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WSWS : Nouvelles et analyses : Europe

L’usine VW de Belgique occupée 24 heures sur 24

Par nos correspondants à Bruxelles-Forest
28 novembre 2006

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Depuis une semaine, l’usine Volkswagen de Forest, à l’ouest de Bruxelles, est occupée 24 heures sur 24. Quatre mille des 5800 salariés sont menacés de licenciement parce que la production du modèle Golf doit être délocalisée vers l’Allemagne.

Jeudi après-midi, une première réunion du comité d’entreprise avec le directeur du personnel de l’usine, Jos Kayaerts, n’a rien apporté de neuf : aucune concession ne sera faite avant la réunion du conseil de surveillance du groupe Volkswagen qui doit se tenir le 15 décembre. Début décembre, le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, devrait avoir un entretien avec la direction générale de VW.


Bruxelles, à l'extérieur de l'usine Volkswagen

Depuis des semaines déjà, des rumeurs circulaient faisant état d’une suppression possible de milliers d’emplois et un climat tendu régnait au sein du personnel de l’usine. La confirmation du retrait de la production de la Golf de l’usine de Forest avait été annoncée à la radio le vendredi 17 novembre, vers 20 heures. L’équipe de l’après-midi a immédiatement réagi en cessant le travail et l’équipe de nuit a décidé de suivre le mouvement.

Hans Spiliers qui travaille depuis très longtemps chez Volkswagen, a parlé jeudi devant l’usine aux reporters du World Socialist Web Site. « La nouvelle annoncée à la radio a été le déclic et les travailleurs ont réagi spontanément. Ce n’étaient pas les syndicats qui ont appelé à la grève. A partir de là, l’ensemble du personnel a refusé de reprendre le travail. La production de voitures est arrêtée et nous veillons à ce que les véhicules nouvellement assemblés ne sortent de l’usine. La direction a quitté les lieux et notre personnel a pris le contrôle. Voilà la situation depuis le weekend dernier. Depuis, nous avons mis sur pied des piquets de grève 24 heures sur 24 en équipes de 300 à 400 hommes et je crois qu’on est parti pour une grève très longue. »

La décision n’affecte pas seulement les 4000 salariés de VW (3500 personnes liées directement à la production et 500 employés), mais indirectement aussi au moins autant de travailleurs occupés en sous-traitance dont un grand nombre se trouvent d’ores et déjà en grève de solidarité. Les travailleurs de deux firmes sous-traitantes, Faurecia avec 130 salariés et Decoma avec une centaine de salariés, occupent présentement leurs usines.

Depuis des années, l’ensemble de la région est durement touché par des licenciements. Quelque 300 travailleurs de VW qui avaient travaillé chez Renault à Vilvorde, dans le nord de Bruxelles, avant la fermeture de l’usine il y a quelques années, vont devoir faire face à une deuxième fermeture d’usine en l’espace de quelques années.

Volkswagen à Bruxelles n’est pas seulement une entreprise moderne et hautement performante, mais son personnel est bien organisé et connu pour son militantisme. Près de l’ensemble de son personnel est représenté à l’usine par trois syndicats, le syndicat socialiste, FGTB (Fédération générale des Travailleurs de Belgique), la CGSLB libérale (Centrale générale des Syndicats libéraux de Belgique) et la CSC chrétienne (Confédération des Syndicats chrétiens).

Christian Henneuse et Jean Weemaels, deux délégués du syndicat FGTB de l’usine de Forest ont déclaré au WSWS : « Ici, c’est une entreprise militante et les travailleurs ont déjà été traités de “terroristes économiques” après avoir fait grève pendant un mois en 1994 pour l’obtention de la semaine de 35 heures.


Christian Henneuse et Jean Weemaels

« Notre usine est la seule qui n’applique pas le système de travail dit “plus-minus” qui est en vigueur chez VW. C’est un système qui soumet directement les travailleurs à la demande du marché capitaliste. Et parce que nous avons refusé de travailler ici à Bruxelles sous ce système, ils vont légiférer pour nous l’imposer. »

Les deux délégués syndicaux ont exprimé des craintes que VW pourrait envisager de se débarrasser d’un effectif bien organisé pour recruter plus tard du personnel non organisé à des conditions d’embauche plus mauvaises. C’est exactement ce qui s’est passé il y a quelques années chez Ford à Genk.

A la question de savoir quel rôle joue l’IG Metall, le syndicat de la métallurgie allemande, les deux délégués du FGTB ont précisé que trois collègues d’IG Metall étaient venus jeudi à l’usine VW de Forest. Ils étaient venus de trois usines VW différentes, de Braunschweig, de Kassel et de Salzgitter. Deux étaient responsables de tout le noyau des militants de leur entreprise et le troisième était quelqu’un du comité d’entreprise. « Ces gens nous ont expliqué ce que fut leur combat lors des dernières conventions collectives en Allemagne. Ils nous ont dit quels sacrifices ils ont dû faire au niveau salarial, les gains de productivité qu’ils ont dû faire parce qu’ils ont été mis eux aussi devant le même fait accompli : sacrifices ou délocalisation. »

Les représentants du syndicat IG Metall auraient promis d’informer les travailleurs de leurs entreprises et de les mobiliser. Ils avaient promis qu’il n’y aurait en aucun cas à Bruxelles des licenciements pour raisons économiques. « Le message des représentants d’IG Metall avait été que, lorsqu’ils ont négocié leurs propres accords ils ont exigé qu’il n’y aurait pas de répercussions sur d’autres entreprises européennes. C’est la première chose qu’ils nous ont dite. »

Henneuse et Weemaels ont également déclaré que le comité d’entreprise était avant tout préoccupé de trouver des solutions au moyen d’un plan social acceptable pour atténuer les répercussions des licenciements sur le personnel, ce qui signifie en d’autres termes que du côté syndical la suppression des 4000 emplois est déjà acceptée. Le comité d’entreprise a exigé pour le moment que les salaires soient payés durant la grève et ce, jusqu’au 15 décembre.

Le président du conseil d’administration de VW, Reinhard Jung, a indiqué clairement que 4000 emplois seraient supprimés. Jung avait même carrément plaidé en faveur de la fermeture de l’usine de Bruxelles.

Les deux délégués se sont plaints du rôle que jouent les médias : « Les seuls messages qui passent pour le moment à la télévision ce sont des gens qui disent qu’ils veulent partir avec de l’argent, il n’y a aucune interview avec des travailleurs qui disent, nous, on veut maintenir notre emploi. Regardez la presse populaire, on ne voit que des gens qui pleurent alors que les gens demandent du travail et veulent sauver leur emploi. »

C’est ce qui est confirmé par les travailleurs devant les grilles de l’usine Volkswagen à Forest qui ne sont nullement prêts à accepter la perte de leurs emplois. Après l’annonce officielle de la suppression d’emplois faite après l’assemblée générale qui a eu lieu mardi, le personnel a éjecté du site les gardiens d’usine et deux policiers en civils. La situation s’est même dégradée quelque peu lorsque les travailleurs ont occupé une route et que la police a posté des centaines de policiers et positionné des canons à eau dans les rues adjacentes.

De nombreux travailleurs nous ont expliqué pourquoi ils ne voulaient pas céder :

Alain Luystermans, qui travaille depuis 28 ans chez VW à Bruxelles nous a dit : « On doit être solidaire pour faire bouger les choses. Aujourd’hui, c’est nous, demain ça sera un autre. Le grand capital prend les subventions et va ailleurs, et ailleurs il prend aussi les subventions. La coupe est pleine. Maintenant, la politique doit prendre ses responsabilités, le gouvernement belge comme au niveau européen.

« Ce n’est pas l’Europe pour les gens c’est uniquement au niveau du capital. Il faut essayer de créer un avenir pas seulement pour nous, mais pour les générations à venir et c’est maintenant que ça se décide. »

En réponse à une question sur le syndicat européen, Luystermans a dit : « Le syndicat européen c’est une marionnette pour l’instant. Sur le plan social, rien n’est fait, c’est un grand problème. »

Il a ajouté : « Il est grand temps que tout le monde se réveille à tous les niveaux. Il n’est jamais trop tard, mais maintenant il est grand temps. » Se référant à la guerre en Irak il a poursuivi : « En Irak, c’est la guerre du capital, les gens n’en veulent pas et c’est pourquoi je suis ici. Ce n’est pas seulement pour moi. »

Ibisi Ramadan, un travailleur arabe qui travaille à la chaîne de montage depuis cinq ans, insiste sur la mauvaise situation du marché du travail : « La situation politique en ce moment est très mauvaise pour les travailleurs, il y a trop de chômeurs. En Belgique il y a 12 pour cent de chômeurs. Maintenant, il va y en avoir 4000 de plus qui ne trouveront pas de travail. Beaucoup d’entre eux ont une famille à nourrir. Pour le moment, les syndicats sont très actifs, mais je ne sais pas si on peut leur faire confiance. Je ne sais pas comment cela va continuer. Le problème c’est le système capitaliste. »

Jesu Manchego, est un travailleur plus âgé qui a passé près de trente ans chez VW et qui est à présent à la retraite. Il a rapporté que « lorsque VW a ouvert l’entreprise ici en 1972, de nombreux ouvriers espagnols qui avaient travaillé auparavant à la mine ont trouvé un emploi. C’était la grande époque des fermetures de mines. Je n’ai moi-même pas travaillé à la mine, mais mon frère. Moi, j’ai débuté tout de suite chez VW.

« Volkswagen avait acheté l’usine D’Ieteren de Bruxelles qui, à cette époque, montait des Coccinelles pour Volkswagen. Nous étions jeunes alors et nous avons travaillé partout et VW était alors mieux que de descendre à la mine : le travail au fond est inhumain. Il y avait tout le temps des accidents, comme aujourd’hui à nouveau en Pologne. Il y avait eu également un accident terrible dans la mine à Marcinelle (près de Charleroi) en Belgique.

« Si on enlève la Golf, c’est la fermeture, il faut au moins 200 000 voitures par an. »

Eddy de Martelaere a expliqué : « 4000 travailleurs sont touchés ici et il n’y a pas d’autre travail. On est là pour défendre notre emploi. Nous acceptons beaucoup de promesses qu’on nous fait, mais vont-elles être tenues ? Il y a ici de bonnes chaînes de montage et pourtant presque tout va être fermé. Avec ça, on ne fait que le jeu des chauvinistes, par exemple le Vlaams Belang (Intérêt flamand). C’est un groupe nationaliste et je suis contre.

« Le monde des affaires opère au niveau international et monte les travailleurs les uns contre les autres. Dès que la nouvelle des suppressions d’emplois à Bruxelles était connue, le cours de l’action VW a immédiatement enregistré une très forte hausse. »

Le 2 décembre aura lieu à Bruxelles une manifestation internationale et interprofessionnelle pour protester contre les suppressions d’emplois.

(Article original paru le 25 novembre 2006)


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