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France: Meetings de campagne à Paris du président sortant et du candidat PS

Par Antoine Lerougetel et Johannes Stern
19 avril 2012

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Dans un duel de meetings de plein air à Paris dimanche dernier, le président sortant Nicolas Sarkozy et le candidat du Parti socialiste (PS) François Hollande ont tenté de donner un coup de pouce à leur campagne juste avant le premier tour de l'élection présidentielle du 22 avril. Sarkozy a pris la parole Place de la Concorde et le rassemblement de Hollande se tenait sur l'esplanade du Château de Vincennes.

Les deux parties ont prétendu avec exagération que 100 000 personnes avaient assisté à leur rassemblement.

Les sondages donnent à présent Hollande au coude à coude avec Sarkozy à 27 pour cent au premier tour. Mais Hollande garde toujours une nette avance sur le candidat sortant au second tour à 56 pour cent contre 44 pour cent.

Les deux principaux candidats ont à maintes reprises clairement fait part de leur intention d'appliquer les mesures d'austérité exigées par les marchés financiers et l'Union européenne après les élections. Ils se sont tous deux engagés à réduire à zéro le déficit de la France et à restructurer l'économie par des voies qui ne peuvent que conduire à l'appauvrissement accru de la classe ouvrière.

Dans son discours de samedi, Hollande a cherché à dissimuler son programme pro-austérité derrière des expressions populistes. «J'entends la colère contre la montée de l'injustice, les désordres du monde, le pillage de notre planète et le cynisme du marché, » a-t-il dit. Il a aussi déclaré qu'il serait « le président de la fin des privilèges. »

A moins d'une semaine avant le premier tour, Hollande est en train de s'adapter à la rhétorique de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, une alliance du Parti de gauche et du Parti communiste stalinien. Le soutien aux propositions de Mélenchon ne cesse de croître, comme par exemple à celle d'augmenter le salaire minimum et d'imposer une taxe sur la richesse. Les sondages le placent à 15 pour cent du scrutin.

L'objectif de Hollande est de gagner les électeurs du Front de Gauche, en se présentant comme l'unique alternative réaliste de « gauche » face à Sarkozy. Il a appelé les électeurs qui envisagent de voter pour Mélenchon au premier tour à « ne pas se réfugier dans des votes sans lendemains. » Il a dit: «Parce que je suis le candidat de la gauche qui doit diriger la France, je dois traduire ces colères en actes de gouvernement. »

Le fait que Hollande puisse en appeler, sur la base de son programme pro-austérité, aux électeurs de Mélenchon est un réquisitoire contre la politique de ce dernier et celle de l'ensemble de la « gauche » bourgeoise. Ces forces promeuvent les illusions que, en travaillant avec les syndicats, elles peuvent faire pression sur Hollande pour qu'il applique des réformes sociales.

Ces prétentions sont cyniques et fausses. Comme Sarkozy, Hollande est un candidat de la bourgeoisie française et des banques. Mélenchon lui-même est partisan de la politique droitière du défunt président François Mitterrand et du gouvernement de gauche plurielle du premier ministre Lionel Jospin et n'a aucune intention d'appliquer les mesures qu'il propose. En créant des illusions sur Hollande, Mélenchon et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) montrent clairement qu'en fait ils soutiennent le programme anti-ouvrier du Parti socialiste.

Mercredi dernier, Sarkozy a attaqué les propositions de Hollande de revenir partiellement sur certains aspects de ses mesures d'austérité, et qu'il compte effectuer en transférant des fonds d'autres budgets sociaux: «Si nous nous mettons à embaucher des fonctionnaires, si nous nous mettons à dépenser à nouveau, si nous remettons en question la réforme des retraites, ce n'est pas que les taux d'intérêt risquent d'augmenter, c'est une certitude. Cela initierait immédiatement une crise de confiance. » [retraduit de l'anglais]

Dimanche, Sarkozy a aussi tenté de se présenter en critique de la Banque centrale européenne (BCE) et de la politique de l'Union européenne, se rangeant en quelque sorte sur la rhétorique de son rival socialiste. Il a dit à ses partisans sur la Place de la Concorde: « Si la Banque centrale ne soutient pas la croissance, nous n'aurons pas assez de croissance. » Il a appelé à une dévaluation de l'euro, ou à «la possibilité d'avoir un taux de change plus attractif de l'euro pour dynamiser les exportations européennes. » Sarkozy a dit que si, au contraire, l'Europe « choisit la déflation, elle disparaîtra ; il faut se souvenir des années 30. »

Le Monde a commenté: « Nicolas Sarkozy a brisé le pacte du silence scellé avec Angela Merkel lors du sommet de Strasbourg du 24 novembre en présence de Mario Monti [Premier ministre technocrate imposé par l'UE.] Ne jamais évoquer la banque centrale européenne (BCE), mais la laisser faire.. »

Un économiste interviewé sur France Info lundi a dit qu'une telle politique n'était autre qu'une « Déclaration de guerre à l'Europe du nord, » qui cherche avant tout à éviter l'hyperinflation que l'activation de la planche à billet de la BCE menace de provoquer.

Sarkozy a cherché à détourner l'attention de la crise sociale dont il est l'instigateur au nom de la bourgeoisie par des appels au chauvinisme français. Il a dit à ses partisans qu'il ne laisserait pas le Parti socialiste dilapider l'héritage de « la France éternelle. »

Pour ne pas être en reste mais avec des appels au chauvinisme moins flagrants, a commenté le Nouvel Observateur, « Hollande rend hommage au drapeau qui ne doit pas flotter que dans les stades mais aussi dans les écoles, sur les centres de recherche et au fronton des institutions européennes. »

(Article original publié le 18 avril 2012)