Le chancelier désigné Olaf Scholz et les Länder allemands rejettent les restrictions nécessaires en cas de pandémie

Olaf Scholz (John MacDougall/Pool via AP)

Malgré le fait que les infections échappent à tout contrôle en Allemagne et que le variant hautement contagieux Omicron se propage, les gouvernements au niveau fédéral et des États refusent de prendre les mesures nécessaires pour contenir la COVID-19. Ils poursuivent agressivement les politiques de «profits avant les vies» qui ont déjà causé plus de 100.000 décès rien qu’en Allemagne et créent une catastrophe qui ne cesse de s’étendre. Actuellement, environ 60.000 personnes sont infectées chaque jour en Allemagne et près de 500 sont mortes lundi dernier.

Apparemment, cela ne va pas encore assez loin pour la classe dirigeante. Après que le gouvernement fédéral et les gouvernements des Länder ont délibéré sur la pandémie mardi, ils n’ont annoncé aucune mesure concrète contre les décès massifs. Aucune conférence de presse n’a eu lieu non plus. Le chancelier désigné, Olaf Scholz (Parti social-démocrate, SPD), et les Länder dirigés par les chrétiens-démocrates (CDU/CSU) se sont contentés de proposer une obligation générale de vaccination que le prochain chancelier souhaite mettre en œuvre d’ici la fin février.

S’exprimant sur Bild-TV, Scholz s’est fermement prononcé contre le confinement et la fermeture des écoles. Il a souligné: «Actuellement, il n’est principalement question que de cette mesure avec la vaccination et les rappels».

L’accent mis par les gouvernements sortant et entrant sur la vaccination comme étant pratiquement la seule réponse est criminel pour plusieurs raisons. Les vaccins sont une arme puissante contre la COVID-19, mais seulement en conjonction avec toutes les autres mesures de protection. En raison du faible taux de vaccination de 68 pour cent en Allemagne, environ 25 millions de personnes, y compris tous les enfants de moins de 12 ans, sont pratiquement sans aucune protection. Seuls un peu moins de 11 pour cent de la population ont reçu l’inoculation de rappel nécessaire.

Au niveau international, la situation est encore plus dramatique. Avec un taux de vaccination de 42,7 pour cent, la grande majorité de la population mondiale – environ 4,5 milliards de personnes – n’est pas entièrement vaccinée. Qui plus est, une stratégie qui repose uniquement sur la vaccination produit de nouvelles mutations virales encore plus contagieuses, ce qui risque de saper tous les progrès réalisés grâce à la vaccination.

Mardi, le directeur de la société américaine de biotechnologie Moderna, Stéphane Bancel, a mis en garde contre un «déclin significatif» de l’efficacité protectrice des vaccins actuellement disponibles contre l’Omicron. «Je ne pense pas que l’efficacité soit dans tous les cas au même niveau que contre le variant Delta», a-t-il déclaré au Financial Times. Le très grand nombre de mutations sur la protéine de pointe que le virus utilise pour infecter les cellules humaines et la propagation rapide d’Omicron en Afrique du Sud indiquent que les vaccins actuels doivent être modifiés. Cela pourrait prendre «plusieurs mois».

Il ne fait aucun doute que le variant Omicron sévit déjà en Europe, se propageant rapidement comme le variant Delta avant lui. Mardi, des chercheurs néerlandais ont découvert le variant dans des échantillons plus anciens que tous les cas connus auparavant. Après la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Danemark et la République tchèque, la France a également confirmé ses premiers cas mercredi. En Allemagne, on a signalé des cas supplémentaires dans le Bade-Wurtemberg (4), en Bavière (15) et en Saxe (1).

Malgré cette évolution dramatique et les demandes des scientifiques et de la grande majorité de la population d’agir enfin, la classe dirigeante refuse de prendre les mesures nécessaires. Même les décisions qui pourraient être prises lors d’une conférence des premiers ministres des Länder prévue jeudi ne sont pas du tout adéquates. Selon les médias, elles se limitent à quelques restrictions supplémentaires en matière de contact avec les personnes non vaccinées, à l’extension de la règle des «2G» (vaccinés ou guéris) dans les commerces et à des restrictions concernant les grands événements et la restauration.

Les confinements complets – en particulier pour les écoles et les entreprises non essentielles – qui seraient nécessaires pour contenir de manière significative et, à terme, même éliminer le virus, sont violemment rejetés par tous les partis du Bundestag (parlement fédéral) et les syndicats. «Le fait que des événements de masse aient lieu alors que les écoles sont fermées, ça ne va pas. On doit tout faire pour que les établissements scolaires restent ouverts», a écrit mardi sur Twitter le syndicat de l’éducation et des sciences (GEW).

En même temps, les représentants de la future coalition «feu tricolore» (SPD, Verts et FDP) ont réagi avec colère à la décision de la Cour suprême selon laquelle le couvre-feu et la fermeture des écoles sont parfaitement compatibles avec la Constitution. «Nous aurions souhaité un résultat différent», a déclaré Marco Buschmann, directeur du groupe parlementaire FDP, qui est pressenti pour être le futur ministre de la Justice. Le vice-président du FDP, Wolfgang Kubicki, a qualifié la décision de «décevante».

Il y a quelques jours seulement, les partis de la coalition tricolore ont mis fin à la «situation épidémique d’ampleur nationale» et ont ainsi éliminé la base juridique permettant de prendre des mesures de protection uniformes à l’échelle nationale. Pour justifier cette décision, ils avaient invoqué à plusieurs reprises le discours de l’extrême droite, dénonçant les mesures de protection comme une atteinte aux droits démocratiques prétendument incompatibles avec la Constitution.

En réalité, il est évident depuis longtemps quels intérêts réactionnaires sont à l’origine des politiques meurtrières de la pandémie. Dans leur accord de coalition, les partenaires de la coalition du tricolore s’engagent, entre autres, à «accroître la compétitivité de l’Allemagne en tant que site économique [et] à réactiver le frein à l’endettement». En d’autres termes, le SPD, les Verts et le FDP veulent soutirer à la population les centaines de milliards qui ont été versés aux grandes entreprises et aux banques dans le cadre des plans de sauvetage du coronavirus, dans le cadre d’une attaque générale contre les travailleurs.

Les intérêts géostratégiques et économiques de l’impérialisme allemand constituent un deuxième facteur. À cet égard également, l’accord de coalition ne mâche pas ses mots. Il comprend un chapitre entier intitulé «La responsabilité de l’Allemagne pour l’Europe et le monde», qui préconise un rôle accru en tant que puissance mondiale et le réarmement massif de la Bundeswehr (forces armées).

L’Allemagne est consciente de «la responsabilité mondiale qu’elle porte en tant que quatrième puissance économique mondiale» et va «former un gouvernement qui définit les intérêts allemands à la lumière des intérêts européens», peut-on lire. L’objectif est d’«établir sa propre capacité d’agir dans le contexte mondial et d’être moins dépendante et vulnérable dans des domaines stratégiques importants, tels que l’approvisionnement en énergie, la santé, les importations de matières premières et la technologie numérique.»

Il s’agit avant tout d’une question militaire pour la classe dirigeante. L’accord de coalition envisage, entre autres, l’acquisition de drones de combat, une augmentation massive des dépenses de défense et de nouvelles missions de guerre. Il est dit à un moment donné: «La Bundeswehr doit être équipée de manière fiable et optimale en termes de personnel, de matériel et de finances, conformément à sa mission et à ses tâches. On doit rendre les structures de la Bundeswehr plus efficaces et efficientes dans le but d’accroître la disponibilité opérationnelle».

Cela vaut également pour le déploiement de la Bundeswehr en Allemagne. Le général de division Carsten Breuer, commandant du commandement des missions territoriales de la Bundeswehr, aurait également participé à la réunion du gouvernement fédéral et des Länder. Un général deux étoiles qui a participé à de nombreux déploiements à l’étranger et a été l’auteur principal du livre blanc actuel dirigera le futur état-major de crise du gouvernement fédéral en matière de coronavirus, directement depuis le bureau du chancelier. Le WSWS a lancé un avertissement après la nomination de Breuer:

La décision de confier la direction de l’équipe de crise COVID-19 à un général de la Bundeswehr en activité ne permet qu’une seule conclusion: la coalition de feu tricolore ne considère pas la pandémie comme un problème médical, mais plutôt comme une question de sécurité.

L’objectif de la cellule de crise n’est pas de protéger la population du virus, mais de protéger le gouvernement de la population. Le nouveau gouvernement allemand s’apprête à déclarer l’état d’urgence afin de réprimer toute résistance à sa politique fondée sur le sacrifice d’innombrables vies pour assurer l’augmentation des profits et du cours des actions. C’est une politique qui joue à la roulette russe avec la santé de toute une génération d’enfants et d’adolescents.

Pour sauver des vies et arrêter la course de la classe dirigeante vers la dictature et la guerre, la classe ouvrière doit intervenir. Elle doit s'organiser en comités indépendants de la base et mettre en œuvre les mesures d'urgence nécessaires. Ce n'est que de cette manière que l'on pourra mettre fin à la pandémie sur la base d'une stratégie mondiale d'élimination.

Le World Socialist Web Site et les Partis de l’égalité socialiste se battent pour les mesures suivantes, dont la mise en œuvre revient nécessairement à une confrontation avec la classe dirigeante et le système capitaliste et nécessite une perspective socialiste:

• Toute production non essentielle doit être immédiatement arrêtée jusqu'à ce que la maladie soit maîtrisée. Tous les travailleurs doivent recevoir un salaire à 100 pour cent soit pour le travail à distance, soit, lorsque le travail à distance est impossible, pour compenser entièrement la perte de revenu.

• Tous les commerçants indépendants, les entrepreneurs et les propriétaires de petites entreprises doivent recevoir une compensation complète pour toutes les pertes de revenus qui résultent de l’arrêt de la production non essentielle.

• Tout enseignement en personne doit être immédiatement suspendu et remplacé par un enseignement à distance. Des milliards de dollars doivent être débloqués pour que chaque enfant et adolescent dispose de son propre ordinateur portable moderne et d’un service Internet à haut débit, ainsi que d’un environnement d’apprentissage sûr, spacieux et confortable à domicile.

• Le système de santé publique doit être massivement développé et des dizaines de milliers de coordinateurs de santé publique doivent être engagés. Toute personne infectée par la maladie, ou qui se trouve exposée au virus, doit pouvoir accéder immédiatement au personnel de la santé publique, aux infirmières et aux médecins qui peuvent surveiller leurs symptômes et les aider à se mettre en quarantaine en toute sécurité sans infecter d’autres personnes.

• Des milliards de dollars doivent être alloués à la création d’un programme mondial de vaccination. La distribution des vaccins doit être administrée par des scientifiques et des experts en santé publique ayant pour mandat de protéger le monde entier.

(Article paru en anglais le 2 décembre 2021)

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