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Le président français Hollande promet l’austérité et la guerre dans son discours télévisé

Par Antoine Lerougetel et Alex Lantier
24 novembre 2012

Le 13 novembre, le président français, François Hollande, du Parti Socialiste (PS) a prononcé un discours télévisé et accordé une conférence de presse devant quelque 400 journalistes réunis au Palais de l’Elysée. Avec sa cote de popularité qui est passée de 60 pour cent après son élection en mai, à actuellement 36 pour cent, Hollande a rassuré l’élite dirigeante en disant qu’il continuera la politique pro-patronale de guerre et d’austérité sociale au mépris de l’opinion publique.

L’agence AFP a remarqué que Hollande « s’était attaché à répondre aux appels pressants de Bruxelles [siège de l’UE], de l’Allemagne et des principales organisations économiques internationales. » Celles-ci étaient toutes « impatientes de voir la France s’engager résolument sur le chemin des réformes structurelles [flexibilité sur le marché du travail, réductions des dépenses publiques], » a écrit l’AFP.

Hollande a proposé de réduire de 12 milliards d’euros (15,4 milliards de dollars) par an les dépenses publiques pour réaliser une économie de 60 milliards d’euros d’ici la fin de son quinquennat. Ceci nécessiterait des coupes majeures dans les dépenses sociales en concernant notamment celles des collectivités locales ainsi que des réductions supplémentaires dans les soins de santé et les retraites.

Comme en Grèce, et dans d’autres pays d’Europe méridionale, de telles coupes minent l’économie en général étant donné que les gens qui sont obligés de compenser les coupes dans des services vitaux dépensent moins pour autre chose. Hollande a carrément prédit que d’ici 2013, « nous allons avoir une hausse continue du chômage. » Le taux de chômage officiel se situe actuellement à 10 pour cent. »

Hollande a feint de s'inquiéter pour les victimes de sa politique en remarquant : « Cela va être difficile à vivre pour des familles, des territoires, des entreprises. »

Il a promis d’activer les modifications réactionnaires à apporter au droit du travail et le « pacte de compétitivité » visant à réduire considérablement le coût du travail pour les employeurs français. Après avoir accepté les conclusions pro-patronales du rapport Gallois, Hollande a proposé de réduire de 20 milliards d’euros l’impôt sur les sociétés. (Voir « France: les sociaux démocrates imposent de nouvelles coupes après avoir accepté le rapport Gallois pro-austérité »

La hausse projetée de la TVA (taxe à la valeur ajoutée) soutirera quelque 6 milliards d’euros des poches des consommateurs, en touchant le plus durement les travailleurs. Ceux-ci sont déjà confrontés à de fortes augmentations des prix des produits de première nécessité.

Hollande a déclaré de manière révélatrice que le besoin de réduire le coût du travail « n’est pas tout », mais c'est « tout sauf rien. »

Le président français a demandé à la bureaucratie syndicale et aux organisations patronales de poursuivre la « réforme » du droit du travail en disant, « Cette négociation est la plus importante depuis longtemps. J’en appelle à toutes les organisations syndicales et patronales : elles doivent nouer un compromis historique. »

Hollande a tout simplement rejeté d'un revers de main les inquiétudes concernant l'impopularité de sa politique : « Je ne travaille pas pour une prochaine élection, je travaille pour la prochaine génération. »

Il a indiqué qu’il poursuivrait l’intensification de l’intervention impérialiste – débutée sous son prédécesseur, le président conservateur Nicolas Sarkozy, avec la guerre de l’OTAN en 2011 en Libye – au Mali et en Syrie, deux anciennes colonies françaises.

Hollande a salué la coalition de l’opposition syrienne, dominée par les Islamistes, et rassemblée par Washington pour mener sa guerre par procuration contre le président Bachar al-Assad : « La France reconnaît la Coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement de la Syrie démocratique, permettant d’en terminer avec le régime de Bachar al-Assad. »

Il a été le premier gouvernement occidental à reconnaître cette coalition de fantoches impérialistes triés sur le volet par le gouvernement américain ; les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont pour le moment refusé de la reconnaître comme un gouvernement en exil.

Hollande a ajouté qu'il serait possible de livrer ouvertement des armes à la Syrie « dès lors qu’il y aura un gouvernement légitime de la Syrie. »

Outre la poursuite des guerres impérialistes françaises et l’intensification des attaques contre les droits sociaux des travailleurs, Hollande a maintenu l’assaut contre les droits démocratiques perpétré par Sarkozy. Il est en train d'expulser des Roms de France et de démanteler leurs campements et il applique les lois islamophobes interdisant le port du voile islamique à l’école et de la burqa en public.

Le discours de Hollande a souligné la faillite des forces petites bourgeoisies de « gauche » – tels le Parti communiste français (PCF) et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) – qui l’ont soutenu en affirmant que Hollande pourrait être poussé vers la gauche. En fait, il réagit à l'opposition populaire grandissante en accentuant sa politique droitière. Ceci démontre une fois encore la nécessité de rompre avec ces forces et de mobiliser la classe ouvrière dans une lutte révolutionnaire contre le gouvernement PS.

Aux questions posées par des journalistes sur son programme pro-patronal, Hollande a répondu en affirmant qu’il existait un lien entre sa politique et le socialisme : « Il y a toujours eu deux conceptions, une conception productive – on a même pu parler d’un socialisme de l’offre – et une conception plus traditionnelle, où on parlait de socialisme de la demande. »

Le terme employé par Hollande de « l’offre », tiré du vocabulaire des politiciens républicains droitiers aux Etats-Unis et non d'une quelconque tradition socialiste, souligne le caractère anti-classe ouvrière de sa politique.

La presse même ne cherche plus à cacher la tromperie impliquée dans les tentatives de Hollande de conférer à sa politique pro-patronale une apparence de « gauche ». Dans son éditorial, Le Monde a écrit : « Interrogé au final pour savoir si toute cette stratégie économique ne constituait pas pour la gauche une ‘révolution copernicienne’ ... François Hollande a préféré esquiver. Malgré sa volonté de parler clair et vrai, il est sans doute trop tôt pour le reconnaître. »

Autrement dit, vu que Hollande, qui n’est président que depuis quelques mois, est déjà extrêmement impopulaire, l’élite dirigeante française sent qu’il est trop tôt pour déclarer ce que tout le monde sait ou perçoit : l’axe de la politique du PS n’est pas ce que des millions de gens espéraient qu'il serait. Au contraire il se fonde sur la défense de la richesse et les privilèges sociaux à l’encontre de la population travailleuse.

(Article original paru le 22 novembre 2012)