Les services secrets allemands nient les violences néo-nazies à Chemnitz

Par Johannes Stern
11 septembre 2018

Après que des milliers de néo-nazis se soient déchaînés le mois dernier à Chemnitz, à l’est de l’Allemagne, effectuant des saluts hitlériens et attaquant des étrangers, des secteurs dominants de l’État allemand et de l’establishment politique se portent à la défense des fascistes.

Vendredi, le chef des services secrets (BfV), Hans-Georg Maaßen, a nié que des manifestants aient attaqué des immigrants et des journalistes. « Je partage le scepticisme face aux reportages des médias sur les extrémistes de droite ayant traqué des gens à Chemnitz. Les services secrets ne disposent pas d’informations fiables quant à ces actions », a déclaré Maaßen au tabloïd Bild.

Se référant à une vidéo partagée sur Internet et diffusée à la télévision, documentant une attaque d’extrémistes de droite contre deux réfugiés afghans, Maassen a déclaré : « Rien ne prouve que la vidéo diffusée sur Internet concernant ce prétendu incident soit authentique.

Il a ajouté : « Mon évaluation prudente est qu’il y a de bonnes raisons de croire qu’il s’agit de désinformation ciblée afin de détourner l’attention du public du meurtre à Chemnitz. »

Les déclarations de Maaßen sont une provocation politique délibérée visant à renforcer les forces les plus à droite du gouvernement et de l’appareil étatique. Le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer (Union sociale chrétienne, CSU), qui a qualifié jeudi les immigrés d’être « la mère de tous les problèmes politiques », a immédiatement exprimé sa « pleine confiance » en Maaßen.

Le chef de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite, Alexander Gauland, qui avait précédemment salué Maaßen comme un « haut responsable objectif », s’est vanté du fait que le chef des services secrets avait clairement indiqué « qu’il n’y a pas preuve de harcèlement des étrangers à Chemnitz ».

En fait, la violence d’extrême droite à Chemnitz est bien prouvée par les vidéos et les récits de témoins oculaires. Le journaliste indépendant Johannes Grunert a confirmé à Bild qu’il avait visionné les scènes de la vidéo que Maassen avait qualifiées de « désinformation ciblée ».

Les chaînes de télévision ARD et ZDF ont interviewé deux réfugiés afghans, qui figurent dans la vidéo et sont en train d’être poursuivis par des manifestants de droite. Le bureau du procureur général de Dresde a à présent reçu 120 dépôts de plaintes pour perturbation de l’ordre public, blessures corporelles, pratique du salut hitlérien (interdit en Allemagne) et autres infractions similaires.

En revanche, les circonstances qui ont conduit à la mort de l’Allemand d’origine cubaine de 35 ans, Daniel H., qui a servi de prétexte à la violence contre les réfugiés par les néo-nazis, restent obscures. Selon la police, « plusieurs personnes de nationalités différentes » ont été impliquées dans la rixe lors de la fête municipale, au cours de laquelle Daniel H. a été poignardé.

Un mandat d’arrêt a été lancé la même nuit pour un Irakien de 22 ans et un Syrien de 23 ans. Ce mandat d’arrêt a ensuite été transmis au milieu d’extrême de droite par un responsable de la prison de Dresde.

Mardi cette semaine, le tribunal de district de Chemnitz a émis un troisième mandat d’arrêt contre un autre Irakien. Le parquet enquête sur les trois en vue de les inculper pour homicide involontaire, et pas de meurtre. Lorsque Maassen parle de « meurtre » sans qu’il y ait eu une telle accusation, et encore moins un verdict, cela soulève plus de questions que le chef des services secrets voudrait admettre. Étant donné la manière avec laquelle la mort de l’homme germano-cubain a été exploitée par l’extrême droite, et que le jeune travailleur était issu de l’immigration et était politiquement à gauche, la question se pose de savoir si des extrémistes de droite ou des organes de l’État sont impliqués dans sa mort.

En Saxe, les services de sécurité ont utilisé à plusieurs reprises leurs liens étroits avec les milieux extrémistes de droite pour poursuivre des objectifs politiques réactionnaires. Surtout, les services secrets sont profondément ancrés dans le milieu néo-nazi et impliqués dans des actes de violence de l’extrême droite.

Le Parti national-socialiste souterrain néo-nazi (NSU), qui a tué neuf immigrants et une policière, comptait plusieurs dizaines d’informateurs clandestins travaillant avec les services de renseignement et la police. Un responsable des services secrets de l’État de Hesse était même présent sur les lieux du crime lors d’un meurtre. Le « Thüringer Heimatschutz », un réseau néo-nazi où la NSU a trouvé ses recrues, a été développé avec des fonds provenant de la BfV.

Depuis qu’il a assumé la direction de l’Office fédéral de la protection de la Constitution, comme sont désignés les services secrets allemands, Maaßen a fait du renseignement général un instrument pour promouvoir l’extrême droite.

De nombreuses révélations ont émergées ces dernières semaines, montrant l’étroite collaboration entre les services secrets et l’AfD. En 2015, Maaßen a rencontré à deux reprises l’ancienne présidente de l’AfD, Frauke Petry, prétendument pour lui donner des conseils sur la manière dont l’organisation pourrait éviter d’être placée sur une liste de surveillance du BfV. Plus tard, Maaßen a tenu d’autres réunions avec le dirigeant de l’AfD Gauland et le député parlementaire de l’AfD Stephan Brandner, président de la commission des affaires juridiques du Bundestag (Parlement).

L’actuel rapport annuel des services secrets, publié fin juillet avec une préface du ministre de l’Intérieur Seehofer, se lit comme un document produit au siège de l’AfD. Alors que l’AfD et sa périphérie d’extrême droite sont simplement qualifiées de « victimes » de supposés « extrémistes de gauche », le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste, SGP) est qualifié de « parti extrémiste de gauche » et « un sujet de surveillance ».

Le SGP n’est pas accusé d’avoir commis un crime ; son « infraction » est qu’il prône publiquement un programme socialiste qui « est dirigé contre l’ordre social et l’État capitaliste existant, contre l’UE, contre un présumé (sic) nationalisme, impérialisme et militarisme ».

Après que des dizaines de milliers de personnes ont participé à des manifestations de masse contre l’extrême droite à Chemnitz et dans d’autres villes ce mois-ci, Maaßen et Seehofer intensifient leur offensive. Ils veulent délibérément renforcer l’extrême droite afin de réprimer la résistance croissante au militarisme, à l’austérité sociale, à l’augmentation des pouvoirs de l’État et à la propagande anti-réfugiés. Du point de vue des services secrets et de la grande coalition des démocrates chrétiens et sociaux-démocrates, ce ne sont pas les néo-nazis qui posent problème, mais leurs opposants.

Les dirigeants politiques du Parti de gauche et des Verts se sont alignés sur la politique de droite de la grande coalition. Bien qu’ils feignent maintenant de critiquer Maaßen et de demander sa démission, ils ont travaillé étroitement avec lui ces dernières années. Selon des informations officielles du ministère de l’intérieur, depuis son entrée en fonction, Maaßen a eu environ 200 entretiens avec des politiciens de tous les partis au Bundestag. Le Parti de gauche a invité Maaßen à une réunion publique en mars 2013 et a serré les rangs avec les services secrets. Depuis lors, il a soutenu les politiques de la grande coalition dans tous les domaines clés des affaires nationales et étrangères.

La seule force sociale capable de s’opposer à la résurgence de l’extrême droite en Allemagne est la classe ouvrière internationale. Le SGP appelle donc à l’expansion des manifestations contre la terreur de droite, la création d’un État policier et le réarmement militaire. Les revendications du SGP sont les suivantes :

• Arrêter la conspiration de la grande coalition, de l’appareil d’État et des extrémistes de droite !

• Plus de guerre ! Arrêtez le retour de l’Allemagne à la politique de grande puissance militariste !

• Abolir les services secrets et faire cesser immédiatement la surveillance du SGP et les autres organisations de gauche !

• Défendre le droit d’asile ! Non à l’augmentation des pouvoirs et de la surveillance de l’État !

• Mettre fin à la pauvreté et à l’exploitation – pour l’égalité sociale ! La richesse de l’oligarchie financière, des banques et des grandes entreprises doit être expropriée et placée sous contrôle démocratique !

La déclaration du SGP, « La lutte contre le fascisme en Allemagne exige une perspective socialiste », que les membres du SGP et son organisation de jeunesse et d’étudiants IYSSE distribuent largement lors des manifestations en Allemagne peut être consultée en français ici et le tract en allemand téléchargé ici.

(Article paru en anglais le 10 septembre 2018)