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WSWS : Nouvelles et analyses : Economie mondiale

Les pertes de la banque allemande ne sont qu’un début

Par Nick Beams
11 septembre 2007

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La divulgation par la banque allemande IKB (Deutsche Industriebank AG), récemment renflouée, que ses pertes pour l’exercice en cours pourraient totaliser jusqu’à 700 millions d’euros (954 millions de dollars US) n’est certainement pas le dernier avis de ce genre vu que l’impact du resserrement de crédit lié au crédit subprime (crédit immobilier américain) est en train de s’étendre à l’ensemble des marchés européens.

Le conseil de surveillance de la banque IKB qui, face aux avertissements que sa faillite signifierait la pire crise financière allemande depuis 1931, a fait l’objet début août d’un sauvetage par un consortium de plusieurs banques, a dit qu’« un redressement exceptionnel du bilan » était nécessaire pour un « nouveau départ ». Les pertes de la banque sont évaluées à plus d’un milliard de dollars alors qu’elle avait annoncé un bénéfice de 179,6 millions d’euros (244,6 millions de dollars) pour les douze mois précédents la fin du mois de mars.

Conformément aux conditions du renflouement, la banque publique KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau) et une association de banques allemandes ont accepté de couvrir jusqu’à 3,5 milliards d’euros des éventuelles pertes de la banque IKB et de sa filiale Rhineland Funding qui avait investi dans des valeurs adossées à des créances titrisées et comprenant des hypothèques subprime américaines. KfW a assumé à hauteur 8,1 milliards d’euros l’ensemble des créances de la filiale Rhineland d’IKB.

Les pertes massives endurées par IKB ainsi que celles enregistrées par la banque publique SachsenLB pourraient n’être qu’un début. Cette semaine, Fitch Ratings [agence internationale de notation] a rapporté que les banques européennes s’efforçaient de révéler le moins possible de leur exposition liée à la crise américaine du subprime. L’agence a mis en garde que cette réticence à s’expliquer sur leur exposition au subprime pourrait engendrer la nervosité des marchés quant aux risques encourus par les différentes banques et institutions financières.

« L’un des traits marquants des circonstances actuelles est l’opacité de l’information », a déclaré Fitch vendredi dernier dans un communiqué. « Sans une meilleure connaissance du niveau auquel se situe le risque, de nombreux participants du marché sont réduits au rang de spectateurs. »

Des remarques sur « l’opacité de l’information » paraîtront un peu courtes à de nombreux observateurs, compte tenu du rôle joué par Fitch et d’autres agences d’information bancaire, y compris Standard and Poor’s et Moody’s, dans leurs informations haut de gamme sur les opérations de titrisation contenant des hypothèques subprime à haut risque. Si la Chine est réprimandée pour avoir livré sur le marché américain des jouets contenant un produit toxique, affirme-t-on, alors ne faudrait-il pas que les agences de notations et d’information bancaire et boursière soient tenues de rendre des comptes pour avoir fourni des créances « toxiques » aux banques européennes et aux institutions financières.

Jeudi dernier, la chancelière allemande, Angela Merkel, a dit que les agences de notations devraient figurer parmi les acteurs des marchés financiers devant faire l’objet d’un examen public minutieux. En juin, lors du sommet du G8, Merkel avait tenté d’initier les premières démarches pour une surveillance internationale des fonds spéculatifs, mais avait essuyé une rebuffade suite au refus des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Mais la question d’une régulation internationale pourrait être remise à l’ordre du jour pour la rencontre des ministres des Finances du G8 en octobre.

Le président français, Nicolas Sarkozy, est de ceux qui ont fustigé le rôle des agences de notations américaines dans la crise du subprime. Dans un discours prononcé le mois dernier, il avait mis en garde que des crises financières pourraient se reproduire « si les dirigeants des grands pays ne choisissaient pas de mener une action résolue et concertée en faveur de la transparence et de la régulation des marchés internationaux ».

Un article paru le 28 août dans l’International Herald Tribune a relevé des appels répétés en faveur d’une « surveillance internationale » des marchés américains. « Nous avons besoin d’une approche internationale, et il est nécessaire que les Etats-Unis en fassent partie », a déclaré au journal Peter Bofinger, l’un des membres du conseil des Sages du gouvernement allemand.

Face à une opposition américaine à laquelle on s’attendait, Bofinger a adressé un avertissement sérieux quant aux implications de l’endettement croissant des Etats-Unis. « Les Etats-Unis dépendent du reste du monde pour le financement de leurs dettes, a-t-il dit. Si nos institutions cessaient d’acheter leurs produits financiers, ça ferait mal. »

Christian de Boissieu, président du Conseil d’Analyse économique et qui conseille le premier ministre, a dit que les fonds spéculatifs devraient être soumis à des règles plus strictes concernant la divulgation de l’évaluation de leur exposition au risque. Il appelle également à dresser un registre mondial de tous les fonds spéculatifs et aussi que soit examinés minutieusement, avant tout accord d’autorisation, les titres complexes qui constituent les portefeuilles bancaires.

De telles mesures pourraient être bien peu de chose et arriver trop tard au moment où la gravité de la crise actuelle devient plus apparente. En dépit de l’action d’urgence lancée par la banque centrale américaine (Fed), de vastes parts du marché des billets de trésorerie, la source de liquidité à court terme pour les entreprises et les institutions financières, sont paralysées. Le volume de ces prêts a baissé de 244 milliards de dollars au cours de ces trois dernières semaines, traduisant ainsi le manque de confiance déclenché par la crise du subprime. Cette contraction de 11 pour cent est la plus importante de ces sept dernières années, selon les statistiques de la Fed.

De plus, il y a des doutes quant à savoir si l’action de la Fed d’accroître la liquidité pourra empêcher que l’effondrement de l’immobilier n’affecte le reste de l’économie américaine. Comme le remarquait le commentateur du Financial Times, Wolfgang Munchau, si l’hypothèque subprime dépasse la valeur de la maison et que le remboursement de l’hypothèque dépasse le revenu, alors les réductions des taux d’intérêt ne serviront à rien.

Et il existe d’autres problèmes en perspective. « Nous devrions nous rappeler, poursuivit-il, que le marché du subprime n’est pas l’unique sous-section instable du marché du crédit. Une fois que la consommation américaine baissera, nous devrions nous attendre à une crise des cartes de crédit et du financement auto par prêts vendus comme "obligations collatéralisées" (collateralised debt obligations, CDOs). Et une fois que les faillites des entreprises commenceront de nouveau à augmenter avec le fléchissement du cycle, aux Etats-Unis comme en Europe, nous entendrons probablement parler des problèmes concernant les fonds "collateralised loan obligations, CLO". Le marché du crédit est très profond et offre d’innombrables possibilités de contagion. »

Des inquiétudes quant à l’état des marchés financiers et de l’économie de façon plus générale n’ont pas été apaisées par les « minutes » publiées par la Fed à l’issue de son symposium annuel et qui s’est tenu le week-end dernier à Jackson Hole.

Un rapport de Bloomberg constate que les participants, parmi eux des banquiers et des universitaires, ont quitté la conférence d’humeur plus pessimiste qu’à leur arrivée.

« Je suis venu à Jackson Hole pensant qu’il n’y aurait pas de récession, mais je repars en pensant qu’il pourrait bien y en avoir une », a dit à l’agence de presse Susan Wachter, professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie.

Selon Ethan Harris, chef économiste pour les Etats-Unis chez Lehman Brothers à New York, il n’y avait pas « d’optimistes » à la réunion. « Il y a un consensus assez fort que les choses se sont beaucoup aggravées. »

(Article original anglais paru le 5 septembre 2007)


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