Le vaccin d’AstraZeneca est «sûr et efficace», affirme l’Agence européenne des médicaments

Avant-hier, dans une annonce très attendue, mais sans surprise, la directrice générale de l’Agence européenne des médicaments (EMA), Emer Cooke, a déclaré aux journalistes que «c’est [le vaccin COVID-19 d’AstraZeneca] un vaccin sûr et efficace». Au cours des deux dernières semaines, successivement, 13 pays européens, dont l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, avaient suspendu leur campagne de vaccination contre le COVID-19 en raison de craintes soulevées dans la presse concernant des caillots sanguins signalés chez des personnes qui avaient reçu le vaccin d’AstraZeneca.

L’Agence britannique de réglementation des médicaments (MHRA), qui avait mené son enquête en examinant les données relatives à un petit nombre de cas de caillots sanguins chez plus de 11 millions de personnes vaccinées au Royaume-Uni, a indiqué qu’elle était parvenue aux mêmes conclusions concernant le vaccin d’AstraZeneca.

Un flacon de vaccin AstraZeneca est photographié dans une pharmacie de Boulogne Billancourt, en région parisienne, le lundi 15 mars 2021. (AP Photo/Christophe Ena)

Plusieurs pays ont ignoré les mises en garde répétées contre la suspension des vaccinations et les assurances données par plusieurs agences sanitaires nationales et mondiales, notamment l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon toutes ces organisations, le nombre de cas de caillots sanguins était bien inférieur au niveau qu’on retrouve dans les statistiques générales. Pourtant, malgré tous ces avis, des pays comme l’Italie et la France ont choisi d’attendre que le verdict de l’EMA soit rendu public.

Plus de 20 millions de personnes ont été vaccinées avec le vaccin d’AstraZeneca au cours des trois mois écoulés depuis que le vaccin a reçu une autorisation d’urgence. Sur ce total, 37 caillots sanguins se sont développés chez des personnes dans les jours qui suivaient la vaccination, dont quatre sont décédés: deux en Norvège, un au Danemark et un en Italie. Ces décès font actuellement l’objet d’une enquête.

Toutefois, l’incidence annuelle des caillots sanguins dans la population est d’environ un sur 1.000. En d’autres termes, on peut s’attendre à environ 15.000 à 20.000 caillots sanguins dans la population vaccinée. Pour donner une certaine ampleur à cette pathologie, aux États-Unis, sans lien avec la question du vaccin, environ 300.000 à 600.000 personnes développent chaque année de telles complications de coagulation, appelées thrombose veineuse profonde ou embolie pulmonaire.

Le Dr Stephan Moll, hématologue à l’université de Caroline du Nord, a déclaré au New York Times: «Ce n’est que si les données épidémiologiques montrent que le taux est plus élevé que l’on commencera à s’interroger sur une relation de cause à effet». En revanche, en Europe, environ 3.500 personnes meurent chaque jour du COVID-19.

Emer Cooke a ajouté: «Ses avantages en matière de protection des personnes contre le COVID-19 avec les risques associés de décès et d’hospitalisation l’emportent sur les risques possibles». Elle a poursuivi en expliquant que le comité d’experts sur la sécurité des médicaments a constaté que «le vaccin n’est pas associé à une augmentation du risque global de caillots sanguins». La présidente du comité, la Dr Sabine Straus, a noté que, dans la mesure où les complications liées à la coagulation sanguine se trouvent associées aux infections par le COVID-19, le vaccin «réduit probablement les risques d’incidents thrombotiques en général».

Toutefois, elle a émis une réserve concernant un «petit nombre de cas rares et inhabituels, mais très graves, de troubles de la coagulation… [L’EMA] ne peut toujours pas exclure définitivement un lien» entre ces rares caillots sanguins et le vaccin.

Il s’agit de 18 cas de thrombose veineuse cérébrale, des caillots sanguins qui se développent dans une veine cérébrale du cerveau chargée de drainer le sang du cerveau. De telles complications peuvent entraîner des hémorragies dans le cerveau ou un grave gonflement. On a vu de tels symptômes se développer chez des patients qui présentent des complications après avoir été contaminés par le COVID-19. En outre, on a vu sept cas de caillots sanguins multiples.

L’incidence de la thrombose veineuse cérébrale chez l’adulte est d’environ 13 par million par an, ce taux étant doublé chez les femmes âgées de 31 à 50 ans. La plupart des cas qui coïncident avec l’injection du vaccin sont survenus chez des personnes de moins de 55 ans, la majorité étant des femmes. Les enquêtes sur ces cas se poursuivront.

L’EMA a conseillé de sensibiliser la santé publique à ces risques possibles et de les inclure dans l’information sur le produit. Elle a conclu son exposé en ces termes: «Si c’était moi, je me ferais vacciner demain. Mais je voudrais savoir, si quelque chose m’arrivait après la vaccination, ce que je dois faire, et c’est ce que nous disons ici aujourd’hui.»

Le premier ministre italien, Mario Draghi, réagissant à l’annonce de l’EMA, a déclaré qu’il reprendrait la campagne de vaccination à partir de vendredi. Le premier ministre français Jean Castex a fait savoir qu’il recevrait le vaccin d’AstraZeneca en signe de confiance, tout en proclamant que de nouvelles restrictions seraient imposées à Paris et dans les régions avoisinantes pour endiguer la marée montante des infections au COVID.

L’Allemagne s’est jointe à l’appel pour la reprise des vaccinations, selon le ministre de la Santé, Jens Spahn. La Suède a déclaré à la BBC qu’elle prendra sa décision dans quelques jours. Fait à noter, l’OMS a déclaré qu’elle publierait les résultats de son enquête indépendante vendredi.

Pourtant, alors que les pays reprennent leurs campagnes de vaccination, c’est très probable que la confiance du public dans le vaccin d’AstraZeneca ne puisse être rétablie. Celle-ci avait déjà été minée par la lenteur initiale de la mise en œuvre du vaccin. Puis l’âpreté des querelles entre l’Union européenne et le Royaume-Uni autour de l’approvisionnement et la distribution du vaccin, ce dernier ayant été associé de manière inappropriée à la formation de caillots sanguins, n’a fait qu’aggraver le manque de confiance. De l’avis de tous les experts et d’après des études récentes, les vaccins Pfizer et AstraZeneca COVID-19 semblent offrir des performances similaires en matière de prévention des hospitalisations dans la population. Ces essais d’efficacité dans la prévention de maladies graves et de décès sont des plus critiques, tout comme la poursuite des études de sûreté des vaccins.

Pourtant, avec la politique téméraire des gouvernements et les contradictions sous-jacentes au système capitaliste des États-nations qu’ont dévoilées la pandémie, ces derniers ne peuvent mettre en place la coopération nécessaire pour lutter contre les ravages de la contagion et protéger les vies et les moyens de subsistance de leurs populations.

Dans les 11 mois qui ont suivi la première identification du virus SRAS-CoV-2, on a mis rapidement au point plusieurs vaccins efficaces pour protéger la population de la maladie du COVID-19, un exploit que peu de gens pensaient possible. Toutefois, maintenant qu’un tel traitement salvateur est disponible, c’est la recherche du profit, la protection des intérêts nationaux et le maintien de rivalités pernicieuses qui ont fait obstacle au déploiement rapide de ces vaccins sur la base d’un principe international d’équité et de nécessité.

En ce sens, la science est devenue une victime de la politique. L’hésitation à se faire vacciner est profondément et concrètement ancrée dans la dégénérescence des rapports sociaux capitalistes qui ont déconnecté la science de ses principes philosophiques inhérents.

Au Danemark, des signes de lassitude à l’égard du COVID ont provoqué des manifestations contre le confinement. Les inquiétudes concernant les variants du virus et la lenteur de la mise en place du vaccin créent des tensions sociales accrues. En France, où le vaccin d’AstraZeneca a dépassé celui de Pfizer, une enquête menée par Elabe a révélé que la confiance des Français dans le vaccin d’AstraZeneca était de 20 pour cent. L’Allemagne doit compter sur le vaccin AstraZeneca au milieu d’une troisième vague si elle veut accélérer son programme de vaccination. De nombreux professionnels de la santé allemands rejettent ouvertement le vaccin d’AstraZeneca.

Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CDC), actuellement on n’a pas utilisé 15 millions de doses de vaccin, principalement en France et en Allemagne. Sur les 62,2 millions de doses de vaccin livrées, on en a utilisé 46,8 millions. Au total, neuf pour cent de la population de l’UE a reçu une première dose. L’EMA est actuellement en train d’examiner le vaccin russe Spoutnik V.

Face à ces événements, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévenu qu’elle était prête à mettre en place des contrôles d’urgence sur la production et la distribution de vaccins contre le COVID-19 afin de «garantir que les Européens soient vaccinés le plus rapidement possible». Elle a même prévenu qu’elle allait invoquer l’article 122 du traité de l’UE, lui permettant de recourir à des mesures d’urgence pour garantir l’approvisionnement en vaccins.

Selon le Financial Times, «[L]es 27 chefs d’État et de gouvernement de l’UE doivent discuter des vaccins lors d’un sommet la semaine prochaine». De telles mesures ne feront qu’aggraver le nationalisme en matière de vaccins, prolongeant la pandémie et la misère dans le monde et les rivalités géopolitiques.

(Article paru en anglais le 19 mars 2021)

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