Une semaine plus tard: où en est la grève de Volvo?

La deuxième grève de l’année menée par près de 3.000 travailleurs du secteur de la fabrication de camions en Virginie contre la société transnationale Volvo Group a achevé sa première semaine et il est temps pour les travailleurs de dérouler les cartes du champ de bataille sur la table, d’étudier leur position et d’élaborer une stratégie pour les prochaines actions.

La position de l'entreprise

La société Volvo est sans doute mécontente et nerveuse qu’une deuxième grève ait commencé. Le directeur général de l’usine de la compagnie à New River Valley, Franky Marchand, a déclaré: «C’est difficile de comprendre cette action».

Travailleurs de Volvo Truck en grève [Photo: UAW Local 2069/Facebook]

L’entreprise s’était appuyée sur les Travailleurs unis de l’automobile (UAW) pour imposer un contrat rempli de reculs, mais l’UAW a échoué dans la tâche qu’on lui avait assignée parce que le Comité de base des travailleurs de Volvo (VWRFC) a donné une voix et une direction au mouvement qui croisse parmi les travailleurs pour une action indépendante contre l’alliance UAW-Volvo.

Volvo a déclaré à ses actionnaires qu’elle avait d’énormes commandes en attente à remplir en raison de l’augmentation de la demande de camions dans le monde entier. Le PDG de la société, Martin Lundstedt, a déclaré en avril que «nos stocks de camions neufs et d’occasion sont faibles dans le monde entier».

Il est évident que ces stocks sont toujours aussi bas aujourd'hui. Le 10 juin, Volvo a émis un avis de licenciement à l'intention des travailleurs de Mack Trucks à Hagerstown, Maryland, pour la semaine prochaine.

L’avis de licenciement explique que «l’impact continues [des] restrictions de la chaîne d’approvisionnement» a forcé des licenciements temporaires le lundi 14 juin pour deux équipes de production conventionnelle. La déclaration reconnaît que «bien que les graves pénuries d’approvisionnement continuent de créer une situation difficile dans l’usine, la demande pour nos produits reste forte et nous avons un grand carnet de commandes de camions à préparer pour nos clients». (C’est nous qui soulignons).

Un travailleur de l’usine de Hagerstown a déclaré au «World Socialist Web Site» qu’il y a un sentiment qui croisse au sein de l’usine pour venir en aide à leurs frères et sœurs de l’autre côté de la frontière de l’État du Maryland: «Cette lutte concerne tout le monde. Cela s’est déjà produit à l’usine de groupes motopropulseurs. Ils ont réduit la production de deux jours et plus».

Volvo a sans aucun doute discuté des licenciements de Hagerstown avec le syndicat de l’usine, mais l’UAW a caché aux travailleurs en grève de l’usine de New River Valley cette information cruciale sur la vulnérabilité de l’entreprise. Toute organisation qui défend réellement les intérêts des travailleurs aurait dit aux grévistes que la compagnie venait d’admettre que ses stocks de camions Mack étaient bas.

Volvo a beaucoup à perdre, mais cela ne signifie pas que les travailleurs peuvent vaincre une énorme société transnationale par une grève dans une seule usine. David a peut-être vaincu Goliath dans le Livre de Samuel, mais les Goliaths de l’économie capitaliste mondiale ont des usines sur tous les continents et dirigent des chaînes d’approvisionnement mondiales complexes. Ils sont suffisamment puissants pour déplacer la production afin de minimiser l’impact d’une grève, quel que soit le courage des travailleurs d’une usine individuelle.

Le rôle de l'UAW

L’UAW sait que les travailleurs ne parviendront pas à faire aboutir leurs revendications qui visent à mettre fin au système d’échelons et à augmenter considérablement les salaires sur la base d’un débrayage dans une seule usine, et c’est précisément la raison pour laquelle leur stratégie consiste à isoler la grève. Le syndicat n’accorde aux travailleurs qu’un maigre 275 dollars par semaine tandis que des centaines de bureaucrates de l’UAW reçoivent un salaire complet pour n’avoir rien fait d’autre que de transmettre les ordres des entreprises qu’ils représentent. Des travailleurs du Michigan, de l’Illinois, de l’Indiana et de tout le pays disent au World Socialist Web Site que l’UAW n’a pas dit un mot sur la grève en Virginie.

Les médias bourgeois essaient de faire comme si la grève n’avait pas lieu. Tout un réseau de publications qui se disent protravailleuses ignore également la deuxième grève, notamment Jacobin, The Nation et Left Voice.

Les dirigeants de l’UAW ont un intérêt financier à faire échouer la grève afin de pouvoir continuer à percevoir des pots-de-vin des sociétés et à s’enrichir grâce à l’argent des cotisations des travailleurs qu’ils trahissent. Jeudi, l’ancien président de l’UAW Gary Jones – qui était président de l’UAW lorsqu’il a trahi les grèves de 2019 chez Mack Truck et General Motors – a été condamné à 28 mois de prison fédérale pour avoir accepté des pots-de-vin des sociétés.

Un gréviste de Virginia Volvo a déclaré au WSWS: «Deux ans, ce n’est rien. Regardez Bernie Madoff. Jones ruinait la vie des gens en concluant des accords qui n’auraient jamais dû être conclus.» En fait, Jones va être libéré avant même que l’accord de six ans que l’UAW a tenté d’imposer ne soit achevé au tiers.

Le travailleur a déclaré que l’article du WSWS sur la condamnation de Jones «a suscité une grande réaction» parmi les grévistes. «C’est comme si tout le monde savait qu’ils se battent contre les personnes qui dirigent la grève. Nous devons continuer à leur dire d’aller se faire voir. Aucune confiance dans la direction».

Un autre travailleur en grève a déclaré à propos de la condamnation légère de Jones: «Ça me sidère. En fait, il a volé tout le monde, et ce n’était pas seulement mon argent, mais celui de tous les membres de l’UAW. Il y a quelques années, nous payions deux heures par mois [en cotisations], puis ils ont augmenté à deux heures et demie. Voilà ce qu’ils ont fait de mon argent».

En fait, si l’UAW avait réussi à imposer son contrat de six ans aux travailleurs de Volvo, Jones serait sorti de prison alors qu’il restait plus de quatre ans au contrat, même en supposant qu’il purge la totalité de sa peine. Et avec un taux d’inflation de 5 pour cent par an, une augmentation salariale de 12 pour cent pour le haut de l’échelle des salaires sur six ans, cela constituerait en fait une baisse de salaire massive, compte tenu d’une augmentation de 30 pour cent du coût de la vie sur cette période.

La position des travailleurs

Les travailleurs doivent aborder la situation avec sobriété. Ils savent que l’issue de cette grève aura un impact à long terme sur leur vie et celle de leurs enfants et petits-enfants.

Les travailleurs ne sont pas seulement confrontés à Volvo, mais à toute une aristocratie financière qui est profondément investie dans l’entreprise suédoise et dans l’issue de la grève. Les investisseurs institutionnels possèdent 60 pour cent des actions de Volvo, y compris des sociétés d’investissement et des fonds communs de placement comme Industrivärden (170.200.000 actions, évaluées à environ 195 millions de dollars) et Swedbank Robur (63.556.098 actions, 73 millions de dollars) en Suède, BlackRock (96.766.082 actions, 111 millions de dollars) et Vanguard (39.854.665 actions, 45 millions de dollars) aux États-Unis. Au total, 51 pour cent des actions de Volvo sont détenues par seulement 25 actionnaires capitalistes incroyablement puissants.

Les travailleurs sont engagés dans une lutte contre un adversaire puissant, mais ils ont des alliés encore plus puissants.

Le problème est que les «syndicats» tels que l’UAW et d’autres tentent de maintenir leurs millions de membres dans l’ignorance de la grève chez Volvo afin de les empêcher d’unir leurs forces. Mais il y a 100.000 travailleurs de Volvo aux États-Unis et dans le monde qui sont impatients d’apporter leur aide. Il y a des centaines de professeurs qui enseignent aux enfants des grévistes, et bien d’autres encore, dans tous les secteurs, qui ont tout à gagner du succès de la lutte des travailleurs de Volvo. Cela inclut les millions de personnes qui sont liées à l’usine par le processus de production. Notamment, les travailleurs des pièces détachées au Mexique, les camionneurs qui conduisent les camions aux concessionnaires, les débardeurs qui chargent les camions pour l’exportation, etc.

Ces alliés, indépendamment de leur nationalité, de leur ethnie, de la couleur de leur peau ou de leur religion, constituent la force sociale qui doit venir à la défense des travailleurs de Virginia Volvo si l’on veut que leur grève soit couronnée de succès. Les comités de base sont le mécanisme qui permet de briser l’isolement et le silence et d’appeler ces renforts au combat.

(Article paru en anglais le 11 juin 2021)

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