Biden défend les républicains qui ont fomenté le putsch à Washington

Lors de sa conférence de presse hier après-midi à Wilmington, le président démocrate élu Joe Biden a tenté de dissimuler les responsabilités politiques dans le coup d’État fasciste de mercredi qui visait à bloquer la certification par le Congrès de sa propre victoire électorale.

Moins de 48 heures après que des centaines d’individus aient pris d’assaut le Capitole, incités par Trump et soutenus par des dirigeants du Parti républicain, Biden a appelé à «l’unité» avec ses «collègues républicains».

Biden a délibérément éludé la question de savoir s’il soutenait la destitution immédiate de Trump pour incitation à l’insurrection mercredi, proposée par certains membres de la Chambre des représentants. «Ce que le Congrès veut faire, c’est à eux d’en décider», a-t-il déclaré.

Biden a ensuite souligné son opposition à toute tentative de destitution de Trump. Il a dit: «Si nous étions à six mois de la fin, il faudrait tout faire pour le destituer», mais deux semaines avant la fin de son mandat, «je me concentre sur la préparation de notre prise de contrôle en tant que président et vice-président le 20», c’est-à-dire à la fin du mandat de Trump.

Il a ensuite couvert les responsables républicains qui avaient aidé Trump à préparer le coup d’État. Appelant le vice-président Pence «Mike», Biden a déclaré qu’il serait «honoré de l’avoir» lors de son inauguration le 20 janvier que Trump a déclaré vendredi vouloir boycotter.

Interrogé sur une éventuelle démission de Josh Hawley et Ted Cruz, deux sénateurs républicains ayant joué les premiers rôles dans la promotion du mensonge que l’élection était truquée, Biden a seulement offert l’espoir qu’ils seraient battus la prochaine fois qu’ils se présenteraient aux élections, en 2024. Cruz et Hawley étaient parmi les sept sénateurs républicains qui ont voté pour le rejet des votes électoraux de l’État de Pennsylvanie tôt jeudi matin, après la tentative de coup d’État. Une photo montre Hawley qui lève son poing pour saluer les manifestants fascistes.

Surtout, Biden a salué Mitch McConnell, qui reste le leader de la majorité au Sénat jusqu’à ce que les sénateurs nouvellement élus prennent leurs sièges et donnent la majorité aux démocrates. Biden a dit qu’il était «si fier» de McConnell: «Je trouve que ce qu’il a dit devant le Sénat américain était la bonne chose à faire. Il s’est levé; il avait honte.»

Biden parlait du discours prononcé par McConnell au Sénat mercredi pour tenter de dissimuler son propre rôle dans la légitimation politique de la campagne de Trump pour annuler les élections.

Toutes les personnalités défendues par Biden ont contribué à préparer l’assaut sur le Capitole par des semaines de mensonges sur le vol des élections. Pendant des semaines, McConnell a rendu un service essentiel à Trump en refusant de reconnaître au Sénat l’élection de Biden. Au lendemain de l’élection, il a déclaré que Trump était «à 100 pour cent dans son droit d’examiner les allégations d’irrégularités et d’évaluer ses options juridiques.»

L’épouse de McConnell, Elaine Chao, a fait partie du cabinet de Trump en tant que secrétaire aux transports pendant quatre ans. Elle a annoncé hier qu’elle démissionnait lundi, alors que de nombreux hauts responsables du gouvernement tentent de se distancier de Trump.

Biden visait avant tout à préserver le Parti républicain. «Nous avons besoin d’un Parti républicain», a-t-il déclaré. «Nous avons besoin d’une opposition forte et principielle.» Tout au long de ses brèves remarques, il a évoqué ses «amis républicains» et a souligné qu’il voulait «unifier» républicains et démocrates pour accomplir «des choses sur lesquelles il faut nous mettre d’accord et travailler ensemble.»

Dans le cadre de la politique bourgeoise américaine, dire que les démocrates ont besoin d’un Parti républicain «fort» signifie que le pire résultat possible serait une déroute du parti de Trump, l’incubateur du fascisme. Biden et les démocrates veulent s’assurer qu’un instrument politique essentiel à la défense des intérêts de la classe dirigeante ne soit pas brisé par l’échec, du moins temporairement, du coup d’État.

C’est pourquoi les démocrates ne veulent pas démasquer cette conspiration criminelle, même si elle était dirigée contre leur propre victoire électorale. Si la vérité éclatait, l’impact radical sur les masses de travailleurs menacerait non seulement le Parti républicain, mais aussi la stabilité de l’appareil d’État et du système capitaliste qu’il défend.

Malgré leurs différences tactiques, centrées surtout sur la politique étrangère, les démocrates et les républicains représentent tous la classe dirigeante. Ils sont bien plus préoccupés par un mouvement révolutionnaire des travailleurs que par le renversement de ce qui reste de normes démocratiques aux États-Unis.

Dans ses mémoires, l’ex-président Barack Obama écrit que, lors de sa propre inauguration, il était «secrètement en colère» contre les manifestations visant le président sortant George W. Bush. Bush était arrivé au pouvoir par le vol d’une élection et avait mené des guerres illégales qui ont tué des centaines de milliers de personnes. Mais pour Obama, il s’agissait de défendre les institutions de l’État capitaliste.

En novembre 2016, juste après l’élection de Trump, les démocrates se sont engagés à travailler avec le nouveau gouvernement. L’élection, a déclaré Obama, est une «mêlée » entre deux camps d’une même équipe (intramural scrimmage).

En 2020, alors que Trump tentait de renverser la Constitution et d’établir une dictature, les démocrates ont tenté de dissimuler l’assaut mené contre les droits démocratiques. Après le discours de Trump le 1er juin, menaçant d’invoquer la Loi sur l’insurrection contre les manifestations suite au meurtre policier de George Floyd, les démocrates ont indiqué qu’ils laissaient le soin de s’opposer à cette tentative d’établir une dictature militaire à l’armée elle-même.

Lorsque Trump a contracté le coronavirus début octobre, un mois avant l’élection et quelques jours seulement après qu’il ait appelé les Proud Boys fascistes à «se retenir et attendre», les démocrates ont répondu en lui souhaitant un «rétablissement rapide et complet».

Le New York Times a publié un éditorial, intitulé «Bon Rétablissement, M. le Président», qui souhaitait que Trump se remette rapidement «pour le bien de la nation». Comme l’a écrit le WSWS, le retour rapide de Trump à la Maison Blanche "était clairement motivé par de profondes inquiétudes quant à limpact de sa maladie sur sa position et ses conspirations politiques".

Quelques jours à peine après le retour de Trump à la Maison Blanche, le complot fasciste visant à kidnapper et assassiner le gouverneur du Michigan, Gretchen Whitmer, a été révélé. Les démocrates ont étouffé l’importance de ce coup de main – une répétition générale pour le putsch du 6 janvier – et n’ont pas même défendu Whitmer. Aucune enquête n’a été menée sur les nombreux liens entre les auteurs du coup d’État, les dirigeants du Parti républicain et les forces de l’ordre.

Aujourd’hui, quelques jours seulement après une tentative d’insurrection fasciste, le leader du Parti démocrate et futur président exige «l’unité» et le «bipartisme». Il faut «tourner la page», comme l’a dit mercredi après-midi le sénateur démocrate Tom Carper.

En clair, personne, sauf quelques émeutiers fascistes subalternes, ne sera tenu responsable. Ces gens seront célébrés comme des martyrs de la droite et deviendront bientôt des orateurs vedettes lors des campagnes de financement des fascistes. Certains seront sans aucun doute des candidats républicains aux prochaines élections. Quant aux instigateurs et aux organisateurs du coup d’État, les virulents fils de Trump, Eric et Donald Jr, Rudy Giuliani, Stephen Miller et d’autres gangsters fascistes, ils préparent leur prochaine offensive.

Il convient de rappeler qu’Hitler a profité politiquement de son putsch raté en 1923. Maintenu dans un emprisonnement confortable, il a utilisé son temps libre pour écrire Mein Kampf. Dix ans plus tard, il était chancelier d’Allemagne.

Quant à la future administration Biden, ce sera un régime droitier violemment hostile à la classe ouvrière. L’effort de Biden pour renforcer le Parti républicain vise à marginaliser et à attaquer la gauche. Il repose sur les deux piliers de la politique du Parti démocrate: le discours anti-russe des agences militaires et de renseignement, et la politique raciale. La politique d’un gouvernement démocrate créera les meilleures conditions pour la croissance de l’extrême-droite.

Il faut s’opposer au camouflage de cette conspiration! Le Parti de l’égalité socialiste exige la destitution et l’arrestation immédiate de Trump et une enquête criminelle ouverte et publique sur tous ceux qui ont aidé et encouragé le putsch fasciste du 6 janvier. Leurs courriels, textos et autres communications doivent être divulgués. Ceux qui ont participé à la direction, à la planification et à la couverture politique de cette opération doivent être démis de leurs fonctions, arrêtés et emprisonnés.

En formulant cette demande, le PES ne donne aucune crédibilité au Parti démocratique. Il dénonce au contraire les deux partis et tout l’État capitaliste.

Il faut faire éclater la conspiration au grand jour afin de sensibiliser la classe ouvrière à la nature des forces auxquelles elle est confrontée, de montrer le lien entre la conspiration fasciste et des factions importantes de la classe dirigeante, et de développer un mouvement indépendant des travailleurs contre l’ensemble du système capitaliste.

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