Le Royaume-Uni met fin à toutes les mesures de santé publique contre la COVID

La crise de direction des conservateurs utilisée pour provoquer un virage agressif vers la droite

Le gouvernement du Parti conservateur britannique a annoncé la fin de toutes les mesures de santé publique visant à combattre la pandémie de COVID-19.

S’engageant à «restaurer les anciennes libertés de ce pays», le premier ministre Boris Johnson a déclaré mercredi au Parlement que le port obligatoire du masque dans les magasins et les transports publics et les systèmes de test d’entrée dans les boîtes de nuit et les grands événements prendraient fin le 27 janvier prochain.

Boris Johnson annonce la fin des restrictions COVID au Royaume-Uni au Parlement mercredi (capture d’écran Parliament TV)

Alors que plus de 16.000 personnes sont hospitalisées pour la COVID-19 rien qu’en Angleterre et que 438 personnes ont été tuées par le virus la veille, Boris Johnson a ajouté que l’obligation de s’auto-isoler après un test positif devait prendre fin définitivement le 24 mars et qu’il «aimerait demander un vote à cette Assemblée pour devancer cette date».

En guise d’acompte sur sa criminalité, le premier ministre a mis fin immédiatement aux directives sur le travail à domicile et a promis: «À partir de demain, nous n’exigerons plus de masques dans les salles de classe et le ministère de l’Éducation supprimera sous peu les directives nationales sur leur utilisation dans les zones communes». La nouvelle a été accueillie par les acclamations surexcitées de ses députés, dont certains ont enlevé leur propre masque et l’ont agité en l’air en signe de célébration.

L’atmosphère était frénétique aux Communes. Le vieux de la vieille David Davis, réagissant au mandat en difficulté de Johnson comme devant une proie blessée, a crié: «Au nom de Dieu, partez!»

Davis citait le député conservateur Leo Amery qui dénonçait Neville Chamberlain en 1940 après l’échec de la campagne militaire contre l’Allemagne nazie en Norvège (bien que l’expression remonte à la destitution du Long Parlement par Oliver Cromwell).

Le scandale des fêtes organisées à Whitehall sous la surveillance de Johnson pendant le confinement, dont au moins une à laquelle il a participé, n’aura pas d’issue automatiquement progressiste. Au contraire, la crise est utilisée pour provoquer un changement majeur vers la droite de ce qui est déjà le gouvernement le plus à droite de l’histoire britannique d’après-guerre.

Alors que Johnson a défini mercredi une politique intérieure de mort massive, sa ministre des Affaires étrangères, Liz Truss, se rendait jeudi à Berlin pour rencontrer le secrétaire d’État américain Anthony Blinken et ses homologues français et allemands afin de discuter d’un programme de guerre contre la Russie.

Pendant ce temps, la ministre de l’Intérieur Priti Patel continue de faire passer au Parlement des attaques radicales contre les droits de citoyenneté, de protestation et de vote.

La lutte à couteaux tirés qui se déroule actuellement au sein du Parti conservateur porte essentiellement sur la question de savoir à qui l’on peut faire le plus confiance pour appliquer des mesures de guerre de classe à la classe ouvrière. Johnson prouve qu’il est prêt à faire tout ce qu’on lui demande, mais un nombre considérable de membres de son parti veulent le voir partir.

Sept députés conservateurs ont publiquement demandé à Johnson de démissionner. Mercredi matin, 12 autres auraient soumis des lettres de défiance au «comité 1922» d’arrière-bans du Parti conservateur. Si 54 lettres sont soumises, un vote de confiance dans le leadership de Johnson parmi les députés conservateurs sera automatiquement déclenché. Plus de la moitié d’entre eux, soit 180, devraient voter contre Johnson pour déclencher automatiquement une course à la direction, bien qu’un nombre de votes inférieur à ce chiffre puisse entraîner une démission. L’hypothèse actuelle est que suffisamment de lettres seront soumises après la publication, la semaine prochaine, du rapport d’une enquête en cours sur les soirées organisées à Downing Street.

Que Johnson survive ou non, la liste déjà bien remplie des remplaçants possibles montre clairement le caractère brutal du gouvernement que lui ou son successeur dirigera.

Le meneur actuel du peloton est le chancelier Rishi Sunak, lui-même multimillionnaire et mari d’Akshata Murthy, dotée de plusieurs centaines de millions de livres et fille d’un homme d’affaires indien multimilliardaire. Sunak a clairement exprimé son engagement idéologique en faveur de la réduction des impôts et des dépenses publiques, ainsi que sa détermination à récupérer auprès de la classe ouvrière les dettes contractées par le gouvernement en raison de ses subventions répétées aux sociétés et aux super riches.

Liz Truss, la réincarnation autoproclamée de Margaret Thatcher, le suit de près. Opposante de premier plan aux restrictions de santé publique, elle s’est fait la coqueluche des plus ardents partisans du Brexit, promettant d’utiliser les opportunités qu’il crée pour sabrer les impôts et les protections sociales et du travail. En 2012, elle a coécrit le laïusnéo-thatchérien «Britannia Unchained», qualifiant les travailleurs britanniques de «parmi les pires fainéants du monde».

Parmi les autres candidats de premier plan figure la brutale Priti Patel, favorite des gangs d’extrême droite anti-migrants et architecte de certaines des législations les plus répressives de l’histoire britannique; et l’ancien secrétaire à la Santé de David Cameron, Jeremy Hunt. Considéré comme le choix «modéré» dans ce champ de réactionnaires écumants, Hunt a joué un rôle crucial dans la privatisation et la décimation du service national de santé avant la pandémie.

Les candidats qui ont peu de chances de gagner, mais qui pourraient faire évoluer les termes du débat dans leur direction sont Steve Baker, Mark Harper, Tobias Ellwood et Tom Tugendhat. Baker et Harper sont les principaux membres du Coronavirus Recovery Group, un groupe de députés conservateurs d’arrière-ban qui ne cesse de critiquer toutes les mesures de santé publique liées à la COVID-19.

Ellwood et Tugendhat, tous deux anciens soldats, et respectivement présidents de la commission de la défense et de la commission des affaires étrangères des Communes, sont des défenseurs infatigables de l’augmentation des dépenses militaires et de l’agression contre la Russie et la Chine.

La réaction des travaillistes est d’officialiser cette succession macabre. Le parti refuse d’appeler à un vote de défiance envers le gouvernement, les principaux membres du cabinet affirmant que cela ne ferait qu’unir les conservateurs. Cette excuse risible est démasquée par le fait que les députés travaillistes n’émettent aucune critique sur le programme de droite du gouvernement, se limitant à demander que Johnson démissionne ou que son parti le destitue.

Réagissant à l’annonce de Johnson mercredi, le chef travailliste sir Keir Starmer a promis de «soutenir l’assouplissement du Plan B, tant que la science dit que cela est sûr». Il a rendu cette mise en garde inutile en insistant quelques secondes plus tard: «Nous devons avoir un plan robuste pour bien vivre avec la COVID».

L’unanimité de Starmer avec le gouvernement a été résumée par la défection du député conservateur Christian Wakeford vers les travaillistes pendant le débat d’hier, lui qui portait au visage un masque du drapeau de l’Union. Wakeford est le quatrième conservateur de l’histoire à passer au Parti travailliste. Les trois autres l’ont fait dans les années 1990, en reconnaissance de la transformation réussie du Parti travailliste par Tony Blair en un Parti conservateur amélioré.

Starmer avait du mal à se contenir. Il a «chaleureusement accueilli» Wakeford, dont le bilan aux Communes comprend des votes en faveur de la réduction de 20 livres par semaine de la protection sociale, du projet de loi sur la police et du projet de loi sur la nationalité et les frontières; en faveur d’un système d’asile plus strict; et contre les mesures visant à lutter contre les changements climatiques et l’évasion fiscale. Sa défection est la preuve, selon Starmer, que «les travaillistes sont prêts à fournir un autre gouvernement dont le pays pourra être fier».

Un «autre gouvernement», menant les mêmes politiques que le Parti conservateur mais avec moins de scandales récents et dirigé par un ancien chef du ministère public contrôlé qui a l’approbation de MI5, c’est précisément ce que les travaillistes offrent à la classe dirigeante.

La «gauche» travailliste suit la même ligne. Aucun de ses représentants n’est allé au-delà de l’appel lancé la semaine dernière par l’ancien chancelier fantôme John McDonnell à ses «collègues conservateurs» pour qu’ils écartent Johnson, par peur qu’il porte atteinte «non seulement au Parti conservateur», mais aussi à «la politique en général» et à «la confiance dans l’ensemble du processus politique». L’ancien chef Jeremy Corbyn est resté pratiquement silencieux.

Quel que soit celui qui restera debout à la fin, la révolution de palais qui se prépare contre Johnson avec l’aide des travaillistes ne peut avoir qu’un seul résultat: une attaque plus profonde contre la santé, la vie et le niveau de vie de la classe ouvrière. Pour faire tomber le gouvernement et mettre fin à ses politiques d’infection massive, de guerre et d’austérité, il faut un programme de lutte des classes menée tout autant contre les travaillistes et la bureaucratie syndicale, par des millions de travailleurs dans tout le pays et à l’échelle internationale.

(Article paru en anglais le 19 janvier 2022)

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