Royaume-Uni: De nouvelles révélations sur les soirées du gouvernement conservateur pendant le confinement

Downing Street a été contraint vendredi de présenter ses excuses à la reine au sujet des soirées organisées à la résidence du premier ministre Boris Johnson la veille des funérailles du prince Philip.

Les deux fêtes, les dernières d’une série qui ont fait l’objet de fuites dans les médias et qui ont enfreint les règles et les directives de confinement, ont eu lieu le 16 avril 2021. Le lendemain, on a photographié la reine Elizabeth assise seule pendant les funérailles de son mari. Les soirées avaient été organisées pour James Slack, directeur de la communication de Johnson, qui quittait Downing Street pour devenir rédacteur en chef adjoint du journal The Sun. Selon le Telegraph, «on a consommé des quantités excessives d’alcool, tandis qu’à certains moments, les invités ont dansé».

Le premier ministre britannique Boris Johnson, sans masque, traverse l’hôpital général d’Hexham dans le Northumberland, en Angleterre, le lundi 8 novembre 2021. (Peter Summers/Partage Photo via AP)

Le journal rapporte à propos de l’autre soirée: «On a envoyé quelqu’un au Co-op du Strand, une rue très fréquentée à proximité, avec une valise. Il a ramené la valise, remplie de bouteilles de vin, à Downing Street… Environ 30 personnes au total ont participé aux soirées, selon une personne présente».

Lors des funérailles du prince Philip, seules 30 personnes en deuil ont été autorisées à assister à la cérémonie, devant respecter une distanciation de deux mètres.

Selon les reportages, au moins 11 soirées ont été organisées de mai à décembre 2020 à Downing Street et dans d'autres bâtiments gouvernementaux.

Alors que la colère générale monte contre lui, Johnson a été contraint de présenter des excuses désespérées au Parlement mercredi, tout en affirmant de manière mensongère qu’une garden-party de Downing Street, organisée le 20 mai 2020, était une réunion «liée au travail» et donc exemptée des règles de confinement en cas de pandémie.

Pendant cette période, le Royaume-Uni était encore sous le coup du premier confinement national, les rencontres à l’intérieur étant interdites, sauf au sein d’un même foyer. À l’extérieur, les gens ne pouvaient se réunir que par groupes de six, ou par deux ménages. Pour toutes les soirées organisées en 2020, le nombre de décès quotidiens n’est jamais descendu en dessous de 284 (le 23 mai), le plus grand nombre de décès (586) ayant été enregistré lors d’une fête de Noël, le 18 décembre.

Vendredi, on a révélé que Kate Joseph, chef du groupe de travail Covid et désormais directrice générale du conseil municipal de Sheffield, a organisé une fête de départ arrosée au Cabinet Office, à côté de Downing Street, en décembre 2020. Le groupe de travail Covid «est responsable de coordonner la réaction du gouvernement à la pandémie».

L’image qui se dégage de ces événements est celle d’un gouvernement totalement indifférent aux terribles conséquences de ses politiques, qui se tourne les pouces pendant que le Royaume-Uni subit la pire catastrophe de santé publique depuis un siècle. Jusqu’à ce que ce gouvernement soit contraint par l’avertissement des scientifiques selon lequel jusqu’à un demi-million de vies seraient perdues, et tandis que les travailleurs de plusieurs secteurs protestaient contre des lieux de travail dangereux, il prêchait encore, jusqu’au 12 mars 2020, son programme d’immunité collective selon lequel l’infection massive de la population était «souhaitable».

Johnson lui-même a subi un test positif à la COVID-19, le 27 mars 2020, soit quatre jours seulement après l’imposition du confinement national, et a été admis à l’hôpital et en soins intensifs en avril.

Comme on le sait maintenant, cela n’a pas changé les choses d’un iota, les plus hauts responsables du gouvernement organisaient régulièrement des soirées arrosées et enfreignant toutes les règles liées à la COVID tout au long de la pandémie.

Même les plus ardents défenseurs de Johnson ont conclu que sa cote de popularité dans les sondages était en chute libre et qu’il était en sursis. Cependant, à ce stade, la discussion dans les rangs des conservateurs est de savoir qui – dans un parti profondément impopulaire – se trouve le mieux placé pour le remplacer. Ainsi, seulement cinq députés et le chef du Parti conservateur écossais ont finalement exigé sa démission au sein de son parti.

À n’importe quelle autre période de l’histoire, Johnson, qui a supervisé le meurtre social de plus de 176.000 personnes et l’infection massive à la COVID de plus de 15 millions de personnes, soit plus d’un cinquième de la population, aurait été chassé du pouvoir.

Mais lui et sa cabale de droite ont pu perpétrer ces crimes parce qu’ils sont soutenus par le Parti travailliste qui a déclaré, d’abord sous la direction de Jeremy Corbyn puis de son successeur, sir Keir Starmer, qu’ils soutiendraient le gouvernement pendant la pandémie en tant qu’«opposition constructive» dans «l’intérêt national».

Le chef travailliste sir Keir Starmer prononce son discours d’ouverture lors de la conférence en ligne du parti en octobre dernier (Stefan Rousseau/Partage Photo via AP)

Les travaillistes ont agi de la sorte en s’alliant aux syndicats qui ont réprimé toutes les luttes de la classe ouvrière contre les attaques du gouvernement dirigées contre la santé, la vie et les conditions de travail.

Cette situation perdure, malgré les appels des travaillistes au départ de Johnson. Starmer n’a pas, bien qu’il en ait la capacité en tant que chef de l’opposition, imposé un vote de confiance au gouvernement.

Cela permet aux conservateurs de se préparer à élire un nouveau chef encore plus à droite que Johnson, tout en continuant à imposer leur programme dictatorial anti-ouvrier.

Ils sont soutenus de manière indéfectible par la presse de droite. Le Daily Maila écrit dans son éditorial que Johnson a réalisé un «coup de maître» en «mettant fin à toutes les restrictions pendant l’été», mais qu’il ne conserverait leur soutien que «s’il lève les restrictions [encore limitées] du Plan B» afin que «l’Angleterre devienne le premier pays développé à sortir de la pandémie. Nous prendrions de l’avance en relançant l’économie. Les ministres doivent donner un coup d’accélérateur en réduisant l’auto-isolement à cinq jours afin de remettre les gens au travail».

Les travaillistes sont occupés à se disputer l’affection de l’élite dirigeante. Lundi soir, alors que Johnson était sous le choc du flot de révélations, Starmer a incité les députés travaillistes à s’abstenir sur un vote qui limitera le montant que le gouvernement consacre aux prestations sociales et aux crédits d’impôt. Tous les députés travaillistes, sauf 14, ont suivi l’instruction, permettant au projet de loi de passer facilement.

Ces coupes seront dévastatrices. En avril, des millions de chômeurs et de travailleurs faiblement rémunérés – qui ont déjà perdu l’augmentation de 20 livres sterling par semaine de la prestation sociale Universal Credit qui était en place depuis le début de la pandémie – verront leurs prestations augmenter de seulement 3,1 pour cent, sur la base du taux d’inflation de septembre dernier. Or, l’inflation mesurée par l’IPC devrait atteindre 6 pour cent d’ici là, et l’inflation mesurée par l’IPR est déjà plus élevée, à 7,1 pour cent, ce qui signifie une baisse considérable des revenus et du niveau de vie en termes réels.

Hier, le ministre de la Santé, Sajid Javid, un challenger potentiel à la direction a annoncé que la période d’auto-isolement de la COVID sera réduite à cinq jours en Angleterre à partir de lundi. Le porte-parole en matière de Santé pour l’opposition, Wes Streeting, a réagi en se félicitant de cette mesure qui «aide les gens à reprendre le travail plus rapidement… mais pourquoi le secrétaire d’État [à la santé, Sajid Javid] a-t-il mis tant de temps… combien de jours pense-t-il que le NHS a perdu, que l’économie a perdu?»

Le Parti travailliste a opéré un autre virage à droite cette semaine: Streeting, un partisan de Tony Blair, présenté comme un futur chef de parti, a déclaré à la BBC qu’une fois au pouvoir, les travaillistes feraient appel à des entreprises privées «efficaces» pour «réduire les listes d’attente du National Health Service». Jeudi, Javid a dit à NHS England de donner aux hôpitaux privés jusqu’à 270 millions de livres sterling en cas de vague d’Omicron.

Vendredi, le Parti travailliste a annoncé que bien qu’il allait voter contre certains de derniers amendements draconiens au projet de loi du gouvernement sur la police à la Chambre des Lords la semaine prochaine, il ne s’opposera pas à toutes les mesures de la législation.

Alors que le Parti travailliste et les syndicats font tout pour soutenir ce que même le Sunde droite décrit comme un gouvernement «paralysé», la masse de colère contre ces organisations pourries et le système capitaliste qu’elles soutiennent doit être mobilisée. Le Parti de l’égalité socialiste appelle à la création de comités de base sur chaque lieu de travail, indépendants des syndicats et basés sur un programme socialiste qui place la vie humaine et les besoins de la classe ouvrière au-dessus des intérêts de profit des capitalistes et de leurs représentants.

(Article paru en anglais le 15 janvier 2022)

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