Dans un contexte de crise croissante, le Parti communiste chinois reconduit Xi Jinping à la tête du pays

Le congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui doit débuter le 16  octobre, a lieu alors que la Chine est confrontée à des crises croissantes sur tous les fronts. À l’intérieur, l’économie a connu un ralentissement spectaculaire, entraînant une hausse du chômage, notamment chez les jeunes, et de fortes tensions sociales. À l’extérieur, les États-Unis intensifient leur confrontation agressive avec elle sur tous les fronts – diplomatique, économique et militaire.

Des soldats portant des masques descendent les marches du Grand Hall du Peuple à Pékin, le lundi  26  septembre 2022. Le Parti communiste chinois, au pouvoir depuis longtemps, a fixé au 16  octobre son 20e  congrès, au cours duquel son leader, Xi Jinping, devrait se voir confier un troisième mandat de cinq ans. [AP Photo/Ng Han Guan] [AP Photo/Ng Han Guan]

Le congrès du PCC, qui a lieu tous les cinq ans, sera un congrès de crise. On s’attend à ce qu’il rompe avec les pratiques antérieures et installe Xi Jinping pour un troisième mandat en tant que secrétaire général du parti et donc de président du pays. Xi Jinping avait préludé à ce changement, quand, en 2018, l’Assemblée nationale populaire avait modifié la constitution du pays et supprimé la précédente limite de deux mandats de président et de vice-président, en vigueur depuis 30 ans.

Les médias américains et occidentaux regorgent de spéculations sur les machinations internes du PCC et sur la réinstallation ou non de Xi. Dans un article intitulé «La Chine devient une “serre” d’intrigues avant le congrès crucial du Parti communiste», paru dans le Guardian,on évoquait des rumeurs de coup d’État militaire circulant sur les réseaux sociaux, pour quasiment les rejeter ensuite comme infondées. Des rumeurs apparemment fondées sur rien d’autre qu’un grand nombre d’annulations de vols et des vidéos non sourcées de véhicules militaires.

Le Guardian a, comme d’autres médias, pris note de la condamnation le mois dernier de hauts fonctionnaires chinois pour corruption, qu’il décrit comme «l’une des plus grandes purges politiques chinoises depuis des années». Parmi les personnes emprisonnées figurent l’ex-vice-ministre de la sécurité publique Sun Lijun, l’ex-ministre de la justice Fu Zhenghua, et les anciens chefs de la police provinciale de Shanghai, Chongqing et Shanxi. Ceux qui furent condamnés ont été accusés de faire partie d’une clique déloyale envers Xi.

La Observer Research Foundation, dont le siège est en Inde, a indiqué que Sun et Fu étaient des personnalités importantes de l’establishment sécuritaire ultra-sensible de la Chine. Fu a été étroitement impliqué dans la campagne anti-corruption de Xi, que ce dernier avait utilisée pour faire tomber des rivaux politiques clés. Fu a joué un rôle déterminant dans l’enquête sur Zhou Yongkang, ex-chef de la sécurité du pays et membre du comité permanent du Politburo du parti, condamné pour corruption en 2015.

L’appareil du PCC est criblé de haut en bas d’une corruption qui s’est massivement développée à partir de 1978, à mesure que le régime présidait à la restauration du capitalisme, au pillage des entreprises publiques et à la domination de tous les aspects de l’économie par le marché. Mais les accusations de corruption contre de hauts responsables sont invariablement le moyen de régler à huis clos les conflits entre factions. Avant l’installation de Xi comme secrétaire général en 2012, Bo Xilai, secrétaire du parti de Chongqing et rival potentiel pour ce poste, fut détenu et condamné pour corruption.

Il est clair que l’attention portée par les médias aux tensions internes du PCC reflète l’intention de Washington d’exploiter toute division au sein du régime chinois en vue d’affaiblir et de fracturer la Chine, qu’il considère comme la principale menace à la domination mondiale des États-Unis.

Le congrès du PCC se tient alors que s’accroît le danger de guerre mondiale. Alors même que le gouvernement Biden intensifie de façon irresponsable la guerre des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie – poussant le monde au bord de la guerre nucléaire, il aggrave de façon dramatique les tensions avec la Chine au sujet de Taïwan.

Pékin est très conscient que la Chine pourrait être entraînée dans l’extension de la guerre menée par les États-Unis en Ukraine et que les objectifs de guerre de Washington impliquent l’affaiblissement et la subordination non seulement de la Russie, mais encore de la Chine. Malgré une pression internationale intense, Pékin n’a pas condamné l’invasion russe de l’Ukraine.

Le seul déplacement international de Xi depuis l’apparition de la pandémie de COVID-19 fut sa participation, le mois dernier, au sommet de deux jours de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en Ouzbékistan. Il y a rencontré le président russe Vladimir Poutine, qu’il qualifia de «vieil ami» et déclara que la Chine collaborerait avec la Russie «pour injecter de la stabilité et une énergie positive dans un monde secoué par le chaos».

Poutine a indirectement reconnu les craintes de Pékin d’une escalade de la guerre. «Nous apprécions hautement la position équilibrée de nos amis chinois en ce qui concerne la crise ukrainienne», a déclaré Poutine. «Nous comprenons vos questions et vos inquiétudes à ce sujet».

Le gouvernement Biden a non seulement intensifié le renforcement militaire américain et les provocations contre la Chine dans la région Inde-pacifique, mais il a maintenu les vastes sanctions et interdictions commerciales imposées au pays par Trump. Dans un contexte d'instabilité financière et économique croissante dans le monde, ces mesures commerciales punitives ont contribué au ralentissement spectaculaire de l'économie chinoise.

Selon les dernières prévisions de la Banque mondiale, l’économie chinoise ne devrait croître que de 2,8  pour cent en 2022, ce qui est bien inférieur à l’objectif officiel de 5,5  pour cent fixé par la Chine. Dans un contexte d’endettement croissant, l’économie est également en proie à l’instabilité financière, en particulier dans le secteur immobilier, où d’énormes sociétés comme Evergrande risquent la faillite.

La restauration du capitalisme par le PCC s’accompagnait de l’affirmation qu’elle apporterait une prospérité qui assurerait le bien-être de tous. Le PCC a donné un taux de croissance de 8  pour cent comme référence pour atteindre un faible taux de chômage et la stabilité sociale. Le taux de chômage officiel, qui ne couvre que les zones urbaines, a légèrement diminué pour atteindre 5,4  pour cent en juillet, mais le taux de chômage des jeunes a atteint le niveau record de 19,9  pour cent.

Les crises intérieures et géopolitiques auxquelles la Chine est confrontée alimentent sans aucun doute les tensions au sein de l’appareil du PCC. Certains ont critiqué Xi, affirmant qu’il aurait dû être plus conciliant envers les États-Unis et ouvrir davantage l’économie chinoise aux investissements étrangers. Mais sur les réseaux sociaux, des voix nationalistes virulentes plaident en faveur de réponses militaristes.

Le gouvernement est également soumis à une pression croissante, tant à l’international que de la part des milieux d’affaires et des classes moyennes, sur lesquels le PCC s’appuie de plus en plus, pour assouplir des restrictions anti-COVID qui ont permis d’éviter des millions de morts.

Cependant, au milieu de l’escalade des tensions, Xi a apparemment renforcé son emprise sur le pouvoir et pris en charge la supervision de tous les domaines de la politique gouvernementale. Cela inclut l’économie qui, par le passé, était largement du ressort du Premier ministre. Li Keqiang, qui fut installé comme Premier ministre en même temps que Xi et fut assimilé aux plans de restructuration pro-marché renforcée de la Banque mondiale, a été largement mis sur la touche. On s’attend à ce qu’il soit écarté de la haute direction lors du prochain congrès.

Xi, en revanche, est désormais régulièrement désigné comme le «cœur» du gouvernement et du parti. Il est bien possible qu’il reçoive accolades et titres nouveaux au congrès. Mais sa position apparemment incontestable ne vient pas d’une quelconque force inhérente à l’individu ou au PCC en général. Au contraire, dans des conditions de tensions de classe aiguës, on l’a mis au sommet pour présider aux factions concurrentes, règler les disputes et empêcher que les divisions ne fassent exploser parti et gouvernement.

Dans un article de perspective de 2018 intitulé « La prise de pouvoir de Xi Jinping: un bonapartisme aux caractéristiques chinoises », le WSWS expliquait:

«L’émergence de Xi en tant qu’homme politique fort de la Chine n’est pas une fonction de ses caractéristiques personnelles, mais reflète avant tout les tensions sociales extrêmes qui secouent le pays. Devant une économie qui se détériore et la perspective de bouleversements sociaux, la bureaucratie chinoise cherche désespérément à consolider ses forces autour de la figure de Xi – une forme de pouvoir que les marxistes ont classiquement qualifiée de bonapartiste».

Comme l’explique l’article, le bonapartisme est un équilibre intrinsèquement instable et temporaire des forces de classe. Si tous les signes indiquent que Xi sera installé au prochain congrès comme leader suprême de la Chine pour cinq années supplémentaires, son avenir et celui du PCC même sont loin d’être certains. Au milieu de la marée montante des luttes de classes à l’international, la réémergence de la classe ouvrière chinoise fera voler en éclats la force illusoire du régime. La question cruciale pour les travailleurs, en Chine comme au plan international, est la construction de la nécessaire direction socialiste révolutionnaire capable de diriger ces luttes.

(Article paru d’abord en anglais le 3  octobre 2022)

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