Le syndicat BCTGM déclare que le contrat chez Kellogg’s est adopté et met fin à une grève de près de trois mois

Des travailleurs en grève de Kellogg's devant l'usine de la société à Omaha, Neb, jeudi 2 décembre 2021. (AP Photo/ Josh Funk)

Suite aux votes des usines de Kellogg’s dimanche et lundi, le syndicat de l’alimentaire BCTGM a annoncé hier matin la ratification d'un nouvel accord valable cinq ans. L'accord contient des concessions massives à l’entreprise pour les 1 400 travailleurs de Kellogg's et met fin à leur grève de près de trois mois.

Comme on pouvait s’y attendre, le syndicat et ses partisans du Parti démocrate ont salué l’accord comme une «victoire» massive. Il n’en est rien. Le contrat est pratiquement identique à celui que les travailleurs ont massivement rejeté il y a trois semaines. Il étend le système de salaire à deux niveaux imposé par le dernier contrat en 2015, en supprimant tous les plafonds au nombre de travailleurs « transitoires » que l’entreprise peut embaucher.

Le BCTGM affirme que l’accord ne prévoit «aucun système permanent à deux niveaux» et qu’il y a «une voie claire vers un emploi régulier à temps plein». Mais les travailleurs «transitoires» seront bloqués sur le « parcours » largement inaccessible pour eux d’une promotion au statut de premier niveau, qui prendra en moyenne six ans pour chaque travailleur, selon les estimations de l’entreprise. Les travailleurs qui suivent ce parcours de six ans pourraient facilement être licenciés avant d’atteindre le salaire le plus élevé. Rien ne garantit que le BCTGM n’acceptera pas une extension du «parcours» dans son prochain contrat, dans cinq ans. C’est à dire, avant que les travailleurs n'atteignent leur sixième année.

L'accord ne prévoit qu'une seule petite augmentation de salaire au cours de la première année de la convention de cinq ans pour les travailleurs de premier niveau 'hérités', avec seulement des ajustements en fonction du coût de la vie pour les quatre années restantes. L'inflation aux États-Unis est actuellement de 6,8 pour cent, son niveau le plus élevé depuis quatre décennies.

Le syndicat a annoncé le résultat du vote aux travailleurs dans un courriel laconique d'une phrase, dont voici le texte intégral:

Frères et sœurs,

L'accord de principe a été accepté par l'organe syndical.

En toute solidarité,

Comité de Négociation BCTGM RTEC

Ce courriel s’apparente à une provocation à l’encontre des grévistes, qui étaient déterminés à se battre pour les générations futures de travailleurs de Kellogg’s. Le syndicat n’a pas communiqué d’autres informations sur le vote, notamment le taux de participation, le total des voix ou même la marge de «victoire». Le président de la section locale 3G, Trevor Bidelman, a déclaré que le vote était «serré», mais a affirmé qu’il n’avait pas reçu de chiffres exacts.

Dans ces circonstances, il n’y a aucune raison de supposer que le contrat a été adopté par les membres. Étant donné le caractère totalement antidémocratique du processus de «ratification» du syndicat, les travailleurs doutent que leurs bulletins de vote aient été correctement comptés du tout.

La procédure utilisée par le BCTGM est très inhabituelle et opaque, même selon les normes de la bureaucratie syndicale. Au lieu de compter les bulletins sur place, dans les locaux du syndicat, les votes ont été expédiés au siège national du syndicat dans le Maryland, hors de la vue des travailleurs. Ils ont ensuite été combinés en une seule pile de bulletins et non pas décomptés par usine. L’ensemble de la procédure laisse une large place au bourrage des urnes.

Le vote lui-même s’est déroulé dans le contexte d’une campagne massive de censure en ligne menée par le syndicat, qui a fermé les pages Facebook des unions locales pour empêcher les travailleurs de discuter du contrat ou d’organiser leur opposition à l’accord. Dans le même temps, un courriel de la direction divulgué à la presse vendredi dernier a prouvé que l’accord coûterait à l’entreprise exactement la même chose que l’accord rejeté par les travailleurs, et que l’entreprise comptait sur le comité de négociation pour le faire passer en force. Aucun contrat négocié dans de telles conditions ne peut être considéré comme légitime, et les travailleurs doivent regarder celui-ci comme nul et non avenu.

L’annonce du syndicat a immédiatement provoqué la colère et la suspicion des travailleurs de Kellogg’s. «Ces simples bâtards stupides [du syndicat] nous ont vendu», a déclaré un travailleur de l’usine de Battle Creek, Michigan, au World Socialist Web Site. «J’ai juste le sentiment que la lutte ne fait que commencer», a déclaré un autre travailleur de Battle Creek. «Nous n’avons même pas obtenu la moitié de ce pour quoi nous avons fait grève. C’est tout simplement décevant.» De nombreux travailleurs sont également allés sur les réseaux sociaux pour mettre au défi le syndicat de publier les totaux des votes.

Bidelman, dont la section syndicale couvre l’usine de Battle Creek qui a été au centre de l’opposition de la base, a pris la parole ces derniers jours pour critiquer l’accord et tenter de prendre ses distances par rapport au résultat. Selon le Huffington Post, Bidelman a déclaré au journal que «la menace de Kellogg’s de remplacer définitivement les grévistes» après le rejet du premier accord de principe il y a trois semaines avait « fait basculer beaucoup de votes».

Si c’est le cas, c’est parce que le syndicat voulait que les menaces de la direction fassent «basculer» les votes. Le BCTGM et d’autres syndicats comme l’UAW ont clairement fait savoir qu’ils laisseraient les travailleurs de Kellogg’s isolés si l’entreprise allait de l’avant avec ses plans pour briser la grève. Dans le même temps, le BCTGM, qui dispose de plus de 72 millions de dollars d’actifs au niveau national et local, affame les travailleurs sur le piquet de grève en ne leur donnant que 105 dollars [92 euros] d’indemnités de grève hebdomadaires depuis près de trois mois. Dans un geste cynique, le syndicat a offert aux travailleurs un «cadeau de Noël» insultant de 200 dollars la semaine dernière, ce qui a coûté au BCTGM moins que le salaire annuel de 288.000 dollars du président national du syndicat, Anthony Shelton.

Hostile à toute lutte unie des travailleurs américains et des milliers de travailleurs de Kellogg’s des usines internationales de l’entreprise, le BCTGM a lancé une campagne anti-mexicaine répugnante, appelant l’entreprise à se retirer de ses opérations au Mexique. Bidelman a été l’un des plus ardents promoteurs de cette campagne et a fait des commentaires stupides et racistes à la presse, mettant en doute la sécurité des produits alimentaires produits avec de l’eau mexicaine.

Dans le même temps, les responsables de la section syndicale 3G ont activement cherché à décourager les travailleurs de Battle Creek en prétendant que les travailleurs des autres usines hésitaient, menaçant de rendre leur opposition stérile. L’objectif était de faire baisser la marge de défaite à Battle Creek d’un nombre suffisant de voix pour que même un petit vote favorable dans les trois autres usines suffise à faire passer le contrat. Le mois dernier, le syndicat UAW (automobile) a utilisé des méthodes similaires chez John Deere pour mettre fin à une grève et faire passer en force un contrat que les travailleurs avaient déjà rejeté. Si, en fait, le vote a été approuvé de justesse, cette manœuvre de la section 3G aurait joué un rôle central dans l’adoption du contrat.

Dans les minutes qui ont suivi l’annonce mardi matin, le syndicat et ses partisans ont lancé une vaste campagne de mensonges sur les médias sociaux, saluant l’accord comme une victoire. La présidente de l’AFL-CIO, Liz Shuler, a déclaré sur Twitter: «La grève de @BCTGM Kellogg’s est terminée. Les travailleurs ont tenu bon, et ils ont gagné. Le nouveau contrat comprend: PAS de système permanent de salaire à deux niveaux, une augmentation significative des pensions, des augmentations de coût de la vie, et plus encore».

Loading Tweet ...
Tweet not loading? See it directly on Twitter

Le plus gros mensonge, repris et répété sans fin sur Twitter et les réseaux sociaux, est que le contrat élimine la structure «permanente» à deux niveaux. Cette affirmation est formulée de manière ambiguë pour donner l’impression contraire de ce que contient le contrat. Même dans le cas douteux où la majorité des travailleurs atteindraient le seuil des six ans, ils seront d’abord soumis à des niveaux brutaux d’heures supplémentaires, y compris des semaines de travail de sept jours et de 80 heures qui sont monnaie courante dans les usines.

Le nombre de travailleurs qui seront «habilités» chaque année est défini dans le contrat comme étant égal à trois pour cent de la main-d’œuvre d’une usine, ce qui signifie que si l’entreprise choisit d’augmenter le ratio d’employés transitoires dans l’usine — ce qu’elle a le pouvoir de faire selon les termes du contrat — les travailleurs seront forcés d’attendre encore plus longtemps.

Le bradage de la grève de Kellogg’s n’est que la dernière, et l’une des plus nues et des plus effrontées, d’une série de trahisons menées par les syndicats au cours des derniers mois. Parmi ces trahisons, citons également le bradage des luttes chez Volvo Trucks, John Deere, Kaiser Permanente; de celle les travailleurs de la production cinématographique et télévisuelle d’Hollywood, de Frito-Lay, et de Nabisco que le BCTGM a trahi juste avant le début de la grève de Kellogg’s. Alors que les syndicats pro-entreprises s’efforçaient d’imposer des concessions massives et de maintenir les augmentations salariales en deçà du taux de l’inflation, ils se sont largement inspirés de leurs recettes respectives, le BCTGM s’appuyant en particulier sur les méthodes employées par l’UAW pour mettre fin aux grèves chez Volvo Trucks et Deere.

L’accord démasque également le rôle du gouvernement Biden, qui a prétendu à plusieurs reprises être le président le plus «pro-travail» de l’histoire américaine. Son plan est d’utiliser le Parti démocrate en collaboration avec les syndicats pour imposer ces bradages. Lorsque Kellogg’s a menacé de licencier massivement les travailleurs en guise de représailles après le rejet du premier accord de principe, Biden est intervenu pour éviter une confrontation inutilement ouverte qui aurait pu déclencher une réaction plus large dans la classe ouvrière. Au lieu de cela, Biden a appelé l’entreprise et le syndicat à trouver un accord, et il ne fait aucun doute que les responsables de Biden ont joué un rôle central dans la négociation de l’accord actuel.

Le sénateur du Vermont Bernie Sanders a joué le rôle le plus pernicieux. Il s’est rendu à Battle Creek vendredi pour faire sa démagogie vide habituelle contre la «classe des milliardaires» tout en attaquant Kellogg’s depuis la droite pour déloyauté envers les États-Unis. Alors même que le syndicat avait annoncé le nouvel accord de principe la veille, Sanders n’en a pas parlé pendant son discours, afin de fournir une couverture au syndicat.

La lutte chez Kellogg’s est loin d’être terminée. Le syndicat et l’entreprise vont maintenant renvoyer les travailleurs dans les usines à l’aube d’une augmentation massive des cas de COVID-19 due au variant Omicron, où ils devront faire face à des demandes d’accélération incessante pour rattraper la production perdue. Les travailleurs doivent s’organiser de manière indépendante pour demander l’arrêt temporaire des usines afin de stopper la transmission du virus, avec compensation complète pour les travailleurs affectés.

Maintenant plus que jamais, la tâche à laquelle font face les travailleurs de Kellogg est la formation de comités de la base en tant que nouvelles organisations indépendantes et opposées à la trahison du syndicat. Le World Socialist Web Site, comme il l’a fait dans de nombreuses luttes, est prêt à aider les travailleurs. Contactez le WSWS pour obtenir plus d’informations sur la création de comités de base.

(Article paru d’abord en anglais le 22décembre 2021)

Loading