Début du procès de l’ex-policier inculpé pour le meurtre de George Floyd

Le procès de l'ancien policier de Minneapolis Derek Chauvin s'est ouvert lundi, dix mois après que la mort de George Floyd a déclenché une vague de manifestations de masse multi-ethniques, qui se sont étendues à tous les continents. Les délibérations doivent durer de trois à quatre semaines.

L'avocat de la défense Eric Nelson à gauche et l’accusé, l'ancien agent de police de Minneapolis Derek Chauvin, à droite, écoutent le juge du comté de Hennepin Peter Cahill, présider une audience avant la sélection du jury, le lundi 8 mars 2021 (Crédit: Court TV / Pool via AP)

En mai dernier, Chauvin a pressé son genou sur le cou de Floyd pendant plus de neuf minutes alors que Floyd était menotté et maintenu au sol par deux autres agents. Chauvin est accusé de meurtre au deuxième degré, d'homicide involontaire au deuxième degré et de meurtre au troisième degré (acte cruel et dangereux ayant causé la mort). S'il est reconnu coupable de l'accusation la plus grave, il risque de 10 à 15 ans de prison.

L'avocat Jerry Blackwell a ouvert le procès avec la déclaration liminaire de l'accusation. S'exprimant pendant environ une heure, Blackwell a présenté les actions de Chauvin comme s’écartant des politiques et procédures policières standard en vigueur dans la police de Minneapolis. Il a déclaré aux jurés que l'affaire «ne concernait pas tous les policiers» ou les «décisions difficiles que la police doit prendre en une fraction de seconde» mais bien plutôt la période «de 569 secondes» pendant laquelle Chauvin ne «s'est pas levé» ou «n'a pas lâché».

« Vous apprendrez que le 25 mai 2020, M. Derek Chauvin a trahi son engagement en utilisant une force excessive et déraisonnable sur le corps de M. George Floyd », a déclaré Blackwell aux jurés. «Il a mis ses genoux sur son cou et son dos, le broyant et l'écrasant jusque à ce que son souffle même […] jusqu'à ce que sa vie même lui soit enlevée ».

Blackwell a montré la vidéo d’un témoin de l'incident et a présenté aux jurés une chronologie visuelle, notant qu’on pouvait y entendre Floyd dire «je ne peux pas respirer» 27 fois et que Chauvin ne s'était pas levé même après que le cœur de Floyd eut cessé de battre. Blackwell a déclaré que l'usage excessif de la force par Chauvin avait causé la mort de Floyd, soulignant que Floyd avait subi une ‘crise anoxique’ et une ‘respiration agonale’ en raison de la privation d'oxygène.

L'avocat principal de la défense, Eric Nelson, a concentré les remarques d'ouverture de la défense sur la consommation de drogue alléguée de Floyd et son altercation avec des policiers lors de son arrestation. Nelson a soutenu que les preuves dans l'affaire allaient «bien au-delà des 9 minutes et 29 secondes». Il a dit que ce n'était pas le genou de Chauvin mais un mélange de consommation de drogue et de problèmes de santé préexistants qui avaient causé la mort de Floyd.

«Quelle était la cause réelle du décès de M. Floyd? Les preuves montreront que M. Floyd est décédé d'une arythmie cardiaque survenue à la suite d'une hypertension, d'une maladie coronarienne, de l'ingestion de méthamphétamine et de fentanyl et de l'adrénaline circulant dans son corps – qui ont tous agi pour compromettre davantage un cœur déjà fragile » a déclaré Nelson.

Nelson a indiqué que le jury verrait des images prises où Floyd aurait résisté à l'arrestation. Il a dit que l'arrestation était compliquée par le fait que Chauvin ne mesure que 5 pieds 9 pouces (1m 75) et pèse environ 140 livres (63 kilos), comparé à Floyd qui mesurait plus de six pieds (1m 82) et pesait 220 livres (99,7 kilos). Nelson a fait valoir que la foule qui a assisté à la mort de Floyd menaçait les policiers, les obligeant à détourner leur attention du bien-être de Floyd.

Nelson a présenté Chauvin et d'autres officiers comme étant en détresse et agissant simplement comme ils avaient été formés. Il a déclaré que Chauvin «avait fait exactement ce pour quoi il avait été formé au cours de ses 19 ans de carrière».

Le premier témoin que l'accusation a appelé était Jena Lee Scurry, une répartitrice des secours qui a averti un responsable lorsqu'elle a vu la police utiliser une force excessive contre Floyd. Scurry a déclaré qu'elle avait vu l'incident en direct à partir de vidéos de surveillance de la ville. Elle a dit qu'elle se souvenait avoir vu Floyd dans la voiture de police avant de le voir plus tard au sol et qu’elle avait d'abord pensé que le flux vidéo avait mal fonctionné parce que personne ne semblait bouger pendant un certain temps.

«J'ai d'abord demandé si les écrans étaient figés parce que rien n'avait bougé», a déclaré Scurry, ajoutant: «Je me suis inquiétée que quelque chose n'allait pas [...] c'était un instinct que, dans l'incident, quelque chose n’allait pas ».

L'accusation a diffusé un enregistrement de l'appel lancé par Scurry à un sergent de police, où on peut l'entendre dire: «Vous pouvez m'appeler une balance si vous voulez… Je ne sais pas s'ils ont utilisé la force ou non. Ils ont sorti quelque chose de la voiture [de la police] et ils se sont tous assis sur cet homme ».

Lors du contre-interrogatoire de Scurry, la défense s'est concentrée sur le fait que Scurry n'avait pas la même formation qu'un policier, suggérant qu'elle n'était pas qualifiée pour déterminer si les actions des policiers étaient conformes à leur formation.

Le deuxième témoin à la barre, Alisha Oyler, a déclaré avoir vu la police «chercher des noises à quelqu'un» alors qu'elle travaillait à la station-service Speedway près de l'incident. Oyler a enregistré des images de l'agression depuis l'autre côté de la rue, disant qu'elle enregistrait parce que la police «provoquait toujours les gens», et a dit: «C'est pas normal, ce n'est pas bien.»

Donald Wynn Williams, le troisième témoin, était l'un des spectateurs qui ont crié à la police de s’enlever du cou de Floyd. Williams, qui a suivi une formation d'arts martiaux mixtes, a décrit comment Chauvin a utilisé un «étranglement sanguin» contre Floyd. Les étranglements sanguins sont une forme d'étranglement qui perturbe le flux sanguin vers le cerveau.

«Vous pouvez voir son pied, son orteil pointe vers le bas», a déclaré Williams. «Et c'est la pression, pour pousser plus vers le bas, entre son genou, la tête de George et le béton et couper la circulation.»

Williams a déclaré que la seule fois où Chauvin l'avait regardé, c'était lorsqu'il a crié que le policier était en train d’effectuer un étranglement sanguin.

«Nous nous sommes regardés fixement, quand je l'ai dit, il l'a reconnu», a déclaré Williams.

Après que des difficultés techniques aient perturbé la diffusion en direct du procès, le juge Peter Cahill, a abrégé la séance de la journée. Le procès devait reprendre mardi vers 9h30, avec un nouveau témoignage de Williams.

Le procès de Chauvin est extraordinaire à bien des égards. Les responsables de l’État se sont pliés en quatre pour s’assurer que Chauvin bénéficie d’un procès «équitable». Les jurés de l'affaire ont été méticuleusement sélectionnés, devant répondre à un questionnaire de 16 pages avant d'être interrogés par les deux parties au procès. Le juge Cahill a permis à la défense de s'opposer à un maximum de quinze jurés sans fournir de motif, tandis que l’avocat général pouvait en rejeter jusqu'à neuf.

Conscient de ce que des millions de travailleurs, indignés par la brutalité policière, porteront une attention particulière au procès, Cahill a pris la décision de permettre la diffusion du procès en direct. Entre temps, il y a une extrême nervosité quant aux tensions sociales dans la ville. Les autorités ont bloqué complètement l’accès du public aux bâtiments administratifs de Minneapolis et déployé la Garde nationale.

Les cas de brutalité, de torture et de meurtre de la part de la police ne sont pas rares aux États-Unis, mais la police n’est poursuivie qu’à contrecœur par l'État, et rarement. De manière générale, des poursuites ne sont engagées que lorsque l'incident est filmé, provoquant une réponse publique massive.

Les services de police de Minneapolis ont publié une déclaration le 26 mai ne disant rien sur le fait que Chauvin avait pressé son genou sur le cou de Floyd: «Après que Floyd soit sorti [de sa voiture], il a physiquement résisté aux policiers. Les agents ont pu passer les menottes au suspect et ont noté qu'il semblait souffrir de détresse médicale. »

Si des témoins n'avaient pas capturé l'incident sur leurs téléphones portables, cela aurait été l'histoire officielle, tout comme des centaines d'autres incidents chaque année.

Le système judiciaire américain inflige régulièrement des peines brutales aux travailleurs pour des infractions tout à fait mineures. Il est facile d'imaginer la réponse de l'État et des médias si Floyd ou un autre travailleur avait été filmé avec son genou sur le cou d'un policier.

Les médias et la pseudo-gauche se sont donné beaucoup de mal pour mettre en avant un récit racial du procès, mais la fréquence des assassinats policiers aux États-Unis est une conséquence de l'offensive de guerre de classe menée par l'élite dirigeante contre toute la classe ouvrière. Plutôt que d'être simplement une question de flics racistes contre minorités, ce conflit oppose les représentants armés de l'État capitaliste à la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 30 mars 2021)

Loading