Le gouvernement allemand cherche à raccourcir la durée de la quarantaine malgré Omicron et l’augmentation des infections

Bien que le nombre de tests de dépistage du coronavirus ait été nettement inférieur pendant les vacances et que les services de santé n’aient signalé qu’une fraction des cas à l’Institut Robert Koch (RKI), le niveau d’incidence sur 7 jours a de nouveau augmenté au cours des six derniers jours. Mardi, il était officiellement de 239,9 pour 100.000 habitants. Le RKI a signalé 30.561 nouvelles infections et 356 décès supplémentaires.

En réalité, les véritables chiffres sont bien plus élevés. Avant le début de la nouvelle année, le ministre de la Santé Karl Lauterbach (Parti social-démocrate, SPD) a expliqué que les données réelles sont «probablement deux à trois fois plus élevées [que] les taux d’incidence que nous enregistrons actuellement». Avec une valeur comprise entre 460 et 700, le niveau d’incidence est donc déjà bien supérieur à la valeur maximale précédente de la «quatrième vague».

À cela s’ajoute la propagation massive du variant Omicron, encore plus infectieux. Depuis le 15 novembre, le RKI a officiellement enregistré plus de 30.000 infections de ce variant. Pour la seule journée de lundi, 3.524 personnes supplémentaires ont été infectées par Omicron, soit une augmentation de 13 pour cent par rapport à la veille. À l’échelle nationale, ce variant représente déjà près d’un cinquième des infections. Toutefois, en raison du faible taux de séquençage génétique en Allemagne, le nombre de cas non signalés est beaucoup plus élevé.

Un regard sur la pandémie dans les pays européens voisins et au niveau international montre la nature explosive de la vague Omicron. Au Danemark, l’un des premiers pays à avoir été touché par Omicron, le niveau d’incidence sur 7 jours est actuellement de 2.505. En France, où Omicron est devenu le variant prédominant ces derniers jours, le niveau d’incidence est de 1.665.

Métro bondé à Berlin le 12 novembre (AP Photo/Markus Schreiber)

Au Royaume-Uni, les chiffres explosent également, atteignant chaque jour de nouveaux sommets. Rien que vendredi, on a recensé 190.000 cas en une journée. Les admissions à l’hôpital sont à leur plus haut niveau depuis janvier. Aux États-Unis, on assiste actuellement à une augmentation presque verticale du nombre de cas. En 24 heures, on a recensé 440.000 nouvelles infections, soit plus de deux fois plus que lors du pic de la pandémie jusqu’à présent.

En Allemagne, la situation dans les hôpitaux est déjà catastrophique. Le taux d’hospitalisation ajusté est d’environ sept, ce qui correspond à 5.000 à 6.000 hospitalisations par semaine.

Le nombre de patients en soins intensifs continue de dépasser les 4.000. Cela menace d’augmenter considérablement avec le variant Omicron et de submerger les capacités hospitalières. Le RKI estime que le risque pour la santé de toutes les personnes non triplement vaccinées est «élevé» à «très élevé». Cela concerne actuellement plus de 60 pour cent de la population.

La classe dirigeante sait quel désastre la propagation d’Omicron entraînera. Selon le dernier document de la Conférence des Premiers ministres des États, on doit s’attendre à une «très forte charge de morbidité due à Omicron». Le «nombre d’infections en forte hausse et leurs conséquences» pourraient ainsi «atteindre un niveau qui restreindrait le fonctionnement des infrastructures critiques (KRITIS, y compris les hôpitaux, la police, les pompiers, les services d’urgence, les télécommunications, l’approvisionnement en électricité et en eau et la logistique correspondante)».

Dans sa première déclaration, le conseil d’experts du gouvernement fédéral sur la COVID-19 a averti que l’incidence élevée de l’infection signifiait qu’«une partie importante de la population sera simultanément malade ou en quarantaine».

Au lieu de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et la vie de centaines de milliers de personnes, la classe dirigeante répond par des réglementations qui font tout pour maintenir les travailleurs au travail, permettant ainsi de maximiser les profits.

Par exemple, le ministre de la Santé Karl Lauterbach (sociaux-démocrates) prévoit de raccourcir la période de quarantaine. Lors de la prochaine réunion du gouvernement fédéral vendredi, il y aura «certainement de nouvelles décisions, car nous devons réfléchir à la manière de modifier le règlement sur la quarantaine», a expliqué Lauterbach dans une interview accordée à la chaîne de télévision RTL/ntv dimanche soir.

La semaine dernière, le gouvernement américain a réduit la période de quarantaine de 10 à seulement cinq jours. Dimanche, la France a fait de même et a réduit la quarantaine pour les personnes infectées entièrement vaccinées à sept jours et, pour celles dont le test rapide est négatif, à cinq jours seulement. Pour les contacts entièrement vaccinés, la quarantaine sera complètement levée.

Ces mesures ne feront qu’alimenter la propagation déjà massive d’Omicron. Depuis le début de la pandémie, on sait que les personnes infectées peuvent transmettre le virus même si elles ne présentent aucun symptôme.

Des scientifiques sérieux fustigent ces mesures. Timo Ulrichs, microbiologiste berlinois et expert en santé mondiale, a déclaré à la rbb Inforadio qu’il regardait «avec inquiétude» les projets des partis gouvernementaux qui visent à raccourcir la période de quarantaine. «Si nous mettons fin à la quarantaine trop tôt, les gens risquent d’être encore contagieux et de transmettre le virus dans la phase finale – et peut-être ne devrions-nous pas faire cela», a-t-il déclaré.

Le gouvernement fédéral et ceux des États poursuivent une politique délibérée d’infection massive. Après les vacances de Noël, les écoles reprennent l’enseignement en présentiel avec des classes à effectifs complets. Cette semaine, les élèves de Berlin, du Brandebourg, de Hambourg, du Mecklembourg-Poméranie occidentale, de Rhénanie-Palatinat, de Sarre, de Saxe et de Thuringe doivent retourner à l’école. Les autres États fédéraux: Bade-Wurtemberg, Bavière, Brême, Hesse, Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord–Westphalie, Saxe-Anhalt et Schleswig-Holstein suivront la semaine prochaine.

«Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour que les écoles restent ouvertes», a écrit sur Twitter la ministre de l’Éducation Bettina Stark-Watzinger (Parti libéral-démocrate, FDP). L’enseignement en personne est «une question d’égalité des chances», et elle a cyniquement souhaité à tous les élèves, parents et enseignants une «bonne et sûre rentrée». En effet, le retour à des salles de classe surpeuplées et sans filtre à air est une recette pour une infection massive. Il ne s’agit pas d’une question d’«égalité des chances», mais de maintenir les enfants dans les écoles pour que leurs parents puissent être contraints de travailler.

Un regard sur les marchés boursiers montre dans quel intérêt de telles politiques sont mises en œuvre. Avec plus de 16.000 points, l’indice boursier allemand DAX s’approche d’un nouveau record historique pour la nouvelle année. Alors que la majorité de la population fait face à des pertes de revenus et à des licenciements et qu’elle doit aussi risquer sa vie et sa santé au travail, les 10 pour cent les plus riches continuent de s’enrichir grâce à la pandémie et aux décès massifs.

La politique meurtrière des profits avant la vie souligne que la lutte contre la pandémie nécessite une lutte contre le système de profit capitaliste et ses représentants politiques. La classe ouvrière doit intervenir dans l’arène politique en tant que force indépendante et prendre en main la lutte pour mettre fin à la pandémie. Elle doit se baser sur les principes suivants formulés par le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) au début de l’année dans sa «Lettre ouverte aux travailleurs»:

1. Il faut rejeter la politique actuelle d’«immunité collective», qui consiste à laisser la COVID-19 se répandre dans la population. Il faut adopter une nouvelle stratégie, orientée vers l’élimination et l’éradication du SRAS-CoV-2.

2. La défense de la santé publique doit déterminer les politiques mises en œuvre pour stopper la transmission virale. La protection de la vie et de la sécurité humaines doit avoir la priorité absolue et inconditionnelle sur les intérêts financiers des sociétés. C’est elles qui doivent supporter les coûts de la lutte contre la pandémie: le paiement des salaires et des subventions aux petits entrepreneurs, la couverture médicale des malades, les indemnités versées aux familles endeuillées. L’imposition à 100 pour cent des bénéfices exceptionnels obtenus par les spéculateurs sur les bourses pendant la pandémie aidera à le faire.

3. La lutte contre la pandémie doit être menée à l’échelle mondiale. La pandémie ne s’arrêtera que si le SRAS-CoV-2 est éliminé dans tous les pays. Les travailleurs de France et d’Europe doivent exiger que les vaccins soient fournis en quantités nécessaires, gratuitement, à leurs frères et sœurs de classe dans les pays moins développés.

(Article paru en anglais le 5 janvier 2022)

Loading