Les États-Unis battent les tambours de guerre contre la Chine en Alaska

Le gouvernement Biden a profité de sa première réunion de haut niveau avec des responsables chinois, qui s’est tenue en Alaska, pour faire grimper en flèche les enjeux de l’escalade du conflit et de la confrontation entre les États-Unis et Pékin. Loin de chercher à apaiser les tensions dangereuses alimentées par les provocations et la guerre économique de l’administration Trump contre la Chine, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken et le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan intensifient la démagogie agressive anti-chinoise de Trump.

Le secrétaire d’État, Antony Blinken, s’adresse aux médias après une session matinale à huis clos des discussions entre les États-Unis et la Chine à Anchorage, en Alaska, le vendredi 19 mars 2021 [Source: Frederic J. Brown/Pool via AP]

Dans une extraordinaire violation du protocole diplomatique, lors des remarques d’ouverture normalement formelles devant les médias, Blinken a carrément menacé la Chine qu’elle devait se conformer à «l’ordre international fondé sur des règles» ou faire face à «un monde beaucoup plus violent et instable». En réalité, l’impérialisme américain a établi le prétendu ordre de l’après-Seconde Guerre mondiale, dans lequel il fixe les règles, et est prêt à utiliser tous les moyens, y compris la guerre, pour empêcher la Chine de contester son hégémonie mondiale.

Blinken a régurgité ce qui est devenu la propagande standard des États-Unis contre la Chine, parlant de: «profondes inquiétudes quant aux actions de la Chine, notamment au Xinjiang, à Hong Kong et à Taïwan, aux cyberattaques contre les États-Unis et à la coercition économique envers nos alliés». Sans exclure une éventuelle collaboration, il a souligné que la relation avec les États-Unis «sera compétitive là où elle doit l’être… et conflictuelle là où elle doit l’être.»

Sullivan a remué le couteau dans la plaie en mentionnant le renforcement des alliances militaires et des partenariats stratégiques par le gouvernement Biden, en particulier, la tenue du tout premier sommet des dirigeants du dialogue de sécurité quadrilatéral, réunissant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie. Depuis que la «Quadrilatérale» a été évoquée pour la première fois il y a plus de dix ans, elle vise manifestement à consolider une alliance pour encercler la Chine et se préparer à la guerre.

Comme Blinken, Sullivan a établi un ordre du jour pour les pourparlers axé exclusivement sur les «préoccupations» des États-Unis à l’égard de la Chine: «de la coercition économique et militaire aux assauts contre les valeurs fondamentales». Les accusations de coercition chinoise présentent la réalité à l’envers, le gouvernement Biden n’ayant annulé aucune des mesures de guerre commerciale de Trump contre la Chine et ayant continué les provocations navales américaines près du continent chinois dans les mers de Chine méridionale et orientale.

Peu avant la réunion, Blinken a imposé de nouvelles sanctions américaines à 24 responsables chinois et hongkongais en raison des changements apportés au système électoral qui ont été approuvés par l’Assemblée nationale populaire annuelle de la Chine. Washington profite des méthodes autocratiques du régime chinois à Hong Kong, ainsi qu’au Xinjiang et au Tibet, non pas par souci des droits démocratiques, mais comme un moyen de vilipender Pékin, et potentiellement de l’affaiblir et de fracturer la Chine. Avec un cynisme stupéfiant, les États-Unis exploitent régulièrement, depuis des décennies, les «droits de l’homme» comme prétexte à des opérations de changement de régime et à des guerres.

Les remarques délibérément provocatrices des responsables américains, destinées à empoisonner les relations plutôt qu’à les améliorer, ont donné lieu à des échanges acerbes avec les représentants chinois – le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, et Yang Jiechi, le plus haut responsable de la politique étrangère chinoise – devant les médias.

En réponse à ce qu’il a appelé «des remarques préliminaires très différentes» de Blinken et Sullivan, Yang n’a pas mâché ses mots. La Chine, a-t-il insisté, défend «le système international centré sur les Nations unies et l’ordre international fondé sur le droit international, pas celui que préconise un petit nombre de pays de l’ordre international “fondé sur des règles”». Il a souligné que – contrairement aux États-Unis – les Chinois ne croient «ni à l’invasion par l’usage de la force, ni au renversement d’autres régimes par divers moyens, ni au massacre de la population d’autres pays.»

Yang a également remis en question les affirmations des États-Unis concernant la défense des droits de l’homme, en soulignant l’éruption de protestations généralisées contre les assassinats policiers, ajoutant que la violation des droits démocratiques aux États-Unis «n’est pas apparue seulement au cours des quatre dernières années». Il a également réfuté les accusations américaines de cyberespionnage chinois, affirmant «qu’il s’agisse de la capacité à lancer des cyberattaques ou des technologies qui pourraient être déployées, les États-Unis sont les champions en la matière.»

Yang a déclaré: «Les États-Unis eux-mêmes ne représentent pas l’opinion publique internationale, et le monde occidental non plus.» La majorité des pays du monde, a-t-il ajouté, ne reconnaîtraient pas les valeurs universelles telles qu’adoptées par les États-Unis, et pas plus que «les règles établies par un petit nombre de personnes puissent servir de base à l’ordre international.»

Résumant la position de la Chine, le ministre des Affaires étrangères Wang a souligné qu’elle «n’accepterait pas les accusations injustifiées de la part des États-Unis». Au cours des dernières années, les droits et intérêts légitimes de la Chine ont été carrément réprimés, ce qui a plongé les relations sino-américaines dans une période de difficultés sans précédent». Cela a «porté préjudice à la stabilité et au développement du monde», a-t-il ajouté, «et cette situation doit cesser.»

Face à des États-Unis de plus en plus agressifs, d’abord sous Obama puis sous Trump, Pékin cherche d’une part à renforcer son armée et à développer ses propres alliances, tout en offrant des concessions économiques dans le but d’apaiser les tensions avec Washington. Les remarques de Yang et Wang en Alaska indiquent que Pékin a conclu que le compromis est tout aussi improbable sous Biden que sous Trump, soulignant l’escalade des dangers de guerre.

Dans le sillage de la dissolution de l’Union soviétique en 1991, la stratégie américaine a été fondée sur la prévention de l’émergence de toute puissance régionale qui pourrait contester sa domination mondiale. La croissance économique rapide de la Chine, qui a dépassé le Japon en 2010 pour devenir la deuxième économie mondiale, a de plus en plus focalisé l’attention de Washington sur son endiguement et sa subordination. Le «pivot vers l’Asie» d’Obama, annoncé officiellement en 2011, a défini une stratégie diplomatique, économique et militaire globale pour assurer la suprématie des États-Unis sur la Chine: une politique de confrontation qui s’est accélérée sous Trump.

Quelques mois seulement après son entrée en fonction, Biden met le cap sur la guerre, intensifiant la propagande anti-chinoise en accusant Pékin de «diplomatie du vaccin» et de «génocide» des Ouïghours dans la province chinoise du Xinjiang, ainsi que «coercition économique» à l’égard d’alliés telle que l’Australie: ce qui créé un climat politique toxique de racisme anti-asiatique aux États-Unis, qui entraine le meurtre d’Américains d’origine asiatique. Sur le plan diplomatique, Biden «revitalise» les alliances, donnant la priorité aux alliés militaires en Asie en convoquant le sommet «Quadrilatéral» et en organisant une tournée du Japon et de la Corée du Sud par Blinken et le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin juste avant la réunion d’Alaska.

Le chef du commandement indopacifique américain, l’amiral Philip Davidson, a donné l’avertissement le plus inquiétant de l’imminence d’une guerre. Lors d’une déposition au Congrès ce mois-ci, il a demandé un doublement du budget du Pentagone pour la région et a prédit que les États-Unis pourraient faire face à une guerre avec la Chine au sujet de Taïwan d’ici cinq ans. Il a également fait allusion à des plans de stationnement de missiles balistiques nucléaires à portée intermédiaire à proximité du continent chinois, qui ont été confirmés lorsque le service de presse japonais Nikkei a publié des extraits de l’initiative de dissuasion du Pentagone dans le Pacifique.

Les discussions entre les États-Unis et la Chine ont débuté jeudi, heure de l’Alaska, et se sont poursuivies jusqu’à vendredi. Qu’une déclaration commune finale soit ou non rédigée pour apaiser les tensions, les remarques d’ouverture doivent servir d’avertissement aux travailleurs et aux jeunes des États-Unis, de la Chine et du monde entier quant au caractère avancé de la volonté de guerre des États-Unis. Sans l’intervention politique d’un mouvement antiguerre unifié de la classe ouvrière internationale, le glissement rapide vers une guerre mondiale impliquant deux puissances nucléaires est irréversible.

(Article paru d’abord en anglais le 20 mars 2021)

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