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France : Le premier budget du PS impose l'austérité

Par Antoine Lerougetel et Alex Lantier
9 juillet 2012

Après le sommet de l’Union européenne qui s’était déroulé du 27 au 28 juin, le gouvernement du Parti socialiste (PS) du président François Hollande a présenté cette semaine son budget 2012 et ses premiers projets économiques. Le PS a annoncé des hausses d’impôts symboliques sur la fortune accompagnées d’un gel des salaires et de réductions de dépenses afin d’aligner le déficit budgétaire de la France sur les directives de l’UE.

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a présenté le budget jeudi, deux jours après avoir tenu un discours officiel à l’Assemblée nationale pour présenter la politique de son gouvernement. Ayrault s’est servi d’un rapport de la Cour des comptes commandé, par Hollande et publié lundi, pour justifier des augmentations d’impôts minimales pour les riches et des attaques massives contre la classe ouvrière. Le rapport a souligné que les prévisions de croissance économique anticipées au cours de la campagne du PS étaient trop optimistes. Le produit intérieur brut (PIB) croîtra probablement de 0,3 pour cent au lieu de 0,5 pour cent en 2012 et de 1,2 pour cent en 2013 au lieu de 1,7 pour cent.

A l’époque de l’élection de Hollande l’on avait signalé de toutes parts que le PS se saisirait de ce rapport pour justifier des coupes sociales à l’encontre de la classe ouvrière (voir : « France: Le président élu laisse entrevoir des coupes budgétaires et des cadeaux aux banques. »)

Ayrault a dit qu’entre 2007 et 2011, la dette de la France avait augmenté de 600 milliards d’euros (738 milliards de dollars) et atteint maintenant « près de 1.800 milliards d’euros, soit 90 pour cent des richesses produites par la France chaque année. » Il a prévenu les adversaires de l’austérité, « L’État verse ainsi près de 50 milliards d’euros par an à ses créanciers », en déclarant que cette dette menaçait le système social et les services publics.

En cela, il a répété les menaces émises par les marchés financiers qu’à moins que la France ne fasse des coupes drastiques, les banques refuseront de prêter de l’argent à l’État pour financer la dette française. Le magazine Der Spiegel a indiqué : « L’annonce de chiffres révisés [PIB] a alimenté des craintes que la France puisse aussi devenir un candidat à un sauvetage de l’UE si elle n’assainit pas ses finances. » La France rejoindrait la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Irlande, dont les plans d’austérité imposés par l’UE au nom des banques, ont dévasté les économies et les niveaux de vie des travailleurs.

Ayrault a affirmé qu’il n’y aurait pas d’« austérité », mais plutôt un « redressement dans la justice » pour s’attaquer à la dette « écrasante » en ajoutant que sa politique serait de taxer les riches et les grosses entreprises tout en épargnant « les classes populaires et les classes moyennes ».

Les chiffres relatifs aux impôts et aux dépenses et publiés dans le budget d’Ayrault démentent ces affirmations cyniques. Hollande a fixé un objectif initial de réduction du déficit de 10 milliards d’euros cette année et de 33 milliards d’euros l’année prochaine. La hausse relativement faible des impôts prévue par Ayrault montre clairement que la plus grosse partie de la souffrance résultant du programme de réduction budgétaire tombera sur les épaules de la classe ouvrière sous forme de suppressions des emplois et des services publics.

Le programme budgétaire ne prévoit que 7,2 milliards d’euros de hausse d’impôts, dont 1,1 milliard provenant d’une taxe spéciale frappant les banques et les sociétés pétrolières et 2,3 milliards d’euros d’une taxe exceptionnelle sur les hauts revenus. Le PS a aussi promis de taxer à 75 pour cent les ménages gagnant plus d’un million ou plus par an. Le fait que le PS n’anticipe de récolter de cette mesure que quelques milliards d’euros en recettes fiscales laisse croire que le PS s’attend que cette taxe engendre des évasions fiscales.

Le budget esquisse le début d’une future vague d’attaques contre la classe ouvrière. Selon le quotidien Les Échos, Ayrault a prescrit à chaque ministère une réduction des dépenses de fonctionnement de 7 pour cent et un gel des salaires des fonctionnaires.

Deux tiers des salariés du secteur public ne seront pas remplacés – contrairement à un sur deux sous le prédécesseur de Hollande, le président Nicolas Sarkozy du parti droitier l’Union pour un Mouvement populaire (UMP). Ceci signifie la suppression de 60.000 emplois par an jusqu’en 2015 condamnant ainsi des centaines de milliers de jeunes au chômage. Les effectifs de la police seront néanmoins augmentés de 5.000 postes.

Dans le même temps, le gouvernement PS ne fait rien pour enrayer une vague de licenciements massifs dans un nombre d’industries dont l’aviation, les télécommunications, le raffinage et le commerce du détail. David Cousquer, directeur de Trendeo, a rapporté qu’environ 22.200 emplois avaient été perdus en mai-juin 2012, 120 pour cent de plus qu’il y a un an, et la CGT prévoit la perte de 75.000 emplois. Le chômage devrait dépasser les 10 pour cent cet été.

La classe dirigeante ne voit, toutefois, la politique réactionnaire exposée par le gouvernement Hollande que comme un premier versement des attaques à venir contre la classe ouvrière et destinées à réduire drastiquement les dépenses sociales et les salaires de façon à rétablir la compétitivité des entreprises françaises sur les marchés mondiaux.

Le 4 juillet Le Monde écrivait dans son éditorial : « M. Ayrault a écarté les mots qui fâchent – “rigueur” – “austérité”. De même, si le premier ministre a évité de dévoiler le détail des réductions des dépenses publiques auxquelles il sera contraint, chacun sait, et lui en premier, qu’il ne pourra différer bien longtemps ce moment de vérité. »

On s’attend généralement à ce que le budget 2013, qui sera adopté cet automne, comprendra des coupes sociales plus sévères. Ce sera le sujet de la Conférence sociale prévue les 9 et 10 juillet et lors de laquelle la bureaucratie syndicale négociera des accords avec les responsables de l’État et les fédérations patronales.

Les premières semaines du gouvernement Hollande ont exposé de façon dévastatrice les groupes petits-bourgeois tels le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) qui avaient appelé à voter inconditionnellement pour Hollande. Ils portent une responsabilité politique directe pour les réductions qui sont appliquées par ce gouvernement anti-classe ouvrière.

Après le sommet de l’UE en juin, Hollande s’était engagé à ancrer la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire dans une loi voire même dans la constitution française (Voir : « Le sommet de l’UE évite une division au sujet du plan de sauvetage des banques espagnoles et italiennes ») Rien ne peut montrer plus clairement son engagement à l’austérité fiscale et à la préservation d’une fortune à hauteur de plusieurs milliers de milliards d’euros monopolisée par le un pour cent au sommet de la société française.

(Article original paru le 7 juillet 2012)