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WSWS : Nouvelles et analyses : Moyen-Orient

Cheney au Moyen-Orient pour attiser les tensions avec l’Iran

Par Peter Symonds
28 mars 2008

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Le thème principal du voyage maintenant terminé du vice-président américain au Moyen-Orient était l’obtention du soutien pour la position menaçante de l’administration Bush contre l’Iran. Décrivant Téhéran comme le « nuage noir » qui plane au-dessus de la région, Cheney n’a laissé aucun doute que l’administration Bush n’a pas renoncé dans sa menace de considérer toutes les options, y compris la militaire.

Dans ses déclarations publiques, Cheney a répété le mélange de mensonges et de demi-vérités sur le programme nucléaire de l’Iran et son soutien au « terrorisme » utilisé pour justifier les sanctions contre Téhéran et menacé ce dernier de frappes militaires. En privé, particulièrement en Israël, les conversations ont sans l’ombre d’un doute porté de façon plus précise sur les plans contre l’Iran de l’administration Bush.

Tous les pays visités pendant ce voyage de neuf jours, l’Irak, l’Afghanistan, l’Arabie saoudite, l’Israël, les Territoires occupés et la Turquie sont des alliés clés des Etats-Unis dans la région ou bien joueraient un rôle crucial dans une attaque contre l’Iran. La visite d’Oman est particulièrement menaçante, puisque non seulement ce pays offre-t-il un soutien logistique à l’armée américaine dans la région, mais étant situé sur la rive sud du stratégique détroit d’Hormuz. Ce plan d’eau étroit du golfe Persique est au centre des préoccupations des planificateurs militaires au Pentagone dans tout conflit avec l’Iran.

Dans son voyage d’une durée de deux jours en Israël le week-end dernier, Cheney a rencontré des personnalités politiques importantes de l’Israël ainsi que des dirigeants palestiniens. Alors que la visite en Israël avait originalement pour but de renforcer le processus de paix que les Etats-Unis tentent de redémarrer, aucune initiative n’a été annoncée et aucun progrès ne fut fait. Plutôt, Cheney a utilisé cette occasion pour accuser l’Iran et la Syrie de « faire tout ce qui était en leur pouvoir pour torpiller le processus de paix ».

Cheney a été très clair, toutefois, sur le fait que l’administration Bush ne fera rien pour restreindre les attaques provocantes de l’Israël dans la bande de Gaza et la Cisjordanie ainsi que le reste de la région. Prenant la parole lors d’une conférence de presse aux côtés du premier ministre Ehoud Olmert, le vice-président a déclaré : « Les États-Unis sont déterminés et inébranlables sur la question de la sécurité d’Israël… Les Etats-Unis n'exerceront jamais de pression sur Israël pour qu'il prenne des décisions menaçant sa sécurité. »

Lors d’une entrevue qu’il a accordée à ABC News lundi dernier, Cheney a encore une fois pointé la menace que posait l’Iran, déclarant son inquiétude sur « leur appui à Hezbollah, leurs tentatives, en utilisant les Syriens, par exemple, pour intervenir dans le processus politique au Liban. Ils ont appuyé le Hamas avec l’intention, je crois, de tenter de faire cesser le processus de paix.

« De façon évidente, ils tentent avec énergie de développer un programme d’enrichissement d’armes nucléaires, d’enrichir l’uranium au degré nécessaire pour son utilisation militaire. Si on rassemble tous les morceaux et qu’on prend en compte l’ensemble des activités dans lesquelles l’Iran est impliqué, cela est très dérangeant pour plusieurs dirigeants de la région. »

Il n’y a aucune preuve que l’Iran tente de produire de l’uranium suffisamment enrichi pour être utilisé militairement. Le régime iranien a nié à plusieurs reprises qu’il cherchait à construire une bombe nucléaire. Ses usines d’enrichissement continuent à être inspectées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui a rapporté que l’uranium n’a été que faiblement enrichi et au niveau requis par les réacteurs nucléaires iraniens.

Cheney, naturellement, n’a pas présenté une seule preuve que l’Iran a un programme secret d’armes nucléaires. Comme le mensonge délibéré que Bush avait fait la semaine passée en déclarant que le gouvernement iranien avait « déclaré qu’ils veulent l’arme nucléaire pour détruire des populations, dont certaines au Moyen-Orient », les remarques de Cheney avaient pour objectif d’aviver les tensions.

En coulisse, Cheney a clairement discuté de la possibilité d’une attaque militaire contre l’Iran avec des soldats israéliens. Alors que le vice-président américain a fait preuve d’une certaine retenue, ces vis-à-vis israéliens n’avaient pas ces contraintes. Le dirigeant de l’opposition Benjamin Netanyahu a été le plus cru, déclarant à la presse israélienne : « Je lui ai parlé de la nécessité de mettre un terme à la menace iranienne avant que [Téhéran] n’obtienne la bombe nucléaire. »

Le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, aurait prétendument dit à Cheney que l’Israël soutenait les sanctions financières contre l’Iran, mais « que toutes les options devaient rester sur la table ». Après sa rencontre avec Cheney, le président israélien Shimon Peres a critiqué les Etats-Unis et l’Europe pour ignorer le développement de missiles balistiques par l’Iran. « En développant des missiles avec des ogives nucléaires, l’Iran n’a que pour seules intentions de détruire l’Israël et de menacer le monde entier », a dit Peres.

L’Iran était aussi prioritaire dans les discussions avec l’Arabie saoudite. La monarchie saoudienne est une rivale de longue date du régime iranien, en compétition avec ce pays pour l’influence dans la région. Au cours des derniers mois toutefois, la monarchie saoudienne a reçu le président iranien Mahmoud Ahmadinejad à plusieurs occasions. On trouvera un facteur expliquant cette approche plus conciliante dans la publication en décembre dernier du Rapport du renseignement national (NIE en anglais) réalisé par les agences du renseignement américain qui concluait que l’Iran avait mis fin à son programme d’armement nucléaire en 2003.

A Oman, Cheney a dans les faits rejeté les conclusions du NIE, déclarant qu’on ne savait pas si l’Iran avait recommencer ou nom son programme d’armement nucléaire. Il n’y a aucun doute qu’il a répété un message semblable en Arabie saoudite dans le but de faire taire toute suggestion qu’après le NIE, les Etats-Unis réduiraient leur menace militaire contre l’Iran. Cheney a eu de longues discussions avec le roi Abdullah sur plusieurs questions, y compris l’Iran et le marché mondial de l’énergie. Washington cherche à ce que l’Arabie saoudite augmente sa production de pétrole, non seulement pour faire diminuer les prix mondiaux, mais encore il cherche à amoindrir l’impact que pourrait avoir une confrontation militaire avec l’Iran sur les approvisionnements en énergie.

Le dernier pays visité fut la Turquie. Cheney a déclaré une fois encore qu’il était inquiet du programme nucléaire de l’Iran lors d’une rencontre avec le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Il a aussi rencontré le président turc Abdullah Gul et le chef de l’armée turque Yasar Buyukanit. Rien n’a filtré sur les discussions que Cheney a eu avec ces personnes, qui comprenaient une demande des Etats-Unis pour que la Turquie envoie des troupes en Afghanistan, l’approvisionnement en énergie et l’incursion militaire turque du mois passé au nord de l’Irak contre le Parti ouvrier du Kurdistan (PKK), un parti séparatiste.

Washington s’inquiète de ce que son allié de l’OTAN ait établi des liens économiques et politiques plus étroits avec l’Iran. Les forces turques et iraniennes ont coopéré au cours de la dernière année dans des opérations contre les rebelles kurdes au nord de l’Irak. Cheney a réitéré le soutien des Etats-Unis pour les actions turques contre le PKK, mais attendait un retour d’ascenseur d’Ankara, sur la question de l’Iran en particulier. A tout le moins, en augmentant les tensions avec l’Iran, les Etats-Unis forceront la Turquie et d’autres alliés à y penser deux fois plutôt qu’une avant de développer leurs relations avec Téhéran.

La nature précise des discussions de Cheney au Moyen-Orient à propos des plans de guerre de l’administration Bush est inconnue. Mais un échange plutôt inquiétant a eu lieu lundi lors d’une table ronde entre Cheney et les membres de la presse à Jérusalem.

Comme dernière question, un journaliste américain a demandé : « Vous avez dit, lorsque vous étiez au côté du premier ministre Olmert, que vous ne feriez jamais quelque chose qui menacerait leur propre sécurité. Et je me demande, s’ils venaient vous voir, vous et le président et disaient, nous devons frapper l’Iran afin de maintenir notre propre sécurité, tenteriez-vous de les arrêter ? »

Après que Cheney eut rejeté la question pour être hypothétique, le journaliste a répondu en demandant : « Vous l’ont-ils [demander] ? » Encore une fois, Cheney rejette la question comme étant hypothétique, mais n’a pas carrément nié la suggestion. Tout cet échange était accompagné d’éclats de rire.

Tous ceux présents étaient bien au fait qu’un tel scénario est loin d’être hypothétique. Israël a fréquemment averti qu’il ne permettrait pas à l’Iran de développer sa capacité nucléaire et la question a bien pu être discutée avec Cheney durant sa visite.

(Article original anglais paru le 26 mars 2008)

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