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France: Le candidat socialiste, François Hollande, remporte l'élection présidentielle 

Par Kumaran Ira et Alex Lantier à Paris
8 mai 2012

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Le candidat du Parti socialiste (PS), François Hollande, a remporté dimanche le second tour de l'élection présidentielle en obtenant 51 pour cent des votes contre le président sortant de droite, Nicolas Sarkozy. Près de 81 pour cent des 46 millions d'électeurs français ont participé à l'élection.

Peu après l'annonce des résultats électoraux à 20 heures, Sarkozy a prononcé une brève allocution pour concéder sa défaite devant les militants rassemblés de l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Il a dit porter « toute la responsabilité » de cette défaite en souhaitant « bonne chance » à Hollande. Il a ajouté, « Je resterai l'un des vôtres [de l'UMP], je partage vos idées, vos conviction, votre idéal. Vous pourrez compter sur moi pour les défendre, mais ma place ne pourra plus être la même. »

Des sources de presse ont mentionné que l'on s'attend à ce que Sarkozy se retire, du moins publiquement, de la politique. L'année dernière, il était devenu le président le plus impopulaire depuis le début de la Cinquième république, en 1958, lorsque sa cote de popularité était tombée à 29 pour cent. On lui en veut d'entretenir des liens ostentatoires avec les riches et d'avoir appliqué la réduction des droits à la retraite et du droit du travail, d'avoir déclenché des guerres impopulaires et des attaques contre les droits démocratiques.

La victoire de Hollande reflète ce sentiment contre Sarkozy car les électeurs recherchaient un changement, alors même qu'au sein de la classe ouvrière le sentiment est que les deux candidats présentent peu de différences en termes de politique concrète. Ce qu'ils trouveront avec un gouvernement Hollande est, toutefois, non pas un changement mais une intensification des attaques contre de la classe ouvrière.

Après la victoire, Hollande a tenu son discours à Tulle, petite ville du Sud-Ouest de la France où il fut maire, de 2001 à 2008, tandis qu'il était simultanément premier secrétaire du PS.

Hollande a adressé un « salut républicain » à Sarkozy et proclamé vouloir être le « président de tous. » En affirmant que « c'en ét[ait] fini » avec les « ruptures » entre les citoyens français, il a exigé l'unité nationale pour le « redressement de notre production, la réduction de nos déficits et la préservation de notre modèle social. » Il a présenté un « rêve français » de « progrès » et une « longue marche » pour une meilleure vie.

S'adressant à « nos partenaires européens, l'Allemagne en tête, » il a dit que « l'austérité ne peut plus être une fatalité » et appelé à « donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, d'avenir. »

Ces phrases banales visent à dissimuler la réalité politique largement ressentie en France par les masses laborieuses durant la campagne électorale : Hollande et Sarkozy ont été des candidats quasiment impossible de différencier.

Hollande s'est présenté sur un programme droitier de réduction massive des budgets dans le respect du pacte fiscal de l'Union européenne tout en appelant à une « composante de soutien de la croissance » de cadeaux aux banques et aux entreprises stratégiques. Il a déclaré n'avoir aucune critique à formuler contre la politique étrangère de Sarkozy - qui inclut des guerres en Afghanistan, en Libye, en Côte d'Ivoire et maintenant en Syrie. Il a fait l'éloge du « modèle allemand » de réformes structurelles pour réduire drastiquement les coûts de main-d'ouvre et améliorer la compétitivité des entreprises françaises sur les marchés internationaux aux dépens des travailleurs.

Berlin, pour sa part, a clairement fait comprendre qu'il considérait les appels de Hollande en faveur de la « croissance » comme faisant partie de la volonté d'imposer davantage de mesures d'austérité à la classe ouvrière européenne. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a déclaré, « Nous allons travailler ensemble à un pacte de croissance pour l'Europe, dimanche, lors d'une courte visite à l'ambassade de France à Berlin après la victoire de François Hollande... Nous devons ajouter une nouvelle impulsion de croissance, cela passe par des réformes structurelles. »

La victoire serrée de Hollande sur Sarkozy souligne le fait que sa campagne n'avait pas suscité d'enthousiasme au sein de la classe ouvrière. Compte tenu notamment de la profonde impopularité de Sarkozy, il est d'autant plus révélateur que Hollande ait tout juste été capable de le vaincre.

Au moment de sa nomination en octobre comme candidat du PS à la présidentielle, Hollande n'avait surtout à son actif qu'une fonction de responsable au sein de la bureaucratie du PS. Ses opinions étaient relativement peu connues des électeurs. Au début, les sondages le donnaient à 62 pour cent contre 38 pour Sarkozy, puis il a progressivement perdu son avantage de 24 points. Il est tombé à 54 pour cent dans les sondages au moment du premier tour, alors que Sarkozy affichait une hausse.

Après le débat télévisé du 2 mai - durant lequel Hollande a adopté une position très droitière, promettant de respecter le pacte fiscal, de maintenir l'interdiction de la burqa, mise en place par Sarkozy, et d'interdire la viande halal - son soutien est tombé à 52,5 pour cent.

Le soutien pour Hollande a continué à baisser de façon visible jusqu'au jour de l'élection. Samedi, Hollande a reconnu être préoccupé en disant : « Si je n'envisageais pas la défaite, je ne serais pas dans l'état d'appréhension dans lequel je suis. »

Sa porte-parole de campagne, Najat Vallaud-Belkacem, avait fait remarquer, « Heureusement que la campagne ne dure pas une semaine de plus. »

Le grand nombre de sondages d'opinion réalisés souligne l'incertitude politique à laquelle sont confrontés les partis bourgeois en France, au moment où ils préparent de sévères attaques contre la classe ouvrière et qu'ils sont engagés à former un gouvernement sous Hollande. Les élections législatives auront lieu les 10 et 17 juin.

Hollande comptera sur le soutien des partis petits bourgeois de « gauche », dont le Front de Gauche et le Nouveau Parti anticapitaliste, qui avaient appelé à voter Hollande lors de cette élection et qui tentent de dissimuler les projets de Hollande en faveur d'une politique d'austérité.

Le dirigeant du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui avait recueilli 11 pour cent des voix au premier tour de l'élection, a salué la victoire de Hollande. « Sarkozy, c'est fini, enfin ! Ainsi est réglé le compte du fossoyeur des acquis sociaux et des services publics de notre République. Sa défaite est celle de son projet d'extrême-droitisation. Tout commence à présent pour la France et pour notre gauche. »

Mélenchon a indiqué que les membres de son Front de Gauche envisageraient d'accepter des postes ministériels sous le PS, si le PS remportait une majorité aux élections législatives et formait un gouvernement.

La conséquence du soutien pour Hollande des partis petits-bourgeois de « gauche » est que la dirigeante du Front National (FN), Marine Le Pen, qui a obtenu environ 18 pour cent des voix au premier tour, est en mesure de se présenter comme la candidate de l'opposition à l'austérité et à l'establishment politique largement détesté.

Elle s'est adressée aux journalistes à Hénin-Beaumont, l'un des nouveaux bastions du FN dans le Nord désindustrialisé de la France. Elle a dit, « J'avais clairement dit que je voterai blanc, je n'ai pas pour habitude de changer d'avis. Les deux candidats restants sont des siamois politiques, par conséquent, je n'attends pas grand-chose du résultat. »

Le FN espère obtenir un nombre substantiel de sièges à l'Assemblée nationale aux élections législatives, en faisant campagne sur un programme réactionnaire anti-immigration cherchant à obtenir les 15 sièges requis pour la constitution d'un groupe parlementaire.

(Article original paru le 7 mai 2012)

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