Le gouvernement écossais se prépare à rouvrir les écoles au moment où de nouveaux pics de COVID-19 apparaissent

Par Steve James
4 août 2020

Le gouvernement écossais, dirigé par le chef du Parti national écossais (SNP) et première ministre Nicola Sturgeon, a annoncé son intention de rouvrir toutes les écoles d’Écosse le 11 août.

Malgré des différences dans la présentation, cette décision que Sturgeon a annoncée le 30 juillet a mis à nue le fait que la politique du SNP sur la pandémie de coronavirus est indissociable de celle du gouvernement conservateur détesté de Boris Johnson à Westminster.

À partir du 11 août, les écoles primaires et secondaires commenceront à rouvrir. Toutes les écoles devraient être pleinement opérationnelles d’ici le 18 août. On va mettre en œuvre seules les mesures les plus minimales pour éviter que l’infection par le coronavirus ne s’installe rapidement dans les écoles, ce qui mettra en danger la santé et la vie d’un grand nombre d’enfants et de leurs familles, en particulier les parents âgés et vulnérables.

La première ministre d’Écosse, Nicola Sturgeon. (AP Photo/Virginia Mayo, Pool)

Les conseils du gouvernement n’exigent pas de distance physique entre les enfants et les jeunes de tout âge, bien que les adultes soient censés maintenir une distance de deux mètres. On n’exige pas d’équipement de protection individuelle (ÉPI), sauf si une évaluation des risques le précise. Les élèves ne seront tenus ni de porter un masque facial ni de se tenir à distance dans les bus scolaires. Des mesures «d’hygiène renforcée» sont requises, ce qui signifie seulement plus de temps pour se laver les mains et utiliser un désinfectant. On doit laisser ouvertes les fenêtres et les portes.

Sturgeon a déclaré sur un ton moralisateur qu’elle agissait sur «l’impératif moral et éducatif de ramener les enfants à l’école dès que possible en toute sécurité». Son adjoint, le secrétaire à l’Éducation, John Swinney, a affirmé qu’il répondait aux préoccupations des enseignants.

«C’est pourquoi nous avons pris tant de soin à rassembler les preuves. Nous avons créé un groupe d’experts spécifiques pour examiner toutes ces questions et nous fournir des conseils médicaux», a déclaré Swinney.

Une mesure du «soin apporté par le gouvernement écossais à la collecte de preuves» a été la réprimande adressée à Sturgeon par le directeur de l’Office britannique de la réglementation statistique, Ed Humpherson. Écrivant au statisticien en chef du gouvernement écossais, Roger Halliday. Humpherson a noté que la déclaration de Sturgeon du 3 juillet a répété à plusieurs reprises que «la prévalence du virus en Écosse, à l’heure actuelle, est cinq fois plus faible qu’en Angleterre».

Humpherson s’est plaint que «les sources utilisées pour étayer cette affirmation sont difficiles à identifier… c’est important de reconnaître qu’une comparaison des taux de prévalence du COVID-19 n’est pas simple. Si l’on doit l’entreprendre, les résultats et les incertitudes doivent être communiqués de manière transparente».

Humpherson a fait remarquer que la comparaison était basée sur des groupes de statistiques qui n’étaient pas directement comparables et avec des délais peu clairs. Il a conclu: «Nous ne pensons pas que les sources ci-dessus permettent une comparaison quantifiée du type de celle qu’on a faite sans des mises en garde importantes».

En d’autres termes, le gouvernement écossais a choisi ses statistiques pour justifier l’impression que sa réponse à la pandémie était qualitativement meilleure qu’en Angleterre.

Cependant, en comparant des statistiques similaires, l’Office britannique des statistiques nationales a indiqué que l’Écosse a connu le troisième plus mauvais taux de surmortalité en Europe au cours du premier semestre de 2020. Seules l’Espagne et l’Angleterre ont connu un taux plus élevé. Parmi les 25 grandes villes européennes qui ont les taux de surmortalité les plus élevés, Édimbourg et Glasgow figuraient toutes deux dans le top 10, avec Londres, Birmingham, Amsterdam et Madrid.

L’ONS a reconnu que le fait que l’Écosse ait maintenu son confinement quelques semaines après le 10 mai signifiait que le taux de mortalité continuait à baisser en Écosse. La semaine commençant le 23 mai, par exemple, l’Écosse avait un taux de mortalité standardisé par âge de 5,11 pour cent supérieur à la moyenne des cinq dernières années. Le taux de l’Angleterre était de 7,55 pour cent, contre 6,65 pour cent pour l’Espagne. La tendance à la baisse s’est poursuivie. Dans la semaine qui s’est terminée le 26 juillet, le COVID-19 a représenté moins de 1 pour cent de tous les décès en Écosse, contre 36 pour cent au pic de la pandémie.

Mais quels que soient les progrès réalisés grâce à la prolongation du confinement en Écosse, ils sont rapidement dilapidés dans la précipitation pour rattraper le temps perdu. De nombreux lieux de travail fonctionnent déjà normalement, mais le retour complet des écoles le 11 août est la clé pour rétablir la génération de profits. Cela s'accompagnera inévitablement de tragédies rappelant les premiers jours de la pandémie.

De nouveaux pics d’infection sont déjà apparus avant la réouverture des écoles. Parmi les plus inquiétants, un pic a été signalé à Inverclyde, qui comprend les anciennes villes industrielles de Greenock et de Port Glasgow. Inverclyde, qui compte certaines des régions les plus pauvres d’Écosse, a constamment enregistré de loin les taux d’infection et de mortalité les plus élevés.

En mai, la région a rapporté un taux de mortalité COVID-19 de 12,7 décès pour 10.000 personnes, soit plus du double du taux de l’Écosse au moment où il s’élevait à 5,1 décès.

Un rapport de juin du «NHS Greater Glasgow and Clyde» (le Service de santé nationale de la région autour de Glasgow) a suggéré que le coronavirus circulait largement dans la région bien avant le confinement. En parlant à la télévision écossaise de ses expériences au début de la pandémie, la Dre Abby Gunn, une consultante à l’Hôpital royal d’Inverclyde à Greenock, a fait la même remarque. Elle a expliqué: «Chaque service et chaque chambre où on est allé avait déjà du Covid-19 à l’hôpital. Nous avons vu cela venir des mois à l’avance, mais nous avons continué à faire une partie de la planification en temps réel après avoir eu le premier cas positif».

La semaine dernière, le «NHS Greater Glasgow and Clyde» a confirmé qu’un foyer de cas s’était à nouveau manifesté à Inverclyde. Onze nouveaux cas se sont manifestés, dont celui d’un employé du centre de distribution d’Amazon Faulds Park, situé près de Gourock, qui emploie 400 personnes. Bien que certains travailleurs aient été retournés chez eux, l’ensemble des installations reste opérationnel.

Un travailleur d’Amazon a déclaré au Greenock Telegraph: «Le problème est que la personne qui a fait les tests s’est promenée pour mettre des articles sur des étagères en acier. Donc les travailleurs estiment que toute l’usine aurait dû être fermée pour un nettoyage en profondeur. Qui sait ce que cette personne ou d’autres qui s’isolent maintenant ont touché? Les gens s’inquiètent du fait que la direction n’est pas allée assez loin pour s’assurer que l’ensemble du site soit sûr».

La distribution a joué un rôle dans d’autres cas associés au foyer d’infection d’Inverclyde. Les livraisons effectuées par un chauffeur infecté dans une pharmacie de Port Glasgow semblent avoir entraîné plusieurs cas liés à la pharmacie.

Un autre pic associé à un foyer dans un centre de recherche des contacts du NHS sous contrat privé, géré par Sitel près de Motherwell, est lié à 27 cas de COVID-19. Ces cas concernent des travailleurs du site et des cas associés à la réouverture de pubs et de cafés dans le centre de l’Écosse.

Cinq personnes ont testé positif la semaine dernière à la maison de soins Fullarton à Irvine, où 22 personnes âgées sont mortes au plus fort de la crise infectieuse. Dirigée par HC-One, qui gère 300 maisons de soins à travers le Royaume-Uni, l’inspection des soins a critiqué la maison de soins d’Irvine pour son manque d’hygiène et de contrôle des infections. L’inspection a noté que le personnel n’était pas formé à l’utilisation sûre des ÉPI.

Sur un total de 4.201 décès dus au COVID-19 en Écosse, 46 pour cent, soit 1.932, ont eu lieu dans des maisons de soins. À l’origine de nombre d’entre était le départ précipité de 1.300 patients âgés non testés. Certains de ces patients ont ensuite développé des symptômes de COVID-19. La plupart sont morts dans des circonstances extrêmement difficiles: isolés, effrayés, rejetés par un système hospitalier surchargé, on les a laissés dans des maisons de soins qui souffrent d’une pénurie extrême de personnel à cause de la pandémie.

On ne doit pas faire confiance au gouvernement écossais ni à ses alliés et apologistes dans la bureaucratie syndicale et des groupes de pseudo-gauche, pour faire autre chose que défendre les intérêts du capitalisme. Pour lutter contre la pandémie et les attaques d’austérité, les travailleurs en Écosse, comme en Angleterre et au niveau international, doivent se mobiliser de manière indépendante. Ils doivent former des organisations de base sur chaque lieu de travail, dans chaque école et dans chaque quartier. Ils doivent s’engager dans la lutte pour la réorganisation socialiste de la société.

(Article paru en anglais le 3 août 2020)