordonne les besoins les plus fondamentaux des travailleurs à l'enrichissement d'une minuscule élite, et de l'État capitaliste, qui fait respecter les «droits» de la propriété privée et la dépossession de la classe ouvrière.

La menace de l'émergence d'un mouvement de masse de la classe ouvrière contre le capitalisme terrifie les industriels véreux de la classe dirigeante. C'est pourquoi ils combinent la répression brutale de l'État par la police et les voyous d'extrême droite avec des tentatives de détourner l'opposition bouillonnante aux attaques contre le niveau de vie et les droits démocratiques vers des canaux politiquement gérables.

Les commentaires de Banda sur le meurtre brutal de George Floyd, bien que visant manifestement à blanchir l'image du FCL en tant qu'employeur sans scrupules, ont recours au récit raciste qui domine maintenant toute discussion officielle sur la brutalité policière. Ce récit cherche à dissimuler le rôle de la police en tant qu'exécutant pour les grandes entreprises et à faire porter la responsabilité du racisme policier sur l'ensemble de la population.

Banda et FCL ne seraient pas dans la position où ils pensent pouvoir dicter effrontément les termes d'une éventuelle fin du lock-out si ce n'était du refus total d'Unifor de mobiliser de larges pans de la classe ouvrière canadienne contre les attaques contenues dans les demandes contractuelles de FCL.

La lutte contre FCL n'a jamais été un simple conflit de négociation collective avec un seul employeur impitoyable, mais un combat politique contre le gouvernement de droite de Moe, toutes les institutions de l'État capitaliste – les tribunaux, la police et les commissions du travail – et l'élite patronale.

Ce n'est pas en suppliant le gouvernement Moe d'imposer un accord de concession, comme l'a fait la direction d'Unifor dans ses dernières timides jérémiades, que les travailleurs en lock-out pourront s'opposer à l'attaque de FCL. Ils doivent plutôt construire de nouvelles organisations de comités de lutte, totalement indépendantes des syndicats procapitalistes, qui mobiliseront toute la puissance sociale de la classe ouvrière pour défendre ses droits sociaux.

(Article paru en anglais le 16 juin 2020)