Royaume-Uni: Johnson passe au plan B pour le variant Omicron tandis que la crise de son gouvernement s’aggrave

Le premier ministre britannique Boris Johnson a annoncé le passage au «plan B» du gouvernement en cas de pandémie, afin de faire face à la propagation rapide du variant Omicron.

Il a fait cette annonce après que le secrétaire à la Santé, Sajid Javid, ait déclaré au Parlement que «Omicron est nettement plus transmissible que Delta». Les cas Delta doublaient tous les sept jours, mais pour Omicron, «c’est entre 2,5 et 3 jours».

Il a averti que «l’Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA) estime que le nombre d’infections est environ 20 fois plus élevé que le nombre de cas confirmés, et donc que le nombre actuel d’infections [Omicron] est probablement plus proche de 10.000».

«L’UKHSA estime également qu’au rythme actuel de doublement observé, soit entre deux jours et demi et trois jours, d’ici la fin du mois, les infections pourraient dépasser le million.»

Le premier ministre britannique Boris Johnson préside une conférence de presse sur le variant Omicron de Covid-19 à Downing Street avec le conseiller scientifique en chef, sir Patrick Vallance et le médecin en chef, le professeur Chris Whitty. (Photo: Andrew Parsons/No 10 Downing Street/FlickR)

Après avoir exclu tout nouveau confinement il y a plusieurs mois afin de protéger les profits des entreprises, les mesures du plan B sont extrêmement limitées, inadéquates et, comme toujours, très en retard sur la situation.

Insistant sur le fait que «ce n’est pas un confinement» et que tout doit rester ouvert, Johnson a déclaré que le port du masque sera obligatoire dans la plupart des lieux couverts, y compris les théâtres et les cinémas, mais pas les pubs, les clubs et les restaurants, à partir de vendredi. Un laissez-passer pour le vaccin ou la preuve d’un test négatif sera nécessaire pour entrer dans les boîtes de nuit et autres lieux où de grands groupes de personnes peuvent continuer à se rassembler, y compris dans les lieux extérieurs qui accueillent plus de 10.000 personnes.

Johnson a déclaré que ceux qui le peuvent seront encouragés à travailler à domicile à partir de la semaine prochaine. Mais, il a insisté sur le fait que les écoles, principaux vecteurs de propagation de la COVID, doivent rester ouvertes jusqu’aux vacances de Noël. Également, l’apprentissage en personne doit se poursuivre dans les universités.

«Nous ne voulons pas que les enfants soient retirés de l’école avant la fin du trimestre, non pas qu’il y ait beaucoup de temps à passer maintenant, nous ne voulons pas que les crèches vivantes soient annulées», a-t-il déclaré.

Johnson n’a pas eu d’autre choix que d’imposer quelques restrictions supplémentaires étant donné qu’il avait été averti, selon le compte rendu d’une réunion des conseillers scientifiques du gouvernement qui s’est tenue mardi, que les admissions à l’hôpital dues au variant Omicron pourraient atteindre 1.000 par jour en Angleterre d’ici à la fin de l’année si des restrictions supplémentaires ne sont pas mises en place, voire plus de 2.000 par jour.

Mais il a également annoncé ces mesures dans des conditions où lui-même et son gouvernement sont en difficulté en raison d’une série de fuites explosives.

Depuis près d’une semaine, le gouvernement répond aux critiques selon lesquelles on a organisé une fête de Noël à Downing Street le 18 décembre de l’année dernière, à laquelle ont participé 40 à 50 personnes, en violation des restrictions de sécurité COVID.

Le mois précédent, Londres avait fait l’objet d’un confinement national de quatre semaines, les activités sociales en intérieur étant interdites. On avait placé la capitale sous des restrictions de niveau 2 qui interdisaient aux ménages de se mélanger à l’intérieur. Le 16 décembre, deux jours avant la fête, Londres enregistrait le taux de cas de COVID le plus élevé du pays et est passée au niveau 3, ce qui signifie que toute fréquentation à l’intérieur est interdite, sauf dans les bulles domestiques.

Le 10 Downing Street est le siège et la résidence londonienne du premier ministre du Royaume-Uni. (Wikimedia)

Le gouvernement a tenté d’étouffer le scandale, niant qu’une fête ait eu lieu ou insistant sur le fait qu’on n’avait enfreint aucune règle. Mardi, ces affirmations se sont effondrées lorsque ITV News a publié une vidéo divulguée à l’un de ses journalistes, montrant des fonctionnaires de Downing Street, dont Allegra Stratton, alors attachée de presse de Johnson, et Ed Oldfield, chef du service numérique du No10, qui plaisantaient sur la fête de Noël alors qu’ils répétaient un briefing télévisé dans la salle de presse.

Dans le cadre de la séance de questions-réponses, Ed Oldfield a demandé à Allegra Stratton: «Je viens de voir des informations sur Twitter selon lesquelles il y aurait eu une fête de Noël à Downing Street vendredi soir, est-ce que ça vous dit quelque chose?»

Elle a répondu en ricanant: «Je suis rentrée chez moi… attendez, attendez, erm, err… Quelle est la réponse?»

«Cette fête fictive était une réunion d’affaires», a-t-elle poursuivi en riant.

Les fuites ont provoqué un dégoût général parmi le public. La vidéo avait déjà été visionnée environ 10 millions de fois. Le gouvernement bafouait effrontément ses propres lois COVID, alors même que le pays était sur le point d’entrer dans la phase la plus meurtrière de la pandémie. La fête de Downing Street a eu lieu le jour où 514 personnes sont mortes de la COVID et la vidéo de Downing Street a été filmée quatre jours plus tard alors qu’on déclarait 641 autres personnes mortes de la maladie. Au moins 167.000 personnes sont maintenant mortes de la COVID.

Hier, lors des questions du premier ministre, Johnson se trouvé contraint de s’excuser «pour l’offense qu’elle [la vidéo] a causée dans tout le pays et l’impression qu’elle donne…» Stratton, qui avait déjà quitté son poste d’attaché de presse en avril dernier, a démissionné de son poste de conseiller du gouvernement.

L’événement s’est déroulé moins de deux mois après que Johnson ait lâché dans Downing Street, après avoir été contraint d’accepter un deuxième confinement limité à la fin de l’année dernière: «Plus de putain de confinement, laissons les corps s’empiler par milliers!»

On pense généralement que les fuites dans les médias proviennent de l’ancien conseiller principal d’extrême droite du premier ministre, Dominic Cummings. En effet, toutes les fuites embarrassantes qui visaient à déstabiliser Johnson au cours de l’année écoulée, y compris la déclaration «laisser les corps s’empiler», proviennent de lui.

On a contraint Cummings à la démission en novembre dernier après qu’on a révélé qu’il avait parcouru des centaines de kilomètres en voiture de Londres à Barnard Castle, dans le nord de l’Angleterre, en faisant fi des restrictions nationales en matière de confinement. Ses révélations et sa sortie faisaient partie d’une lutte de pouvoir à Downing Street dans laquelle la partenaire de Johnson, Carrie Symonds, a joué un rôle important.

Après l’éviction de Cummings, Stratton, un ami proche de Symonds, faisait partie des personnes introduites dans le cercle restreint du gouvernement. Avant de quitter le gouvernement, Cummings a joué un rôle déterminant dans la mise en place de la salle de presse de Downing Street, d’une valeur de 2,6 millions de livres sterling, dans laquelle Stratton s’est moqué des règlements concernant la COVID.

En juin de cette année, une autre fuite, celle d’images tirées de vidéosurveillance montrant Matt Hancock, alors ministre de la Santé, en train d’embrasser une assistante dans son bureau de Whitehall, a rapidement conduit à la démission de Hancock. Le mois précédent, Cummings avait déclaré à une commission parlementaire que Hancock aurait dû être licencié pour «au moins 15 à 20 choses, y compris pour avoir menti à tout le monde à plusieurs reprises» pendant la pandémie.

Lundi, Cummings a prévenu que ce serait «une grave erreur pour le No 10 de mentir» sur les événements sociaux qui se sont déroulés à Downing Street pendant le confinement de Noël de l’année dernière. Mercredi, il a tweeté, après que Johnson ait autorisé une enquête sur la fête du 18 décembre, «Est-ce qu’il sera également demandé au [secrétaire du Cabinet] d’enquêter sur la fête *d’appartement* du vendredi 13 novembre, sur les autres fêtes d’appartement, et sur la politique de “bulles” d’appartement.» Cummings devrait savoir ce qui s’est passé à Downing Street ce jour-là, puisque c’est le jour où il a été limogé de son poste de conseiller principal.

Un autre tweet de Cummings hier: «Le poisson pourrit par la tête. #Regimechange», a clairement exposé son programme.

Les implications de ces machinations dans les sections les plus à droite de l’élite dirigeante doivent être comprises par la classe ouvrière.

Johnson n’a pu prendre ses fonctions que parce qu’il a obtenu une majorité parlementaire massive lors de la trahison d’un mouvement de masse pour le changement social par l’ancien leader travailliste Jeremy Corbyn. Corbyn a pris la direction du Parti travailliste en 2015 après avoir remporté une victoire écrasante contre ses adversaires blairistes, alimentée par des centaines de milliers de membres et de partisans du Labour qui voulaient mettre fin au règne des conservateurs sur la base d’un programme socialiste.

Après avoir perdu contre Johnson lors des élections générales de 2019, Corbyn a ensuite rendu le parti aux «blairistes» lorsque sir Keir Starmer a pris les rênes du parti en avril 2020, fonctionnant dans une coalition de facto avec le Parti conservateur depuis lors.

Les fuites préjudiciables qui sapent Johnson sont la preuve que les sections les plus à droite du Parti conservateur ont des plans pour l’avenir. De larges sections du parti parlementaire et leurs soutiens du monde des affaires se sont contentés d’utiliser Johnson comme leur figure de proue contre Corbyn. Mais ils ne pensent pas qu’il soit capable de diriger l’impérialisme britannique à travers les eaux houleuses à venir, tandis qu’Omicron menace de s’étendre hors de contrôle et que tout pointe vers une recrudescence de la lutte des classes.

Aussi difficile que cela puisse être pour de nombreux travailleurs de le croire, les mouvements qui se préparent pour remplacer Johnson entraîneraient une forte poussée vers la droite. Cummings est un fasciste qui a clairement exprimé son souhait de voir un «homme fort» diriger le pays.

Parmi les candidats pressentis pour prendre la relève du premier ministre, on trouve le chancelier Rishi Sunak, multimillionnaire, ou le ministre de la Santé Javid, multimillionnaire. Tous deux s’opposent à toute nouvelle restriction contre la COVID, qu’ils considèrent comme une menace intolérable pour les grandes entreprises.

Johnson doit être démis, ainsi que son gouvernement, mais cela doit être le résultat de la lutte indépendante de la classe ouvrière qui se bat sur un programme socialiste. Cela exige une rupture des travailleurs avec le Parti travailliste et les syndicats, dont le seul rôle est de saboter les luttes des travailleurs au nom de la classe capitaliste.

(Article paru en anglais le 9 décembre 2021)

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