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La chute du dollar américain soulève des questions sur la stabilité mondiale

Par Nick Beams
2 mai 2006

Était-ce le premier faux pas du Président de la Réserve fédérale américaine, Bernard Bernanke, ou sommes-nous en train d'assister à un changement majeur sur les marchés monétaires internationaux? Telle a été la question soulevée dans les milieux financiers la semaine dernière alors que le dollar subissait une chute face à toutes les principales monnaies.

Le dollar a atteint son niveau le plus bas en trois mois face au yen et son plus bas niveau en presque un an face à l'euro. Cette chute s'est produite après que Bernanke eut indiqué que la Réserve fédérale pourrait envisager, lorsque son comité de direction se rencontre plus tard ce mois, de ne plus augmenter les taux d'intérêts après une hausse anticipée de 0,25 pour cent.

S'adressant au Comité économique du Congrès jeudi dernier, Bernanke a déclaré: «À un certain moment dans le futur, le comité pourrait décider de ne rien entreprendre à une ou plusieurs réunions afin de se laisser plus de temps pour recevoir des informations pertinentes à la situation générale.»

Depuis le début de sa politique de resserrement des taux en juin 2004, la Réserve fédérale a augmenté le taux de base 15 fois, soit de 1 à 4,75 pour cent. Si la Réserve fédérale entreprenait une hausse supplémentaire jusqu'à 5 pour cent, cela signifierait que le taux de base se situerait à environ 3 pour cent de plus que le taux d'inflation sous-jacent. Un véritable taux de base de 3 pour cent est considéré comme étant neutre, n'entraînant ni inflation, ni ralentissement économique.

Même avant les commentaires de Bernanke, il était clair dans le procès-verbal de la réunion sur la politique économique de la Réserve fédérale en mars dernier que la politique de resserrement de taux n'en avait plus pour longtemps. Quelques membres ont d'ailleurs «exprimé de l'inquiétude quant aux dangers d'un resserrement excessif.»

Même si le dollar perd du terrain de façon constante depuis le début de l'année, après avoir subi une hausse de valeur face aux principales monnaies l'année précédente, les commentaires de Bernanke ont déclenché une augmentation du taux de sa chute.

Comme un des stratégistes d'une firme de courtage de New York l'a expliqué, «Bernanke a enterré le dollar cette semaine. Si on enlève la politique d'appui au dollar au moyen du taux d'intérêt, il ne reste plus grand chose pour le soutenir».

Ce point de vue était aussi celui du responsable mondial de la stratégie du change chez ABN Amro, Tony Norfield. «Je crois que c'est la fin, a-t-il déclaré au Sunday Times de Londres. Le dollar a été soutenu par les hauts rendements mais les marchés disent maintenant que ce n'est plus assez. La question que se posent ceux qui font les politiques est comment gérer le déclin du dollar.»

L'impact qu'aurait sur le dollar un assouplissement monétaire aux États-Unis est augmenté par le resserrement général des taux d'intérêt dans le reste du monde. La semaine dernière, la Banque centrale de Chine a annoncé une augmentation de son taux de base de 0,27 pour cent pour atteindre 5,85 pour cent. Au même moment, la Banque du Japon, qui a indiqué l'espoir de pouvoir mettre un terme à sa politique du taux d'intérêt nul vieille de plusieurs années afin d'adopter un régime plus normal, a déclaré qu'elle considérait l'inflation plutôt que la déflation comme le scénario le plus probable dans un proche avenir.

La Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre devraient toutes les deux augmenter leurs taux d'intérêt dans un avenir proche plutôt que les diminuer.

De plus hauts taux d'intérêt dans le reste du monde signifient que les fonds vont avoir tendance à sortir des actifs américains à la recherche de meilleurs taux de rendement ailleurs. Mais un tel mouvement pourra engendrer une instabilité financière majeure à cause de l'immense déficit du compte courant américain. Les derniers chiffres à ce sujet indiquent qu'en 2005, le déficit du compte courant des États-Unis a atteint 804,9 milliards de dollar, soit 6,4 pour cent du produit intérieur brut (PIB). En 2004, ce déficit était de 668,1 milliards ou 5,7 pour cent du PIB.

Le déficit continuant de croître, Bernanke a averti qu'il y avait un «petit risque de changement soudain de sentiment qui pourrait mener à des changements dérangeants de la valeur du dollar».

L'ampleur du problème est indiquée par le fait qu'au cours du dernier trimestre 2005, le déficit américain de la balance des paiements a atteint un niveau annuel de $900 milliards, montant qui dépasse le PIB de tous les pays dans le monde sauf neuf.

Dans une récente allocution à la Banque de réserve de l'Inde, l'ancien secrétaire au Trésor Lawrence Summers a souligné que la transformation des États-Unis, la plus grande puissance économique du monde, en le plus grand débiteur du monde, a mené à une série de processus économiques qui sont «sans précédent dans l'histoire». Au lieu de fournir du capital au reste du monde, les États-Unis absorbent en fait les épargnes mondiales afin de financer son déficit de la balance des paiements.

Au total, le déficit, qui mesure le surplus des dépenses internationales des États-Unis par rapport aux revenus, équivaut à environ 2 pour cent du PIB global. Cela signifie que si le bilan négatif de la balance des paiements était réduit de façon substantielle sans une hausse correspondante de la demande ailleurs, le monde entrerait dans une sévère récession.

Jusqu'à présent, le déficit américain a été maintenu grâce à un influx de fonds provenant des supposés «marchés émergeants». Mais selon Summers, leurs réserves ont augmenté de 500 milliards de dollars en 1999 à plus de 2000 milliards de dollars aujourd'hui, soit environ 1500 milliards de plus que ce qui serait nécessaire pour assurer une stabilité des taux de change.

Summers a qualifié de «insupportable et dangereux» le déficit du compte courant américain et averti que «des ajustements substantiels dans d'autres parties du monde» seraient nécessaires pour le faire baisser «sans provoquer une récession». Il faut, selon lui, une «stratégie globale pour faire baisser le déficit actuel du compte courant américain sans risque excessif pour la croissance mondiale».

Une telle stratégie demanderait une coordination et une collaboration économiques sur une échelle internationale dépassant de loin tout ce qui a pu exister dans le passé. Les grandes puissances ne se dirigent pourtant pas vers une plus grande coopération, mais vers des conflits plus intenses. Les assemblées du G7 et du G8 où se réunissent les plus importantes nations industrielles du monde ressemblent de plus en plus à des séances photos, les sentiments protectionnistes sont en hausse tant aux États-Unis qu'en Europe, et les tensions commerciales augmentent comme en atteste l'impossibilité de parvenir à un accord aux négociations commerciales de la ronde Doha.


 

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