Un projet de décret de Trump envoyait l’armée saisir les bulletins et les machines à voter en vue d’un coup d’État

Vendredi, Politico a publié le projet d’un décret préparé pour Donald Trump, daté du 16  décembre 2020, qui autorisait le secrétaire à la défense par intérim Christopher Miller à déployer la Garde nationale pour saisir les machines à voter dans tout le pays.

Cela serait revenu à une autorisation pour les militaires de renverser l’élection de Joe Biden et d’imposer une dictature militaire dirigée par le président sortant battu, Trump. Le Pentagone aurait eu 60 jours pour soumettre son analyse de la fraude électorale supposée au directeur du renseignement national et à un conseil spécial pour établir des accusations criminelles et civiles contre les opposants politiques de Trump, qui auraient sans aucun doute été arrêtés et probablement tués en masse.

Des partisans de Trump escaladant le mur du Capitole le 6 janvier 2021 [Crédit : Flickr.com/Blink O'fanaye]

L’ordre non signé, qui fait partie d’un vaste complot à multiples facettes qui a culminé avec la tentative de coup d’État fasciste du 6 janvier 2021, cite plusieurs des théories du complot sans fondement concernant cette élection émises par Trump pour justifier la privation du droit de vote des 81 millions d’électeurs de Biden.

Ce document fait partie d’un ensemble de plus de 700 documents que Trump a tenté en vain de dissimuler. Ils ont été remis à la commission spéciale de la Chambre des représentants sur l’assaut du 6  janvier 2021 par les Archives nationales à la suite d’une décision de la Cour suprême (par 8 voix contre 1), mercredi, rejetant l’affirmation générale du privilège exécutif qu'invoquait Trump.

Répétant les mensonges trouvés dans un diaporama remis à la commission de la Chambre le mois dernier par l’ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows, l’ordre exécutif aurait accordé à Miller, quelqu'un qui a fait carrière en menant les meurtres des forces spéciales pour l’impérialisme américain, le pouvoir de « saisir, collecter, conserver et analyser toutes les machines, les équipements, les informations stockées électroniquement et les enregistrements matériels requis pour la conservation  »

L’ordre aurait fourni un prétexte pseudo légal à Trump pour rester au pouvoir bien après la date d’investiture du président élu Biden, le 20 janvier 2021.

La publication de ce document explosif a jusqu’à présent été généralement minimisée dans les médias capitalistes, aucune grande chaîne de télévision ne faisant état de sa publication dans son journal télévisé du vendredi soir.

Le décret lui-même est intitulé :

« CONSTATATIONS PRÉSIDENTIELLES POUR PRÉSERVER, COLLECTER ET ANALYSER LES INFORMATIONS DE SÉCURITÉ NATIONALE CONCERNANT L’ÉLECTION GÉNÉRALE DE 2020  »

Après avoir énuméré les dispositions constitutionnelles, les décrets antérieurs et les mémoires présidentiels sur la sécurité nationale qui ont prétendument légitimé le renversement de l’élection présidentielle remportée par Biden avec une très nette avance, il cite la première des nombreuses théories fascistes sur un prétendu complot  :

Moi, Donald J. Trump, président des États-Unis, je détermine que le rapport médico-légal des machines à voter du comté d’Antrim, Michigan, publié le 13 décembre 2020, et les autres preuves qui m’ont été soumises à l’appui de cet ordre fournissent un motif probable suffisant pour exiger une action en vertu des autorités citées ci-dessus en raison de la preuve d’une ingérence internationale et étrangère dans l’élection du 3 novembre 2020.

Si le comté d’Antrim a bien enregistré une erreur de tabulation le soir de l’élection, c’était dû à un ajout tardif au bulletin de vote qui n’était pas correctement calibré dans le logiciel. On a corrigé celle-ci dans les trois jours et cela n’a eu aucune incidence sur le résultat dans le Michigan, que Biden a remporté par 300 000 voix. Le comté, où seulement 16 000 voix se trouvaient exprimées, s’attribuait à Trump. De multiples recomptages et rapports, dont une analyse de juin 2021 par les Républicains du Michigan sur les votes de 2020 à l’échelle de l’État, ont affirmé que l’élection était équitable.

L’ordonnance cite ensuite de supposées «  erreurs inhérentes  » à Dominion Voting Systems «  et à des entreprises connexes  »qui présentent les « mêmes défauts  »et « ont fait l’objet d’une ingérence étrangère lors de l’élection de 2020 aux États-Unis.  »

Ce document a les relents dérangés des avocats du coup d’État de Trump, Rudolph Giuliani et Sidney Powell, tous deux cités à comparaître par la commission de la Chambre en début de semaine.

Trump les a nommés après sa défaite électorale du 3 novembre 2020 pour diriger le côté «  juridique  »de son complot qui visait à annuler l’élection. Les avocats, de concert avec Trump, des politiciens républicains, des médias d’extrême droite et de paramilitaires fascistes, opéraient à partir d’un « centre de commandement  » à l’hôtel Willard International à Washington D.C. La «  salle de guerre  »du Willard servait de nid d’intrigues fascistes, secondant la Maison-Blanche elle-même.

Le projet de décret poursuit en citant des «  preuves de pannes  »et des « mises à jour inadmissibles  »qui auraient entraîné un « pourcentage significatif de votes  » mal attribués. Il demande au secrétaire à la défense non seulement de saisir les machines à voter, mais aussi de fournir une «  évaluation initiale des opérations  »au bureau du directeur du renseignement national, John Ratcliffe. Ce dernier est un fidèle de Trump clairement marqué à l’extrême droite et ancien représentant du Texas.

Le dernier point du document de trois pages indique  :

La nomination d’un conseiller spécial chargé de superviser cette opération et d’engager toutes les procédures pénales et civiles appropriées en fonction des preuves recueillies, et la fourniture de toutes les ressources nécessaires à l’exercice de ses fonctions conformément aux lois fédérales et à la Constitution [notre italique].

L'utilisation du pronom 'her' (en anglais, ses en français) corrobore des reportages antérieurs de CNNet du New York Times selon lesquels l'avocate Powell faisait pression sur Trump à la Maison Blanche pour qu'il la nomme conseillère spéciale chargée de superviser la saisie des machines à voter.

Dans un article du 19 décembre 2020, le Times avait rapporté que Trump « a discuté de la nomination de l’advocate Sidney Powell pour être une conseillère spéciale chargée de superviser une enquête sur la fraude électorale.  »L'article indiquait que Giuliani s’était joint à la discussion par téléphone, « alors que Powell [et] le lieutenant-général à la retraite Michael Flynn [étaient] à la Maison-Blanche pour une réunion qui est devenue tapageuse et où les gens se criaient dessus à certains moments  ».

Lors d’une apparition le 18 décembre 2020 sur le réseau d’extrême droite Newsmax avec Greg Kelly, Flynn, qui a été brièvement le conseiller à la sécuriténationa le de Trump, a affirmé qu’en raison de la «  fraude électorale  », Trump « pourrait immédiatement, sur son ordre, faire saisir chacune de ces machines à voter.  »

Flynn poursuit : « Il pourrait l'ordonner, au sein des états pivots [swing states – états qui influence fortement le résultat de l’élection] s’il le voulait, il pourrait prendre des capacités militaires, et il pourrait les placer dans les États et essentiellement refaire une élection dans chacun de ces États.  »

Alors que Michael Flynn demandait à l’armée de refaire les élections sous la menace des armes, moins de trois semaines plus tard, son frère, le général Charles Flynn, jouait un rôle central en retardant de plus de trois heures le déploiement des troupes de la Garde nationale au Capitole, alors que de paramilitaires fascistes assiégeaient celui-ci. Le ministère de la justice a inculpé le chef du groupe paramilitaire Oath Keepers, Stewart Rhodes, ainsi que 10 autres membres de sa milice pour conspiration séditieuse la semaine dernière.

Le jour même où Flynn en a appelé àla loi martiale pour «  refaire  »l’élection, Giuliani a appeléle second plus haut responsable du ministère de la sécurité intérieure, Ken Cuccinelli, et a demandé « si le [ministre] pouvait saisir les machines à voter  », selon le New York Times. Il y a eu d’autres révélations sur les machinations pseudo juridiques de Giuliani et Powell dans des reportages récents du Washington Post et de CNN. Citant « trois sources qui ont une connaissance directe du système  », CNN a rapporté que Giuliani a personnellement dirigé un effort de sept États pour faire pression sur les législateurs des États et les responsables du parti républicain afin qu’ils soumettent aux Archives nationales des listes illégitimes d’électeurs pro-Trump.

De fausses listes ont été soumises par des loyalistes de Trump au Michigan, en Pennsylvanie, au Nouveau-Mexique, en Géorgie, en Arizona, au Wisconsin et au Nevada.

Dans un enregistrement obtenu par CNN, Meshawn Maddock, coprésidente du parti républicain du Michigan, s’est vantée non seulement de son rôle de fausse électrice, mais aussi de son étroite coordination avec la campagne Trump.

' Nous nous sommes battus pour asseoir les grands électeurs  », a-t-elle déclaré lors d'un événement public la semaine dernière, selon CNN. «  La campagne Trump nous a demandé de le faire.  »

Meshawn et son mari, Matt Maddock, représentant de l’État du Michigan, ont été d’ardents partisans du « grand mensonge  »de Trump. Le couple a participé à l’attaque du 6  janvier, aidant à organiser le transport en bus des petits soldats de Trump.

Les Maddock sont également profondément impliqués dans le complot d’assassinat contre la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, démasqué par le FBI et les procureurs du Michigan  au début d’octobre 2020. Comme l’a expliqué notre journaliste Eric London, Matt Maddock a organisé de nombreuses collectes de fonds et réunions au magasin Huron Valley Guns. En plus d’employer Paul Edward Bellar, un ancien militaire inculpé dans le complot contre Whitmer, ce magasin a reçu des milliers de dollars de contrats gouvernementaux pour le FBI et l'administration des douanes.

Le lendemain de la révélation du complot fasciste contre Whitmer, le WSWS a écrit  :

Le plan qu'avait Trump pour le jour de l’élection ne fait plus de doutes. Dans les États « champ de bataille  »qui soutiennent Biden, Trump se proclamera faussement victime de fraude électorale, déploiera des groupes violents pour intimider les électeurs, s’emparer des bâtiments qui abrittent les assemblées élues et éliminer les opposants politiques. Des partisans armés déclareront le vote invalide ou obligeront les législatures des États à certifier des listes électorales pro-Trump. Le Michigan, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et le Wisconsin ont des gouverneurs démocrates et des législatures contrôlées par les républicains et seront donc la cible centrale de ce complot.

Le 6 janvier 2021 a été un coup d’État fasciste qui est passé à quelques minutes d’atteindre ses objectifs. La prise d’assaut et l’occupation du Capitole par des loyalistes de Trump n’étaient ni un acte de violence aléatoire ni une «  visite touristique  »sans conséquence qui auraient été présentées d'une manière exagérées. C’était le point culminant d’une stratégie politique bien définie, orchestrée par Trump et exécutée par ses partisans dans le Parti républicain et le gouvernement américain.

Malgrédes révélations continues impliquant Trump, ses avocats et certains politiciens républicains dans tout le pays, pas un seul des principaux architectes et comploteurs n’a été arrêté. Plus d’un an après que Trump et les Républicains aient tenté d’empêcher Biden d’accéder à la présidence, ce dernier, qui a fait toute sa carrière au Parti démocrate, s’est dit choqué, lors de sa conférence de presse de mercredi soir, que le Parti républicain, avec ses fascistes et ses insurgés, bloque ses droits de vote et ses timides projets de loi sur la protection sociale.

Comme David North l’avait annoncé au lendemain du coup d’État manqué de Trump  : « Les événements du 6 janvier 2021 doivent être considérés comme un avertissement. La classe ouvrière doit élaborer une stratégie politique et un plan d’action pour faire échec aux futurs efforts visant à imposer une dictature. »

La lutte pour garantir les droits démocratiques ne peut être laissée aux démocrates, un parti de Wall Street et de la CIA. Les démocrates préfèrent capituler devant leurs « amis républicains  »fascistes plutôt que de risquer de démasquer la pourriture au stade terminal qui a infecté l’ensemble de l’État capitaliste.

La seule force sociale capable de vaincre le tournant de la classe dirigeante vers la dictature et d’éliminer la menace fasciste est la classe ouvrière américaine et internationale, mobilisée et unie sur la base d’un programme socialiste révolutionnaire.

(Article paru d’abord en anglais le 22 janvier 2022)

Loading