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WSWS : Nouvelles et analyses : Europe

Une réunion du NPA à Paris soutient la politique impérialiste concernant l’Egypte et la Tunisie.

Par Kumaran Ira et Alex Lantier
16 février 2011
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Des journalistes du WSWS ont participé le 6 février à Paris à une réunion du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) intitulée, « Tunisie-Egypte, de la révolte à la révolution. » La réunion a souligné la politique contre-révolutionnaire de l’« extrême gauche » officielle française dont la réaction à ces luttes reprend celle du ministère des Affaires étrangères des puissances impérialistes.

Parmi les intervenants, il y avait Wassim Azreg, qui avait apparemment accompagné Olivier Besancenot lors de son récent voyage en Tunisie (Voir : « Le garçon de courses de l’impérialisme français : Olivier Besancenot du NPA en visite en Tunisie »), et Vanina Giudicelli, membre de la direction nationale du NPA, présentée comme une spécialiste du Moyen-Orient.

Les organisateurs ont donné le ton de la réunion lorsqu'ils ont annoncé ne pas vouloir la faire durer plus d'une heure environ de façon à ce que les personnes présentes ne ratent pas le match de football France-Brésil.

En ce qui concerne la Tunisie – où le NPA espère que l’appareil d’Etat de la dictature de Ben Ali survivra à l’éviction du président Zine El Abidine Ben Ali – Azreg a défendu le régime intérimaire dirigé par un acolyte de Ben Ali, le premier ministre Mohamed Ghannouchi.

Il a brièvement parlé de la « liberté d’expression » qu’on « voit réellement… depuis la révolution » et des revendications populaires en faveur du contrôle de la hausse des prix, notamment du prix des denrées alimentaires, hausse causée par la politique de privatisation poursuivie depuis longtemps par le régime Ben Ali. Il a conclu en qualifiant la situation en Tunisie de « processus de la révolution » qui reste « à construire ».

En dépit des commentaires informes d’Azreg, les problèmes de la révolution en Tunisie ne sont pas aussi faciles à résoudre. Le régime tunisien a réussi à survivre au départ de Ben Ali en dépendant de Ghannouchi et des forces de l’ordre pour réprimer les protestations populaires en cours afin de garder le pouvoir. Bien que la classe ouvrière ait montré sa force en Tunisie, elle doit encore construire une direction politique révolutionnaire et des formes d’organisations indépendantes avant de pouvoir renverser le régime.

Mais, le NPA est hostile à la perspective de la révolution socialiste. En réponse à une question d’un journaliste du WSWS, Azreg a dit : « Dans un nouveau monde mondialisé avec les marchés financiers, une révolution basée sur la perspective marxiste… est hors de question et ne correspond pas à la réalité d’aujourd’hui. »

Azreg a laissé entendre que la révolution tunisienne était finie – alors même que la police tunisienne continue d’abattre des travailleurs qui manifestent. Il a dit : « Ce qui s’est passé en Tunisie c’est une révolution car maintenant il y a la liberté d’expression… la vraie révolution en fait, c'est que les gens ont réussi à faire chuter le régime. »

Plus tard, Giudicelli a mis en avant le même point de vue absurde et réactionnaire selon lequel la révolution tunisienne a essentiellement atteint son but en disant : « La Tunisie a réussi à faire la révolution et en Egypte, cela continue. »

En Egypte, le NPA est incertain quant aux forces sur lesquelles Washington, Paris et les autres puissances peuvent compter pour écraser les luttes de la classe ouvrière. En conséquence, il loue les groupes « d’opposition » officiels – tant les forces de « gauche » que les forces islamistes de droite telles les Frères musulmans – de façon à pouvoir collaborer avec toute coalition envisageable qui émergerait de la défaite de la révolution égyptienne.

Giudicelli a dit que le régime Moubarak était soutenu par les Etats-Unis mais que les « partis d’opposition dont les Frères musulmans constituent les forces représentant l’alternative à laquelle beaucoup participent. » En évaluant le nombre d’adhérents des Frères musulmans à plus de 500.000, elle a ajouté, « certains de leurs militants participent à la grève. »

C’est en fait une parodie de ce qui est en train de se dérouler. Tout en soutenant la dictature militaire égyptienne contre les luttes populaires de masse, Washington n’aurait pas d’objection à coopérer avec les Frères musulmans, avec divers groupes syndicaux ou autres partis « d’opposition. » Sa principale préoccupation est d’éviter une révolution sociale, de sauver le régime capitaliste et de construire un régime poursuivant la politique pro impérialiste de Moubarak au Moyen Orient.

En promouvant publiquement les Frères musulmans, un groupe islamiste qui a une longue histoire d’anticommunisme et de briseur de grèves en Egypte, le NPA confirme qu’il a définitivement rompu avec le socialisme et toute orientation vers la classe ouvrière.

Giudicelli a aussi encouragé les illusions les plus dangereuses sur le rôle de l’armée qu’elle loue pour avoir « fraternisé avec les peuples. » En fait, l’absence d’un parti politique qui mène une campagne systématique dans l’armée – pour rallier les soldats du côté des travailleurs en les arrachant aux officiers et au régime – représente des dangers immenses pour la révolution égyptienne.

Giudicelli a conclu en appelant à manifester pour « faire la pression sur le gouvernement français pour qu’il soutienne la population en Egypte. »

Cette proposition est totalement en faillite. Le gouvernement français va de pair avec ses autres alliés de l’OTAN, dont les Etats-Unis, qui visent à sauvegarder le capitalisme égyptien et le contrôle stratégique de l’impérialisme occidental au Moyen Orient. Si des manifestations étaient organisées sur la base de la perspective du NPA promouvant « l’opposition » officielle égyptienne, elles feraient le jeu de la stratégie des principales puissances : en rabibochant une nouvelle élite politique pour écarter un défi révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 11 février 2011)

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