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Marée noire dans le golfe du Mexique: pourquoi BP commande-t-il les opérations

Par Tom Eley
30 mai 2010

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Les agissements criminels de BP qui ont conduit à l’explosion de la plateforme de forage Deepwater Horizon et furent documentés lors d’une récente audition parlementaire, ainsi que l’incompétence et la cupidité de la réponse du trust à la marée noire qui s’en est suivie, ont provoqué une colère grandissante dans la population. Des millions de gens se demandent pourquoi on ne leur a pas encore montré les images télévisées de dirigeants menottés et embarqués dans des voitures de police, leurs passeports confisqués et leur fortunes saisies, et toutes les vastes ressources de BP consacrées à stopper la marée noire et à nettoyer le golfe du Mexique.  

Mais l’administration Obama insiste au contraire, depuis le début des événements, pour que BP garde le contrôle du site de la fuite et des opérations de nettoyage. Seul BP a l’« expertise »  nécessaire à traiter cette fuite, ont constamment répété les responsables de l’administration.

Chose absurde à première vue. Cela revient à donner à celui qui a perpétré le crime le contrôle des lieux du crime – au prix de la perte de dizaines de milliers d’emplois et d’une catastrophe environnementale et écologique d’une ampleur sans précédent.

Le géant pétrolier a trébuché d’un désastre à l’autre dans sa tentative de stopper l’hémorragie au fond de l’océan, à 50 miles des côtes de la Louisiane, ses opérations étant à chaque instant fatalement compromises par sa préoccupation avec le profit, préoccupation qui domine toutes les autres sous le capitalisme. Tout comme le désastre de la plateforme Deepwater Horizon fut créé par la recherche aveugle du profit, la réponse de BP à la marée noire a été subordonnée à la défense de cette ligne de base.

Après l’explosion, BP a pendant près d’un mois dissimulé la preuve visuelle contredisant son affirmation selon laquelle l’impact de la fuite de pétrole serait « très très modeste ». La formule est du directeur général de BP, Tony Hayward et date de la semaine dernière.

Des milliers de pêcheurs des côtes du golfe du Mexique ont été privés de leur emploi par la marée noire ; beaucoup d’entre eux n’ont aucun accès à une allocation chômage. Eux et leurs bateaux sont prêts à rejoindre les opérations de nettoyage, mais BP n’a embauché qu’un faible partie d’entre eux et d’abord à condition que les pêcheurs renoncent à leur droit de poursuive BP en dommages-intérêts.

BP a utilisé environ 3 millions de litres du dispersant chimiques Corexit, plus toxique et moins efficace que d’autres dispersants aisément disponibles sur le marché. Le seul avantage apparent de Corexit et que la société qui le vend, Nalco, est dominée par des directeurs ayant d’étroites relations avec BP et Exxon.

Des mesures plus efficaces pourraient être prises pour contenir et éliminer le pétrole – par exemple en déployant des boudins absorbants qui aspirent le pétrole plutôt que des boudins en plastique qui permettent  au pétrole de passer en dessous et au dessus, où en créant des îles faisant office de barrières le long des côtes du golfe. Mais ces possibilités, ainsi que d’autres, ont été écartées à cause de leur coût.

BP affirme qu’il a dépensé jusque-là 760 millions de dollars en rapport avec la fuite. Même si cela était vrai, c’est là une somme relativement modeste. Peter Hitchens de Panmere Gordon dit au Wall Street Journal que BP pouvait « facilement absorber » 20 milliards de dollars en coûts liés à la fuite. « BP aura tendance à considérer cela comme une somme unique » dit-il.

De même que Transocean, le propriétaire et l’opérateur de Deepwater Horizon, a récemment versé un milliard de dollars en dividendes à ses actionnaires au moment même où il allait devant les tribunaux pour faire limiter à 27 millions de dollars sa responsabilité financière vis-à-vis des ouvriers blessés et des familles des onze ouvriers tués dans l’explosion, la marée noire ne va probablement pas non plus affecter les versements de BP à ses propres actionnaires.

L’insistance de l’administration Obama pour que BP garde le contrôle des opérations alors que le désastre augmente de jour en jour, est une cause de nervosité dans les milieux dirigeants. Le Sénateur Lamar Alexander du Tennessee dit à une chaîne d’information télévisée durant le week-end que « selon la loi, le gouvernement fédéral peut prendre le contrôle [de la fuite] s’il le veut » et le stratège de longue date du Parti démocrate James Carville, de Louisiane, dit à Obama « Allez, tu dois descendre là bas et en prendre le contrôle, mettre quelqu’un à la tête de cette opération et faire avancer les choses ». « On est sur le point de mourir ici ».   

Les politiciens s’inquiètent d’un changement d’attitude dans la population quant à la marée noire. Selon le dernier sondage USA Today/Gallup, 60 pour cent des Américains sondés jugent la réaction de l’administration « médiocre ». Près des trois quarts disent la même chose de la réponse de BP.

Un trait constant de la réponse de l’administration Obama, qui est allée de la défense fanfaronne des forages en eau profonde durant les premiers jours suivant le désastre à une critique impuissante des intérêts patronaux impliqués, a été son insistance pour que BP garde le contrôle des opérations. Pourquoi ?

Durant les dernières décennies, le capitalisme américain s’est appuyé sur l’élimination presque complète de toutes les restrictions légales à la poursuite du profit. La déréglementation s’est étendue à toute l’économie, laissant les grands trusts industriels contrôler leur propre sécurité et leur propre prestation environnementale. Du secteur financier aux compagnies aériennes en passant par l’industrie énergétique, la déréglementation est devenue un désastre pour le peuple américain.

L’appareil gouvernemental tout entier, ses divers départements, les deux principaux partis politiques et leurs politiciens aux ordres se sont si bien intégrés à la structure du grand patronat et de Wall Street et sont si parfaitement soumis aux intérêts patronaux que toute imposition d’un contrôle gouvernemental est presque impensable.

Dans ces conditions, l’administration Obama craint que même un faible contrôle gouvernemental sur la marée noire n’ouvre la porte à des revendications populaires en faveur d’actions similaires pour d’autres secteurs de l’économie. Pourquoi, après tout, les intérêts financiers qui ont mené à l’effondrement de l’économique mondiale devraient-ils continuer à contrôler les opérations du « nettoyage » économique – au coût de billions de dollars de richesse publique ?

Le commandant des gardes-côtes américains, Thad Allen, posa la question centrale sans le vouloir lorsqu’il déclara lors d’une conférence de presse cette semaine que seul BP pouvait s’occuper de la marée noire, parce qu’il « possédait les moyens de production ». Mais pourquoi devrait-on permettre à BP, ou à toute autre société, de posséder des moyens de production qui sont le produit du travail collectif de la population travailleuse et de les utiliser entièrement au profit des fortunes privées de ses directeurs, des banques et des grands investisseurs.

En fait, la catastrophe du golfe du Mexique parle haut et fort pour qu’on retire les moyens de productions des mains des criminels qui ont causé cette marée noire.

On ne peut répondre à ce désastre que sur la base d’une estimation objective et scientifique de ce qui s’est réellement passé et de ce qui est requis afin de parer au dommage environnemental et économique. Cela exige une réponse sociale, mettant à l’œuvre de nombreux milliers de personnes, guidées par la meilleure connaissance scientifique disponible.

On peut facilement réunir les ressources nécessaires à un effort d’une telle envergure en saisissant les avoirs de BP, Transocean et Halliburton. Il faut confisquer les fortunes personnelles de leurs directeurs et entamer des poursuites judicaires pour crimes. 

Les grandes société énergétiques doivent, de même que les établissements financiers, être placés sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière et gérées de façon à satisfaire les besoins de la société plutôt que pour générer du profit privé. Ce n’est que sur cette base que les besoins en énergie de la population peuvent être satisfaits, à bon marché et d’une façon sûre.  

Si de telles mesures ne sont pas prises, il est certain que d’autres marées noires et d’autres catastrophes environnementales se produiront qui mettront finalement en cause la survie de la civilisation. Bref, la marée noire du Deepwater Horizon pose la nécessité urgente du socialisme.   

(Article original anglais publié le 27 mai 2010)

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