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Les compressions budgétaires ont contribué à la propagation d'une superbactérie

par Guy Charron
30 août 2004

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Des rapports publiés dans le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) affirment que les compressions budgétaires gouvernementales ont entraîné une détérioration de l'hygiène dans les hôpitaux canadiens. Cette détérioration a contribué à la croissance fulgurante du nombre des infections et des décès dus à la bactérie Clostridium difficile.

Au début de août, le docteur Jacques Pepin, infectiologue au Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke (CHUS) publiait une étude qui indiquait que depuis 18 mois, au moins cent personnes sont décédées des suites de l'infection au C.difficile dans les deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke.

Quelques semaines auparavant, une équipe de spécialistes des maladies infectieuses avait rapporté dans le JAMC qu'au moins 79 personnes étaient décédées à Montréal et 4 à Calgary des suites d'une infection à la même bactérie à peu près dans la même période.

La grande majorité des infections au C.difficile sont contractées à l'hôpital même. Le C.difficile est une bactérie qui infecte le système digestif, causant de violentes diarrhées qui entraînent dans les pires cas, l'ablation d'une partie de l'intestin ou la mort. Ce sont les personnes âgées qui sont le plus souvent touchées. Elles contractent l'infection au C.difficile à la suite d'un traitement aux antibiotiques pour une autre maladie, la pneumonie par exemple. Ces antibiotiques affaiblissent la flore bactérienne qui se trouve normalement dans l'intestin. Le C.difficile a alors la voie libre pour proliférer dans le système digestif.

L'étude du docteur Pépin démontre une croissance importante du nombre des infections C.difficile. Alors que dans les années 1991-92, le CHUS n'avait recensé que 169 cas, dix années plus tard, il y en avait 244. Le nombre de cas a grimpé à 390 en 2003 et il atteint déjà 325 pour la première moitié de 2004 seulement.

Les données d'autres hôpitaux au Canada montrent la même tendance. En 2003, dans les six hôpitaux de Montréal pour lesquels des chiffres sont publics, 1400 cas d'infection au C.difficile ont été diagnostiqués. En 2000-01, Calgary a connu une résurgence des cas d'infections dont le nombre a atteint 1100.

«C'est la pire épidémie d'infections contractées en milieu hospitalier que nous ayons eue » a déclaré le docteur Pepin.

« Il est probable, a continué le docteur Pepin, qu'avant la fin de 2004, plus de mille patients seront décédés moins de trente jours après un diagnostic de diarrhée causée par C.difficile dans la province de Québec. » Si tel était le cas, près de la moitié des décès auraient eu lieu au cours des deux dernières années.

Le gouvernement québécois a voulu minimiser la signification du rapport du docteur Pepin. Le ministre de la Santé du gouvernement libéral a dit que « Cent personnes sont décédées avec la bactérie. Cela ne signifie pas que leur décès ait été causé par la bactérie elle-même. »

Le docteur Pepin a aussi démontré qu'en plus de devenir plus courante, l'infection devenait aussi plus virulente. Alors qu'en 1991, seulement 5 pour cent des cas décédaient dans les trente jours suivant la détection de l'infection au C.difficile, en 2001 le taux de mortalité atteignait 14 pour cent.

Si le gouvernement a si vivement cherché à minimiser la signification de la croissance de l'infection au C.difficile, c'est que les chercheurs ont établi qu'il y avait un lien direct entre la propagation de la bactérie et les compressions budgétaires massives dans les système de santé qu'ont effectuées le gouvernement libéral au palier fédéral et les gouvernements péquiste, conservateurs et néo-démocrates au palier provincial. L'hygiène a été compromise alors que les hôpitaux ménageaient sur le matériel, entassaient les patients dans des salles surpeuplées et réduisaient le personnel.

Selon un article publié dans le JAMC en juillet intitulé C.difficile, un adversaire formidable, « Dans plusieurs établissements, le personnel de l'entretien a été réduit alors que la charge de travail des infirmières a crû. C.difficile est particulièrement difficile a éradiquer des surfaces et de l'équipement. Il a été démontré que le respect des règles de l'hygiène quant au lavage des mains diminue avec l'augmentation de la charge de travail. La diminution du respect des règles des protocoles d'isolation et l'une augmentation du nombre de spores dans l'environnement ont pu avoir un effet synergique pour promouvoir l'infection au C.difficile. »

« Les installations actuelles dans plusieurs hôpitaux sont vétustes. Ces derniers ont peu de chambres privées ou de chambres d'isolation. Les salles et les urgences sont de plus en plus bondées, et le temps entre deux patients dans un même lit est court. Ceci fait que contenir C.difficile est très ardu, surtout dans pour les cas où les patients souffrent d'incontinence fécale. Le partage des toilettes entre patients dans les chambres de plusieurs lits a toujours cours. »

Le docteur Pepin a indiqué qu'il y avait « des départements ici au CHUS où il peut y avoir une quarantaine de patients qui partagent une ou deux toilettes Il en résulte que dans certains des vieux établissements, les conditions sanitaires sont intolérables. C'est indécent. »

Ces problèmes ne sont pas limités qu'aux hôpitaux du Québec. « Prendre connaissance de ce qui se passe à Montréal est franchement épeurant. La même chose pourrait arriver à Toronto demain » a déclaré le docteur Allison McGeer, infectiologue à l'hôpital torontois Mont Sinai.

Il y a des parallèles importants entre la croissance du nombre des infections causées par C.difficile et la crise du SRAS de 2003 qui a causé plus de morts à Toronto que dans tout autre ville, région ou pays dans le monde, hormis l'Asie de l'Est. La plupart de ceux qui sont décédés du SRAS l'avaient contracté à l'hôpital, comme patients ou comme travailleurs de la santé.

L'enquête du gouvernement ontarien, bien qu'elle a caché le rôle qu'avait eu le gouvernement libéral fédéral et le gouvernement conservateur ontarien dans les compressions budgétaires du système de santé, a dû admettre que la propagation du SRAS avait été facilitée par des faiblesses dans les unités de soins publiques de la province, le surpeuplement des hôpitaux, la vétusté de l'infrastructure, la carence en temps et en matériel que demande le respect des règles d'hygiène du personnel et le refus d'offrir des emplois à temps plein aux infirmières. (Parce qu'elles sont forcées de travailler à temps partiel dans plusieurs hôpitaux, les infirmières ont involontairement participées à la propagation du SRAS d'un hôpital à l'autre.)



 

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