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Un dirigeant des Travailleurs canadiens de l'automobile dénonce la grève de GM

Par Jacques Richard
23 juillet 1998

Le directeur québécois des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) a chaudement condamné le vote de grève des travailleurs de l'usine Saturn au Tennessee, le quatrième local à vouloir ainsi se joindre au débrayage qui, lancé le mois dernier à deux usines de pièces d'automobile du Michigan, paralyse actuellement toute la production de GM en Amérique du Nord.

« Plus le mouvement grossit et plus ça risque d'être long », s'est lamenté Luc Desnoyers. « Pour nous, la grève signifie qu'on arrête de produire les modèles 98-99 », devait-il préciser quelques instants après, tout en ajoutant: « La grève amplifie l'insécurité ». Cette tentative de mettre sur le compte de la grève la fermeture, jugée imminente par tous les analystes, de l'usine GM à Ste-Thérèse, Québec, ne résiste cependant pas à la moindre analyse.

Transformée en 1987, grâce à un prêt gouvernemental de $220 millions sans intérêt sur 30 ans, pour fabriquer la Camaro et la Firebird, l'usine de Ste-Thérèse dispose d'une capacité de production annuelle de plus de 200 000 véhicules. Suite à la forte baisse enregistrée au niveau des ventes (de l'ordre de 11% l'an dernier, et de 45% depuis 1994), elle n'a cependant produit que 89 000 Camaro et Firebird en 1996 et 92 000 l'an dernier, comparativement à 186 000 en 1995 et 174 000 en 1994. Et le nombre d'employés a chuté de 3200 qu'il était lors de l'introduction des deux nouveaux modèles, à 1500 aujourd'hui.

Le mandat de production de la Camaro et de la Firebird expire en l'an 2001; et son renouvellement n'entre pas du tout dans les plans de réorganisation globale que mijote la direction de GM, à savoir: une forte réduction du nombre de modèles fabriqués, la fermeture des usines jugées peu performantes et l'élimination de jusqu'à 50 000 emplois, dans une tentative désespérée du premier fabricant d'automobiles au monde pour garder sa position dominante sur un marché de plus en plus saturé.

Ces plans drastiques ont cependant suscité une vive opposition: le débrayage aux deux usines de pièces d'automobiles de Flint au Michigan, le récent vote de grève des travailleurs de Saturn au Tenessee, les mandats de grève également adoptés par des usines de GM à Dayton, Ohio et Indianapolis, ce sont là des signes indéniables d'un regain de militantisme des travailleurs américains de l'auto, en opposition à la politique de collaboration avec l'employeur mise de l'avant par la direction syndicale, à côté du nationalisme le plus fervent, pour imposer près de deux décennies de concessions et de reculs.

La sortie en règle du directeur québécois des TCA contre ce mouvement de résistance a une signification bien précise: la bureaucratie syndicale qu'il représente s'associe entièrement aux efforts désespérés de GM pour contrer toute tentative des travailleurs de s'unir par-delà les frontières dans une lutte commune pour la défense des emplois et du niveau de vie.

Alors que la menace de fermeture de l'usine de Ste-Thérèse se fait de plus en plus pressante, la réponse de la direction syndicale est d'essayer de convaincre la direction de GM que ce serait plus rentable de couper ailleurs. « Pourquoi fermer une usine efficace alors qu'en plus c'est payant de fabriquer des automobiles au Canada? », demande Luc Desnoyers. Par exemple, grâce aux coûts moins élevés du système santé et à la faible valeur du dollar canadien, GM peut embaucher quatre travailleurs canadiens pour le prix de trois Américains, a-t-il souligné, tout en ajoutant: « Le Québec est un endroit où il y a une sécurité pour les investissements », applaudissant ainsi le fait qu'il n'y a eu qu'une grève au Canada en 10 ans, comparativement à près de 20 aux États-Unis rien que pour les trois dernières années.

Ayant accepté que les emplois et le niveau de vie des travailleurs soient subordonnés à la compétitivité de « leur » compagnie sur les marchés mondiaux, la direction québécoise des TCA mène depuis plusieurs mois une campagne auprès des « forces vives » du Québec, à savoir le gouvernement et les grosses entreprises telles que Bombardier, Alcan et Hydro-Québec -- « oubliant » de façon fort commode que ces « forces vives », supposément appeler à sauver les emplois de l'usine GM de Ste-Thérèse, ont été activement engagées de leur propre côté (le gouvernement et Hydro-Québec en tête de liste) dans une vaste campagne de destruction d'emplois.

Pendant tout ce temps, un silence total a été gardé sur le fait que les menaces qui planaient sur l'usine de Ste-Thérèse étaient les mêmes qui étaient brandies devant les dizaines de milliers d'employés de GM à travers l'Amérique du Nord. Maintenant que cette réalité commune a éclaté à la surface sous la forme d'une grève pour la défense des emplois qui paralyse aujourd'hui toute la production de GM en Amérique du Nord, le directeur québécois des TCA a réagi par une furieuse dénonciation des grévistes: « S'ils se battent aux États-Unis, c'est pour avoir les emplois chez eux. »

L'attitude de Desnoyers envers le mouvement de résistance initié à Flint, exprime l'opposition, non seulement du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile, mais des syndicats à travers le monde et en premier lieu l'UAW, à toute stratégie visant à unir les travailleurs par-delà les frontières dans un mouvement qui rejette la subordination des emplois et des salaires des travailleurs de l'automobile aux diktats du marché capitaliste.

Voir aussi:

Les changements globaux dans l'industrie automobile à la base du conflit chez GM. 16 juin 1998

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