Par
leurs appels à faire passer la lutte de la rue aux urnes, les chefs syndicaux,
les éditorialistes et les leaders étudiants cherchent à détourner le vaste
mouvement d'opposition populaire à la loi 78 derrière le Parti québécois (PQ).
Le
PQ cherche de manière démagogique à se démarquer des libéraux de Charest. Il a
décoré son logo officiel du carré rouge, le symbole des étudiants en grève. Il
a voté contre la loi 78, qui représente une atteinte fondamentale aux droits
démocratiques et sociaux de toute la classe ouvrière, mais a vite appelé les
étudiants à y obéir. Il a promis d'abolir la hausse des frais de scolarité s'il
était porté au pouvoir, mais a laissé entendre qu'il prendrait des mesures
similaires.
Ce
double langage découle du fait que le PQ est un parti de la grande entreprise,
voué à faire payer les étudiants et les travailleurs pour la crise mondiale du
système capitaliste, qui cherche à se faire du capital politique en prenant une
pose de sympathie envers la grève étudiante et le mouvement populaire contre la
loi 78.
Les
récentes déclarations de la dirigeante du PQ et chef de l'opposition
officielle, Pauline Marois, sur la question des frais de scolarité
post-secondaire, sont très instructives à cet égard. Marois a dit qu'un
éventuel gouvernement péquiste abolirait immédiatement la hausse de 82 pour
cent sur sept ans décrétée par le gouvernement libéral de Jean Charest et rétablirait
le gel des frais de scolarité après 2012. Mais en détaillant cet engagement,
elle a rejeté l'idée que l'éducation représente un droit social et montré son
accord fondamental avec les politiques de Charest.
Marois
a affirmé qu'en termes de hausse des frais de scolarité, « le
maximum que je puisse envisager, c'est l'indexation, au coût de la vie ».
Autrement dit, c'est oui pour une hausse immédiate. Et ce ne serait qu'une
question de temps avant des hausses aussi drastiques que celles annoncées par
le gouvernement Charest. « On ne devrait pas augmenter les frais de
scolarité », a déclaré Marois, « tant qu'on aura pas atteint un
niveau de diplomation aussi élevé que la moyenne canadienne ».
Le
PQ courtise le vote étudiant avec l'appui des dirigeants de la FECQ (Fédération
étudiante collégiale du Québec) et de la FEUQ (Fédération étudiante
universitaire du Québec), qui ont appelé à régler le compte des libéraux aux
prochaines élections. Le PQ a récemment présenté une motion à l'Assemblée
nationale appelant les étudiants à un « retour en classe » et le
gouvernement à « reconvoquer les parties dès maintenant afin d'en arriver
à une solution acceptable ». Mais selon Marois, « la seule façon de
changer vraiment les choses » consiste à « déclencher des élections
générales et changer de gouvernement».
Marois
s'est vanté que le PQ a gelé les frais de scolarité lorsqu'il était au pouvoir
de 1994 à 2003, « même au temps du déficit zéro ». La réalité est que
le PQ a maintenu le gel des frais, mais a opéré au même moment les plus
importantes coupes sociales de l'histoire du Québec. En 1998, le gouvernement
péquiste de Lucien Bouchard, au sein duquel Marois était ministre, a éliminé
40,000 postes dans les réseaux de la santé, de l'éducation et des services
sociaux. En 1999, il a adopté une loi spéciale draconienne pour mettre fin à
une grève des infirmières contre l'impact dévastateur de ces mesures.
Le
PQ a critiqué à maintes reprises les libéraux de la droite, qualifiant le
gouvernement libéral « d'irresponsable » pour ne pas couper
suffisamment dans les dépenses sociales. Lors du dépôt du dernier budget, le
député péquiste Sylvain Simard avait dit : « Les ministres du gouvernement
Charest avaient promis que l'État ferait la plus grande part pour le retour à l'équilibre
budgétaire. C'est faux. L'atteinte de l'équilibre budgétaire se fera parce que
le gouvernement transfère ses hausses de dépenses à la dette ».
Depuis
des décennies, la bureaucratie syndicale est l'un des piliers du Parti
québécois. Celle-ci a historiquement subordonné le mouvement ouvrier au PQ pour
empêcher la mobilisation politique indépendante des travailleurs anglophones,
francophones et immigrés de tout le pays contre la destruction des emplois et
le démantèlement des services publics.
Pour
sa part, Québec Solidaire (QS), un parti soi-disant de « gauche », a
fait quelques propositions limitées qui en aucun cas ne remettent en question
l'ordre capitaliste établi. Amir Khadir, co-porte-parole de QS, propose entre
autres de « diminuer progressivement les frais de scolarité jusqu'à leur
élimination complète, toujours sans remettre en cause l'atteinte de l'équilibre
budgétaire ».
Dans
le contexte où le gouvernement emploie son appareil de répression pour briser
la grève et imposer le programme politique des grandes entreprises et des
banques, la proposition limitée de Québec Solidaire n'est que de la poudre aux
yeux.
Dans
les discussions entourant l'entente de principe signée le 5 mai entre le
gouvernement et les associations étudiantes, QS a appuyé la position de
celles-ci qui acceptait le cadre imposé par le gouvernement Charest et laissait
tomber la revendication centrale des étudiants, à savoir que l'éducation est un
droit social. L'entente préconisait la mise en place d'un conseil, dominé par
des représentants de l'État et de la grande entreprise, qui serait chargé de
sabrer dans les dépenses des universités. Elle a été rejetée massivement par
les étudiants.
Bien
que Québec Solidaire prétende s'opposer au Parti Québécois de la gauche, il a
offert à maintes reprises de former une alliance électorale avec ce parti de la
grande entreprise pour contrer la « droite », soit le Parti libéral
et la Coalition Avenir Québec de l'ancien ministre péquiste François Legault.
Suite
à l'adoption de la loi 78, Amir Khadir, le seul député de QS à l'Assemblée
nationale, a évoqué la possibilité de devoir y répondre par des actes de
désobéissance civile. Après une vive campagne médiatique assimilant cette
timide remarque à des propos quasi-séditieux, QS est rapidement rentré dans les
rangs. « Nous ne pouvons encourager la désobéissance à la loi 78 », a
affirmé sa co-porte-parole, Françoise David.
Le
Nouveau Parti démocratique du Canada (NPD), qui forme l'opposition officielle
au parlement canadien et qui a été historiquement fondé et soutenu par la
bureaucratie syndicale au Canada anglais, est pour sa part resté silencieux
depuis le début du conflit étudiant. Il veut ainsi rassurer la classe
dirigeante qu'il est un parti responsable et qu'il représente une alternative
viable au Parti libéral du Canada pour imposer les mesures d'austérité.
La
direction du NPD a rejeté une résolution de sa Section Québec qui proposait de
solidariser « avec tous ceux et celles qui réclament à l'heure actuelle
une accessibilité équitable à l'éducation supérieure de qualité pour tous ». L'establishment
du parti à Ottawa a justifié le refus d'appuyer les étudiants par le fait que
« l'éducation c'est de compétence provinciale ».
Aux
dernières élections, le NPD s'est présenté comme le véhicule politique au
Québec pour s'opposer au gouvernement conservateur de Harper. Il a prétendu
qu'un moyen d'aller dans ce sens était de collaborer avec le gouvernement
libéral de Jean Charest.
Le
nouveau chef néodémocrate, Thomas Mulcair a d'ailleurs d'étroits liens avec le
Parti libéral du Québec au sein duquel il a passé la majeure partie de sa vie
politique. En 2005, Mulcair a endossé, en tant que ministre au sein du
gouvernement Charest, une loi spéciale imposant à un demi-million de
travailleurs du secteur public une convention collective pleine de concessions
pour une durée de sept ans.