Québec: Une immense manifestation soutient les
étudiants en grève et dénonce la loi 78
Par Keith Jones
26 mai 2012
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Plus de 150 000 personnes sont descendues dans les
rues de Montréal mardi pour marquer le 100e jour depuis le début de la grève
étudiante au Québec et pour dénoncer la loi 78 du gouvernement libéral du
Québec.
Adoptée en moins de 24 heures à la fin de la
semaine dernière, la loi 78 criminalise la grève étudiante en rendant
illégaux les piquets de grève partout sur le terrain des universités et des
cégeps et en menaçant les professeurs de poursuite criminelle et d’amendes
considérables s’ils font le moindre accommodement aux étudiants en grève ou
s’ils n’accomplissent pas toutes leurs tâches normales.

« Non à l’austérité au peuple pour financer la prospérité
des riches », peut-on lire sur une des pancartes.
La loi 78 impose aussi de larges restrictions sur
le droit de manifester partout, et sur tout sujet, dans la deuxième province
la plus populeuse du Canada. Toute manifestation de plus de 50 personnes est
illégale à moins que les organisateurs de la manifestation n’aient soumis à
la police par écrit et plus de huit heures à l’avance l’itinéraire et la
durée de la manifestation et qu’ils se soumettent à tout changement requis
par la police. Les organisateurs des manifestations sont aussi légalement
contraints à assister les autorités de sorte que les manifestants ne
transgressent pas le trajet décidé par la police.
Le même jour que les libéraux ont fait adopter la
loi 78 par l’Assemblée nationale, le gouvernement municipal de Montréal,
réuni en session extraordinaire, a adopté son propre règlement d’urgence
requérant l’autorisation de la police pour les itinéraires des
manifestations et rendant illégal le port de toute forme de masque au
visage, incluant le maquillage, le niqab ou un foulard, lors d’une
manifestation.
L’élite patronale du Québec a fortement appuyé la
loi 78, tout comme l’insistance du gouvernement sur le fait que ses plans
pour augmenter les frais universitaires de 82 pour cent sur les sept
prochaines années sont non négociables.
L’immense participation à la manifestation de
mardi témoigne du large appui pour les étudiants et de la reconnaissance que
la loi 78 constitue une attaque draconienne contre les droits démocratiques
de tous.

Les manifestants ont dénoncé la loi 78 comme un assaut
contre les droits démocratiques de tous
Il y avait de nombreuses pancartes faites par les
manifestants dénonçant la loi 78. Sur l’une, on pouvait lire : « La liberté
académique = la liberté d’expression et la liberté de rassemblement » ; sur
une autre : « loi 78, mai 68 » ; une troisième : « Un gouvernement qui
utilise la répression est un gouvernement qui a peur. Nous n’abandonnerons
pas. »
Même si les étudiants formaient la majeure partie
des manifestants, ils ont été rejoints par un grand nombre de travailleurs,
un contraste significatif par rapport à la manifestation monstre en appui à
la grève étudiante qui a eu lieu à Montréal le 22 mars. Il y avait des
délégations syndicales, incluant des enseignants, des cols bleus de Montréal
et des travailleurs des transports. Mais la plupart des travailleurs ne
semblaient pas être venus dans le cadre d’une appartenance à un contingent
organisé. Certains étaient de récents diplômés des universités ou des cégeps
et d’autres étaient retraités.
Vers le milieu de la marche de mardi, la CLASSE
(Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) –
l’association étudiante provinciale qui a amorcé le mouvement actuel de
grève étudiante – a bifurqué de l’itinéraire approuvé par la police et a
mené des dizaines de milliers de manifestants dans un circuit alternatif à
travers le centre-ville de Montréal, paralysant brièvement la circulation à
l’heure de pointe. La police n’est pas intervenue.
La marche séparée était destinée à montrer que la
CLASSE, comme elle l’a annoncé lundi après la réunion de sa direction,
s’engageait à ne pas se soumettre à la loi 78. « Nous croyons que nos droits
fondamentaux doivent avoir préséance sur le respect d’une loi injuste », a
annoncé le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. « Le
gouvernement libéral parle d’intimidation depuis le début du conflit. Mais
avec cette loi, il pratique l’intimidation. »

La police était très présente à Montréal le weekend
dernier, arrêtant plus de 450 personnes durant les manifestations de soir en
appui à la grève étudiante.
La défiance de la CLASSE, cependant, ne part pas
du point de vue de faire de la grève étudiante le catalyseur pour la
mobilisation de la classe ouvrière contre le programme d’austérité du
gouvernement libéral et de la classe dirigeante québécoise et canadienne
dans son ensemble. Plutôt, elle demeure entièrement dans le cadre d’une
protestation sur une seule question destinée à mettre de la pression sur le
premier ministre Jean Charest et son gouvernement libéral pour qu’ils
négocient une entente, une perspective reflétée dans le slogan défendu par
plusieurs des manifestants de mardi : « Crions plus fort pour que personne
ne nous ignore ! »
Sur la base de cette perspective, les négociateurs
de la CLASSE ont déjà apposé leur signature à une entente avec le
gouvernement – qui a ensuite été rejetée massivement par les étudiants – qui
imposait entièrement l’augmentation des frais universitaires et qui aurait
établi un comité tripartite dominé par la grande entreprise pour réduire les
dépenses universitaires.
Même si la police n’est pas intervenue
immédiatement pour arrêter les dirigeants de la CLASSE d’avoir défié la loi
78, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, a insisté sur le fait que
le gouvernement ne va pas tolérer la désobéissance civile. « La
désobéissance civile, a-t-il déclaré, c’est un beau mot pour dire
vandalisme. »
Plus tard mardi, l’État a répliqué, invoquant pour
la première fois les clauses draconiennes de la loi 78.
Depuis près de quatre semaines, il y a eu des
manifestations de nuit à Montréal en appui aux étudiants. Mardi soir, dès
que les manifestants eurent convergé vers le parc qui est devenu le point de
ralliement pour ces manifestations de nuit, la police a déclaré le
rassemblement illégal sous la loi 78, vu que les manifestants n’avaient pas
obtenu l’approbation de la police pour la manifestation.
Cela a été clairement fait dans un double but.
Premièrement, pour montrer que malgré la manifestation massive durant la
journée, le gouvernement a l’intention de poursuivre sa campagne pour
arrêter par la force la grève étudiante. Deuxièmement, pour provoquer une
confrontation violente pouvant être utilisée pour noyer la couverture de
l’immense manifestation et fournir de l’eau au moulin à la campagne des
médias du gouvernement et la grande entreprise qui salissent les étudiants
en les présentant comme étant violents.
Contrairement à la CLASSE, les deux autres
associations étudiantes de la province, la FECQ (Fédération étudiante
collégiale du Québec) et la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du
Québec) ont déclaré qu’elles se conformeraient à la loi 78, tout en
contestant sa constitutionnalité devant les tribunaux.
La FECQ et la FEUQ, qui ont des liens étroits avec
la bureaucratie syndicale, intensifient leur campagne pour défaire le
gouvernement aux prochaines élections. L’appel aux étudiants à poursuivre
leur grève aux urnes est une tentative claire de tenter d’augmenter les
chances électorales du Parti québécois, un parti de la grande entreprise.
Lorsqu’il a été au pouvoir pour la dernière fois, il a mis en oeuvre les
plus grandes coupes sociales de l’histoire du Québec, pour ensuite réduire
les impôts de la grande entreprise et des sections les plus privilégiées de
la population.
Les syndicats ont dénoncé la loi 78 comme une
grave attaque contre les droits démocratiques, mais ont aussi dit qu’ils
vont se conformer à la loi, qui stipule qu’ils doivent utiliser tous les
moyens à leur disposition pour faire en sorte que les professeurs et les
autres employés des universités et des cégeps assistent le gouvernement dans
la suppression de la grève étudiante. Plus tôt, les syndicats avaient joué
un rôle majeur en mettant de la pression sur les associations étudiantes
pour qu’elles acceptent l’entente à rabais qui a été subséquemment rejetée
par les étudiants.
Lors de la marche de mardi, les partisans du Parti
de l’égalité socialiste et de l’Internationale étudiante pour l’égalité
sociale ont distribué un millier de copies d’une déclaration intitulée :
« Face à la répression étatique, les étudiants doivent se tourner vers la
classe ouvrière. »
Il y est écrit : « Le passage de la loi 78 qui
criminalise la lutte étudiante et bafoue le droit de manifester démontre que
la classe dirigeante est prête à utiliser des méthodes autoritaires et
antidémocratiques pour imposer son programme de classe – le démantèlement
des services publics et l'appauvrissement de larges couches de la
population.