«Combien d’entre nous doivent mourir pour construire leurs Jeeps Cherokee?»

Les travailleurs de Detroit FCA demandent aux travailleurs de GM, Ford et d'autres entreprises de mettre en place des comités de sécurité

Par Jerry White
8 juillet 2020

Le Bulletin d’information du WSWS pour les travailleurs de l‘automobile aidera ceux qui travaillent dans l’automobile ou d‘autres secteurs à établir des comités de sécurité.Envoyez une E-Mail à autoworkers@wsws.org.

Les travailleurs des usines Fiat Chrysler de Jefferson North et Sterling Heights ont exhorté ceux d’autres usines de l‘industrie automobile à créer des comités de sécurité de la base pour lutter contre la propagation du coronavirus dans leurs usines. Fin juin, les travailleurs de ces deux usines de montage de la région de Detroit ont établi de tels comités après que la direction de FCA et le syndicat UAW ont refusé de renseigner sur les cas de COVID-19 dans leurs usines ou de prendre des mesures sérieuses pour les protéger contre le virus mortel.

« Il était évident que nous avions besoin de comités de base parce qu‘on ignore la sécurité des travailleurs », a déclaré un travailleur de l’usine d’assemblage de Sterling Heights (SHAP). où les travailleurs ont mis en place un comité après avoir arrêté la production après qu’une manutentionnaire ait testé positif. « Nous avons appris qu’une travailleuse temporaire à temps partiel (TPT) a été placée dans la zone de travail qu‘on soupçonnait d’être infectée, et qu’elle a été obligée de travailler deux heures avant même que la direction vienne désinfecter la zone.

« Il n’y a aucun sentiment d’urgence de la part de l’entreprise ou de l’UAW. Tout ce qui les intéresse, c’est de maintenir la ligne en marche et de produire les véhicules. Aucun travailleur ne devrait littéralement risquer sa vie pour que les chiffres et les profits de l’entreprise augmentent. Nous devons créer nos propres comités de sécurité en opposition à l’UAW et à FCA, parce qu’ils ont la même ligne sur les profits. S’ils sont organisés, nous, les travailleurs, devons nous organiser pour nous protéger et protéger nos familles. »

Même si la direction et le syndicat «Les travailleurs unis de l’automobile» (UAW) ont connaissance de nombreux cas, dont au moins 22 dans une usine d’assemblage de General Motors (GM) à Arlington, au Texas, et 12 autres cas dans une usine de GM à Wentzville, dans le Missouri, «la politique de GM est de ne pas confirmer le nombre de cas de coronavirus dans ses usines», a rapporté le Detroit Free Press la semaine dernière. Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et d’autres constructeurs d’automobiles ont la même politique. Un porte-parole des activités automobiles de Toyota aux États-Unis a déclaré au Wall Street Journal: «Se contenter d’annoncer le nombre de cas de COVID sur un site donné n’est pas productif».

Les constructeurs automobiles et d’autres grands employeurs ont rejeté les tests réguliers des employés, seul moyen de contenir le virus. Selon un article de Bloomberg News intitulé «Les employeurs trouvent que tester leurs employés est plus difficile que ça ne le vaut», seuls six pour cent des 40 grands employeurs interrogés effectuent des tests sur site. Les tests ne sont «pas vraiment disponibles, faisables ou faciles, et ce n’est pas une solution que vous pouvez appliquer à chaque employé, chaque jour», a déclaré Lauren Vela, directrice principale du Pacific Business Group on Health. Ce groupe représente de grands employeurs comme Microsoft Corp. et Walmart inc.

L’UAW a également déclaré que des tests réguliers ne sont pas pratiques. Au lieu de cela, l’UAW, dont les principaux dirigeants négocient avec le ministère américain de la justice pour éviter une prise de contrôle fédérale en raison de la corruption généralisée pour leur acceptation de pots-de-vin de la direction de Fiat Chrysler, s’est joint aux efforts des constructeurs automobiles pour intimider les travailleurs qui refusent de travailler dans des conditions dangereuses. La semaine dernière, l’UAW a publié une déclaration commune avec la direction de FCA. Cette déclaration suggérait que ce sont les habitudes dangereuses des travailleurs en dehors des usines qui sont responsables de toutes les infections.

Les travailleurs ne reçoivent pas non plus d’aide de l’administration fédérale de la sécurité et de la santé au travail (OSHA). L’OSHA et ses équivalents au niveau des États ont reçu cette année plus de 20.000 plaintes de travailleurs liées au COVID, mais n’ont émis qu’un seul blâme, selon Bloomberg.

Les travailleurs de la FCA à Sterling Heights et de l’usine Jefferson North Assembly (JNAP) à Detroit ont pris les devants. Ils ont mis en place un comité de sécurité et ils ont publié une liste de six revendications, qu’ils encouragent les travailleurs d’autres usines à adopter et à développer.

Ces demandes sont les suivantes:

1. Les travailleurs doivent être immédiatement informés de tout cas de COVID-19 et des zones touchées. On ne doit pas dissimuler ces informations aux travailleurs.

2. Lorsqu’un cas est confirmé, l’usine doit être fermée pendant 24 heures pour un nettoyage en profondeur, non seulement de la zone touchée, mais de toute l’usine. Une maintenance préventive est nécessaire pour assurer un environnement de travail sûr et confortable.

3. La distanciation sociale doit être mise en œuvre à l’entrée et à la sortie de l’usine et pendant les heures de toilette, de déjeuner et autres pauses.

4. La ligne d'assemblage doit être arrêtée pendant 10 minutes toutes les heures pour permettre aux travailleurs de retirer leurs masques, de se reposer et de se rafraîchir.

5. Les travailleurs doivent être soumis à un contrôle régulier et universel. La vérification de la température et la déclaration des symptômes ne suffisent pas.

6. Si les conditions ne sont pas sûres, les travailleurs ont le droit de refuser de travailler sans menaces de représailles de la part de la direction et du syndicat.

«La création de comités de sécurité de base est absolument nécessaire», a déclaré un travailleur de Jefferson. «Tout le monde dans l’usine s’est levé et a arrêté le travail parce que la direction et le syndicat balayent tout sous le tapis. Lorsque les usines ont rouvert le 18 mai, la ligne démarrait une demi-heure après notre arrivée. Cela nous permettait de nettoyer nos zones de travail et fermait une demi-heure plus tôt pour qu’elles puissent être nettoyées à nouveau avant le prochain quart de travail. Maintenant, nous commençons 10 minutes plus tard et nous travaillons à fond jusqu’à la fin du service.»

«Le processus de nettoyage est presque inexistant. Dans leurs déclarations aux médias, l’entreprise et l’UAW donnent l’impression qu’ils font tout pour nous protéger. C’est un mensonge. C’est comme d’habitude. Le comité de sécurité du syndicat se range du côté de la direction. Lorsque nous avons protesté, les délégués syndicaux étaient introuvables. C’est pourquoi nous avons créé notre propre comité de sécurité.»

Un autre travailleur de la JNAP a déclaré: «Ils ont hâte de revenir à la pleine production pour leur lancement en 2021. Le plexiglas et les rideaux de douche ne sont pas la panacée. Dans chaque convention collective locale, les travailleurs ont toujours dit que la ventilation de l’usine était nulle, avec tellement de fumée qu'on a l’impression qu’un incendie s’est déclaré dans l’usine. Après chaque accord avec le syndicat, l’entreprise promet de réparer les ventilateurs et le système de chauffage et de refroidissement, mais rien ne se passe.»

«Maintenant, nous avons le COVID. Comment vont-ils garantir que l’air est bon maintenant? Ils ont fait un nettoyage complet en avril et c'est tout. Maintenant, ils mettent tout sur le dos des travailleurs. Si vous l’attrapez, c’est de votre faute. Mais nous n’avons pas construit cette usine.»

«Si vous regardez la façon dont les entreprises fonctionnent, quelqu’un a fait une analyse coûts-avantages lorsque les usines se sont empressées de rouvrir. Combien de vies de travailleurs de l’automobile cela va-t-il coûter? Combien d’entre nous doivent mourir pour construire la Jeep Grand Cherokees? Maintenant, ils disent: “Si vous ne voulez pas être là, vous commettez un suicide économique parce que nous allons vous couper les allocations de chômage”.»

«Mais si les travailleurs se réunissent et se parlent, nous pouvons décider de prendre les décisions adultes nécessaires pour sauver des vies. Ils prennent des décisions monétaires. Pour eux, la fin, faire des profits, justifie les moyens. Mais nous ne sommes pas un “stock de capital humain”, comme l’a dit l’un des collaborateurs de Trump. Nous ne sommes pas du bétail. Les travailleurs se soucient les uns des autres, nous essayons de faire ce qui est juste, mais ils essaient de nous réprimer. Le Bulletin d’information des travailleurs de l’automobile du WSWS est une ressource merveilleuse à utiliser, pour que les gens puissent savoir ce qui se passe et s’unir pour se protéger.»

Un travailleur de l’usine de moteurs FCA de Trenton, juste au sud de Detroit, a ajouté: «Ils nous ont fait croire que nous serions en sécurité lorsque nous reviendrions dans l’usine. Mais ils ne font ni d’assainissement ni de distanciation sociale, et c’est effrayant. Les travailleurs ont besoin de pauses pour enlever leurs masques, mais tout ce que la compagnie veut, c’est que vous travailliez de plus en plus dur.»

«Le syndicat ne nous défend pas. Il est du côté de la direction. Nous avons besoin de notre propre comité pour nous défendre. Les travailleurs de toutes les industries en font l’expérience. Nous avons besoin de notre propre voix.»

Un travailleur de Ford à l’usine de camions de Dearborn a déclaré que, parce qu’un grand nombre de travailleurs ne se présentent pas au travail en raison des inquiétudes suscitées par le COVID-19, la direction affirme qu’elle n’a pas assez de travailleurs en réserve pour remplacer un travailleur qui aurait besoin de faire une pause pipi. «Au lieu de cela, ils mènent des opérations de pause de masse, où tout le monde prend une pause en même temps. On n’a pas de moyen d’établir une distanciation sociale de cette manière.»

«Nous devons prendre le contrôle de notre propre sécurité», a-t-il déclaré. «Nous sommes ceux dont la priorité est la sécurité. Nous ne prendrons pas de risques pour des profits supplémentaires. Les travailleurs de l’automobile doivent se mettre en relation avec les travailleurs d’autres industries aux États-Unis et dans le monde», a-t-il déclaré. «Nous devrions simplement arrêter la production dans le cas d’une infection dans l’usine. Nous ne savons pas où ce travailleur infecté a pu se trouver.»

«Lorsque nous serons chargés de la sécurité, nous dirons: “Pas de travail tant que le comité de sécurité ne l’aura pas jugé sûr”.»

(Article paru d’abord en anglais 7 juillet 2020)